Gestion de l’eau ! Et si nous construisions ensemble notre projet d’intérêt général ?

La décision politique de la Métropole de Lyon d’un retour à une régie publique de la gestion de l’eau après Nice ou Troyes conforte un mouvement transpartisan visant à extraire l’eau de la sphère marchande. L’eau est un bien commun. Sortir sa gestion des concurrences du marché pour assurer et sécuriser ce droit fondamental de l’accès à l’eau pour toutes et tous est la question de notre temps.

La décision politique de la Métropole de Lyon d’un retour à une régie publique de la gestion de l’eau après Nice ou Troyes conforte un mouvement «transpartisan» visant à extraire l’eau de la sphère marchande. L’eau est un bien commun indispensable à la vie. Sortir sa gestion des concurrences du marché, des luttes d’influences locales, nationales ou internationales pour assurer et sécuriser ce droit fondamental de l’accès à l’eau pour toutes et tous est la question de notre temps.

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Les bouleversements climatiques engendrés par les forces déclenchées par l’industrie humaine fragilisent notre planète et concours à accroitre les inégalités. Cela accentue le fait que l’eau est injustement répartie sur la planète (23 pays possèdent les 2/3 des ressources globales). Ainsi actuellement 2 hommes sur 3 vivent dans un pays dit « en détresse Hydrique », 1,2 Milliards d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable.

Cela a conduit le Haut Conseil Scientifique International sur les questions environnementales à classer la pénurie d’eau comme le problème le plus aigu du 21ème siècle juste après le réchauffement climatique. Ces réalités nous disent l’urgence d’agir.

C’est dans ce contexte général que se noue  en Région Parisienne au cœur d’un des pays les plus développés, le débat autour du futur mode de gestion de l’eau au sein du SEDIF.

Non que la gestion actuelle a failli :

  • Elle assure un approvisionnement constant, totalement sécurisé et de qualité pour les usagers des 151 villes adhérentes avec 1 projet à venir d’eau sans carbone, ni calcaire, ni résidus médicamenteux à l’horizon 2030.
  • Elle a des installations et un réseau exemplaire de plus de 9000 kms interconnecté particulièrement bien entretenu pour l’essentiel géré directement par le SEDIF avec un taux de rendement supérieur à 90 %, ce qui est exceptionnel.
  • Elle a été capable d’optimiser le prix de l’eau afin qu’il pèse moins sur les budgets notamment des plus modestes (le cycle de l’eau maitrisé par le SEDIF, production, transport, distribution, facturation s’élève à 1,3 euros/m3 en 2020 contre 1,75 euros/m3 en 2010. Sachant que le prix payé par l’usager est de 4,1 euros/m3 en 2020 une fois les couts d’assainissements et les différentes taxes nationales additionnées) et de mettre en place un système de solidarité doté de 2,5 Millions d’euros/an.

 Des élu-e-s se sont investis dans ces débats et ont obtenu  des avancées favorables aux usagers. Et certains d’entre eux – dont je suis - sont convaincus qu’on pourrait aller plus loin si la gestion de l’eau au sein du SEDIF n’était plus déléguée à un groupe privé.

 Il faut sortir de l’idée que l’eau serait une simple marchandise.

Ainsi au moment où se travaille au sein du SEDIF le choix du futur mode de gestion pour le 31 décembre 2023, il appartient aux élu-e-s qui composent le conseil d’administration de poser un acte fort. Un acte en écho avec les enjeux environnementaux, sociétaux, de solidarité et de citoyenneté.

  • Un acte qui, au sein, du premier service de l’eau européen par sa taille, pourrait devenir exemplaire.
  • Un acte fort qui soit capable, en s’extirpant de toute concurrence partisane, d’aider à relever le défi de la coopération entre les différents services de l’eau du bassin parisien. Naturellement avec « Eau de Paris », mais aussi avec les plus petits acteurs afin d’avancer vers une réelle mutualisation et optimisation des moyens de productions.
  • Un acte qui renforce la solidarité pour l’accès à ce bien indispensable à la vie qu’est l’eau tout en étant dissuasif sur les usages déviants.
  • Un acte qui peut peser en faveur de la création « d’un pôle National de l’eau » capable d’acquérir les savoirs et compétences nécessaires à la production d’eau de qualité. Un pôle National indispensable pour épauler techniquement scientifiquement les différents services de l’eau sur le territoire national mais aussi porter la voix de la France pour œuvrer à une réponse planétaire sur la base d’une coopération juste sur cet enjeu de l’eau. Une réponse que le marché ne peut apporter

Ce sont ces ambitions que je porterai personnellement dans le débat au sein du SEDIF. J’ai toujours défendu que c’était le niveau pertinent de la décision afin de ne pas casser un outil de coopération qui a fait ses preuves.

Et pour mener ce grand débat, nous avons besoin d’une étude forte et sans a priori sur ce que serait une régie publique au sein du SEDIF. Il y a  besoin de toutes les énergies, de toutes les intelligences. Les élu-e-s des villes qui se sont mobilisés notamment dans les EPT 6, 8 et 12 ont sans nul doute contribué à faire progresser l’idée de la pertinence d’une régie publique.

Mais celle-ci n’a de sens qu’à condition de maitriser l’ensemble du processus de l’eau.

Tout montre que les enjeux sont de plus en plus globaux. Ainsi l’heure n’est pas au repli sur des pré carrés étroits au risque de dégrader le service aux usagers.

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Pour autant, les études menées à Plaine Commune et dans les autres EPT et ne contredit en rien l’idée de la pertinence d’une régie publique. Au contraire, elles contribuent à rendre pertinent l’idée qu’au niveau des périmètres de mutualisation du SEDIF et dans les respects des 100 ans d’histoire  de cette belle coopération communale, elle est une option sérieuse de gestion.

Je refuse donc l’idée que dans ces débat, au sein des EPT et du SEDIF sur la régie publique, ils y aient des vainqueurs et des vaincus comme je suis persuadé que la pertinence d’une régie pour les usagers peut fédérer au-delà des clivages traditionnels. Il est donc vital de s’extraire d’attitudes dictées par la posture, afin d’être ensemble au travail pour essayer de nous hisser à la hauteur des enjeux et des mutations qu’appellent notre époque et de porter avec confiance notre projet d’une eau partagée sortie de toute marchandisation.

 

Gilles Poux

Maire de la Courneuve et Vice-Président du SEDIF

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