SEDIF : Choix du mode de gestion

Déclaration de Gilles Poux, maire de La Courneuve et Vice-Président du SEDIF (Syndicat des eaux d'Ile-de-France), suite au Conseil Syndical du SEDIF du 27 mai 2021

Déclaration de Gilles Poux, maire de La Courneuve et Vice-Président du SEDIF (Syndicat des eaux d'Ile-de-France), suite au Conseil Syndical du SEDIF du 27 mai 2021

L’eau est un bien commun indispensable à la vie. Formuler cette évidence dit la responsabilité qui est la nôtre afin :

  • D’assurer à chacune, chacun l’accès à l’eau quelques soit ses revenus ou son territoire
  • De garantir une qualité d’eau irréprochable comme élément essentiel de santé publique
  • de préserver la ressource naturelle de plus en plus menacée par le réchauffement climatique

Cette responsabilité est d’autant plus grande qu’avec 4 millions d’abonnés et la distribution de 250 millions de m3/an notre structure est la plus importante de notre pays. Cela nous oblige à l’excellence et à l’exemplarité et cela avec d’autant plus d’acuité au moment où nous nous interrogeons pour renouveler le mode de gestion mis en place en 2011.

Le débat exigeant qui avait accompagné le choix en 2011 avait permis de faire évoluer très positivement la notion de DSP (Délégation de service public). Les élu-e-s que nous sommes avons été particulièrement investi-e-s pour poser des exigences inédites et contrôlées.

Ainsi a été imposée la création d’une société dédiée par le délégataire afin d’établir de la transparence sur les flux financiers, un encadrement de la rémunération de ce dernier via des indices de performances liées à  la qualité de l’eau et des services,  la reprise en régie directe de 2/3 des investissements, la création d’un fond de solidarité de 2,5 millions d’euros et la baisse du prix de l’eau de 25%, la prise en compte de la neutralité carbone…

Mais il n’en reste pas moins que notre syndicat « délègue » de droit la gestion d’un bien  commun indispensable à la vie aux logiques d’une multinationale dont l’intérêt général n’est peut-être pas la priorité. Peut-on en rester là ? Au moment où :

  • les questionnements sociétaux s’aiguisent sur l’avenir de notre planète et que d’ores et déjà près d’un tiers des habitants est privé d’eau potable
  • les grands major de l’eau sont plus épris de recherche de position dominante que de l’intérêt de général
  • les questions des coopérations voire de la fusion entre service de l’eau en région parisienne s’impose à nous afin d’œuvrer à l’optimisation des usines, des sites de pompage pour mieux préserver et qualifier la ressource.

Comme maire communiste je ne le pense pas ! Nos ainées eurent l’audace en 1923 de se regrouper pour apporter l’eau aux habitants des banlieues, je suis convaincu qu’aujourd’hui nous devons avoir l’audace d’aller vers une meilleure appropriation publique de cette ressource si essentiel qu’est l’eau. C’est pour moi le sens de la justice sociale et environnementale.

Et subsidiairement, en poursuivant dans le choix d’une DSP, nous alimenterions un peu les fractures entre territoires de l’aire métropolitaine parisienne au moment où la préservation de la ressource appelle à nous rassembler.

C’est pourquoi je défends ici l’idée d’opter pour la gestion en régie directe afin de nous assurer une complète autonomie de la gouvernance.

Nous le faisons déjà pour 2/3 des investissements avec succès il est donc réaliste d’aller vers ce choix dans un premier temps pour la distribution. En effet, la mise en œuvre d’une eau pure sans chlore et calcaire ni résidus médicamenteux impose une transformation totale de nos principales usines qui nécessite une délégation des processus de productions au moins jusqu’en 2030.

Mais la gestion en -régie directe- est le moyen essentiel pour s’émanciper d’un processus d’exploitation de l’eau aujourd’hui détenu par des intérêts privées. Certes cette situation permet de mettre l’opérateur privé en première ligne mais qui peut croire que le jour ou nous serons confronté à un incident majeur on ne vienne pas nous demander légitimement des comptes ? Ainsi cet apparent confort est aussi notre talon d’Achille en n’étant pas au pilotage direct face aux enjeux majeurs des ces toutes prochaines années.

A mon grand regret l’option de la régie publique a été écartée par la majorité du bureau SEDIF.

Toutefois si cette option n’a pas été retenue, le principe d’une SEMOP (Société d'économie mixte à opération unique) qui a été étudié et qui associe au cœur de la gouvernance quotidienne une entreprise et notre syndicat aurait pu être une première étape permettant de nous extraire du principe de délégation qui prévaut depuis 100 ans.

Cette étape, tout en étant au cœur de la gestion , ouvrait un espace pour profiter du savoir d’un opérateur privé et faciliter la transmission de savoir-faire afin de pouvoir aller plus sereinement vers une régie publique si nous le souhaitons en toute assurance. Cette option a également été refusée et c’est dommage elle aurait permis un débat plus serein entre acteurs de l’eau.

Vous l’aurez compris je crois que pour ses 100 ans notre syndicat doit être capable d’ouvrir une nouvelle page de son histoire, une page qui mette plus encore les élu-e-s et les citoyen-ne-s au centre de l’ enjeu de maitrise de ce bien si précieux.

Naturellement en fonction du choix que nous ferons et dans le cadre de la DSP proposée l’allotissement me parait être le pas minimum,  je continuerai à travailler avec honnêteté afin qu’au bout de ce processus les consommateurs et l’intérêt général soient les seuls gagnants.

Le 27 mai 2021

Gilles POUX, Maire de La Courneuve et Vice-Président du SEDIF

 

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