Gilles Ramstein
Paléo-climatologue, spécialiste en modélisation du climat et des cycles biogéochimiques
Abonné·e de Mediapart

1 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 juil. 2022

Gilles Ramstein
Paléo-climatologue, spécialiste en modélisation du climat et des cycles biogéochimiques
Abonné·e de Mediapart

Pour qui sonne le glacier ou glas-scié ?

La disparition brutale du glacier de Marmolada, dans les Alpes italiennes illustre le fait que les dernières vigies de nos montagnes, les glaciers, se rétractent comme peau de chagrin, avec une vitesse fulgurante dans les massifs tropicaux, comme dans les contreforts de l’Himalaya. L’effondrement de ce glacier de haute altitude témoigne des ruptures de notre système climatique. Ce défi vient mettre en évidence une nouvelle fois combien le temps nous est compté. 

Gilles Ramstein
Paléo-climatologue, spécialiste en modélisation du climat et des cycles biogéochimiques
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le changement climatique frappe à toutes les portes et à tous les étages. Il se manifeste par des records spectaculaires qui sont les meilleurs vecteurs médiatiques du changement climatique en cours, des feux de forêts qui se multiplient dans un contexte de sécheresse exacerbée autour du bassin méditerranéen, ou parfois, des feux dont l’intensité relève d’une ampleur inédite comme en Australie, ou encore surgissant à des latitudes plus insolites comme en Sibérie ou dans les pays du nord de l'Europe. Des cyclones dont l'intensité décuple les ravages en Atlantique, dans le Pacifique mais aussi en méditerranée. Des vagues de chaleur dont l'intensité et la durée sont inédites comme au Pakistan et en Inde ou au Canada. La litanie de tels événements et leur déferlement sur les différentes zones vulnérables mais également leur extension sur de nouveaux territoires et in fine sur les écrans de nos télévisions n’en finissent pas d'alerter sur les craquements du système climatique. Ce ne sont pourtant pas uniquement les événements extrêmes, aussi émotionnels soient-ils, qui révèlent les plus graves dangers à venir.

Sur le moyen terme, quasi chaque année qui passe prend place dans les années les plus chaudes du siècle, la mesure de plus en plus précise de la remontée du niveau marin montre une accélération notable. Ces tendances qui s’inscrivent dans la durée vont marquer les variations climatiques des années 2020 et malheureusement, l’augmentation globale des températures devrait atteindre 1.5°C, valeur de l’accord de Paris, dès la première moitié de la prochaine décennie.

La seule question qui vaille est alors : que faire, dès maintenant, pour modifier la donne pour 2050 ? De plus en plus de voix s’élèvent pour une planification de long terme pour atteindre nos objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre. Seules des politiques volontaristes, planifiées, cohérentes et justes socialement, permettront de modifier la trajectoire globale.

Décarboner l’énergie pour émettre moins de CO2 -qui s’accumule dans l’atmosphère et qui a un temps de résidence très long - , réduire considérablement les émissions de méthane -gaz à effet de serre bien plus efficace que le CO2, mais qui a l’avantage de ne résider dans l’atmosphère qu’une dizaine d’années - changer les modes de productions agricoles pour faire baisser les émissions de protoxyde d’azote (N2O) restent des objectifs qui peuvent être atteints pour 2050. 

Ils impliquent un changement de nos modes de vie. Par exemple, ce grand vecteur de la société marchande qu’est la publicité est essentiellement produit dans un modèle consumériste auquel il conviendrait de substituer la sobriété. De tels bouleversements doivent se fonder sur des valeurs culturelles forgées par un renouvellement de notre modèle éducatif. Enfin, les rapports du GIEC, depuis l’origine, insistent sur l’éradication de la pauvreté et une forte réduction des inégalités sociales à l’échelle globale mais aussi territoriale, inégalités qui constituent un frein à l’adaptation au changement climatique.

Dans ce contexte, la disparition brutale du glacier de Marmolada, dans les Alpes italiennes illustre le fait que les dernières vigies de nos montagnes, les glaciers, partout dans le monde, se rétractent comme peau de chagrin, avec une vitesse fulgurante dans les massifs tropicaux, mais aussi diminuent dans les contreforts de l’Himalaya.

Au même moment où ce glacier s’arrachait à la plaque rocheuse et dévalait à plus de 200km/h, les pentes des Alpes, les températures y étaient de 10° et atteignaient plus de zéro degré au sommet du mont Blanc.

Tous ces dérèglements sont soigneusement compilés et analysés dans les récents rapports du GIEC. Même si on peut déplorer qu’ils ne percolent pas toujours sur nos écrans parce que concomitants avec le transfert de Messi pour le premier rapport, la guerre en Ukraine pour le second et enfin avec les élections législatives pour le troisième, ces rapports  démontrent comme s’il en était encore besoin, que nous, citoyens des pays développés et nos gouvernements sommes bien informés depuis des décennies de notre responsabilité sur l’impact de l’émission massive de ces combustibles fossiles dans notre atmosphère.

L’effondrement de ce glacier de haute altitude illustre les ruptures de notre système climatique, et particulièrement la fragilité de notre cryosphère, avec la fonte rapide de la banquise l’été dans l’hémisphère nord, la disparition annoncée de très nombreux glaciers, la fonte des calottes Groenlandaise et Antarctique qui contribuent inéluctablement à une hausse du niveau marin inédite depuis des millénaires. 

Paradoxalement, le temps entre le diagnostic, la prise de conscience et l’action devrait s’étaler sur des dizaines d’années, puisque ces bouleversements climatiques remettent en cause profondément notre système de production. Or, le défi illustré par la catastrophe de Marmolada vient mettre en évidence une nouvelle fois que ce temps nous est compté. Face à l’accélération du dérèglement climatique, il faut répondre par une accélération de politiques cohérentes d’atténuation et d’adaptation à l’échelle globale et territoriale. Or même en France, pays où a été signé l’accord de Paris à l’issue de la COP21 le compte n’y est pas, comme le montre le récent rapport du Haut conseil pour le climat.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Sobriété : le gouvernement a un plan, mais qui pour l’appliquer ?
L’exécutif annonce de nombreuses mesures pour réduire la consommation d’énergie de 10 % d’ici à 2024. Mais presque tout est basé sur le volontariat et les moyens de mise en œuvre restent flous. 
par Jade Lindgaard
Journal
Altice obtient une censure d’articles à venir au nom du secret des affaires
Le groupe de Patrick Drahi demandait en référé, au nom du secret des affaires, la censure de trois articles publiés par le site Reflets et exploitant des documents interne mis en ligne par des hackers. Le tribunal de commerce a rejeté cette demande mais ordonne au journal de ne plus écrire sur le sujet.
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Migrations
En France, « rien n’a été prévu » pour accueillir les exilés russes
Depuis le début de la guerre d’invasion russe en Ukraine, des centaines de Russes sont venus chercher refuge en France. Confrontés à un manque criant de politique d’accueil et à des obstacles en tout genre, ils ont surtout trouvé de l’aide auprès de réseaux d’entraide.
par Nejma Brahim
Journal
Procès France Télécom : une condamnation pour l’exemple ?
Le 30 septembre, les anciens dirigeants de France Télécom ont vu leur condamnation pour « harcèlement moral institutionnel » confirmée en appel. Leur politique de départs forcés, menée à partir de 2007, avait débouché sur une vague de suicides. Mais les responsables échappent à la prison ferme. Quelle portée pour ce jugement ?
par À l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Transition écologique ou rupture sociétale ?
La crise actuelle peut-elle se résoudre avec une transition vers un mode de fonctionnement meilleur ou par une rupture ? La première option tend à parier sur la technologie salvatrice quand la seconde met la politique et ses contraintes au premier plan.
par Gilles Rotillon
Billet de blog
Quand les riches se mettent à partager
Quand Christophe Galtier et Kylian Mbappé ont osé faire leur sortie médiatique sur les jets privés et les chars à voile, un torrent de réactions outragées s'est abattu sur eux. Si les deux sportifs clament l'erreur communicationnelle, il se pourrait en fait que cette polémique cache en elle la volonté des dominants de partager des dettes qu'ils ont eux-mêmes contractées.
par massimo del potro
Billet de blog
Reprendre la main pour financer la bifurcation sociale et écologique
Attac publie ce jour une note intitulée « Reprendre la main pour financer la bifurcation sociale et écologique ». Avec pour objectif principal de mettre en débat des pistes de réflexion et des propositions pour assurer, d’une part, une véritable justice fiscale, sociale et écologique et, d’autre part, une réorientation du système financier.
par Attac