Le séparatisme en marche

Un obscurantisme communautaire attaque toujours plus violemment notre république: réagissons !

 Ce mois-ci a vu franchir une nouvelle frontière dans les “grandes” “innovations” d'Emmanuel Macron: après avoir affirmé comme “grande” “cause” de son quinquennat l'égalité des genres (sans y associer un nouveau budget, ni un ministère spécifique, ou même un vague respect de la parité hommes-femmes dans les postes régaliens), après avoir lancé un “grand” “débat national” (comprenant principalement 92h de quasi-soliloque du chef de l'État — outre les quelques 16.000 “cahiers de doléances” citoyennes qui n'ont jamais été publiées ou prises en compte) voilà que notre cher monarque a concrétisé le remaniement ministériel de “grande” “ampleur” annoncé par son entourage depuis des semaines (où 8 ministres sur 31 quittent le gouvernement — tandis qu'à sa tête un énième technocrate quinquagénaire en remplace un autre) ! Ainsi qu'on aurait dû s'y attendre la Méthode Le Grand reste donc campée sur ses fondamentaux: la “révolution” macroniste semble tenir comme depuis l'origine d'une opération publicitaire de long terme — où tout change à chaque épisode sauf le seul produit vendu — et plus précisément du néo-sarkozysme débridé, avec “hyper-président” voltigeur au premier plan, toujours très occupé à doubler sa mandature d'une spectaculaire campagne à fonds publics en vue de sa réélection, et pour unique décor de fond la rapide adaptation administrative de la France à la mondialisation néolibérale — par définition incompatible avec la moindre ambition réellement transformatrice du pays sur le long terme (mais “on se fout du programme !”, “la politique c'est mystique”, nous avait prévenu Sa Grandeur).

  La formation récente du “gouvernement de combat” mené par Jean Castex vient donc seulement illuminer plus crûment encore la vérité qu'on sait depuis trois ans: la quête du “nouveau monde” ne sera jamais autre chose institutionnellement qu'un syncrétisme à destination des vieux mandarins libéraux-conservateurs aux dents les plus longues de France, bien forcés d'en “finir avec l'idéologie” gauche-droite (puis faire de nécessité vertu) pour justifier leur ralliement de circonstance au jeune pouvoir d'extrême-centre [1] après les décennies de leur “alternance unique” [2]. Une fois débarrassée de toute autre sérieuse concurrence électorale que celle du RN cette “nouveauté” là a d'ailleurs vite perdu le maquillage de “tolérance” qu'elle portait depuis longtemps (au moins sur sa partie gauche) par-dessus son aristocratisme “de l'excellence française”: sur le visage qu'elle nous offre à présent on fait déjà plus que deviner sa croyance profonde dans l'inégalité en valeur des êtres humains (“les gens qui ne sont rien”, “Jojo le gilet jaune”...), sinon le racisme décomplexé d'une bonne partie de nos “excellents” (“ce ne sont pas les mots d'un boxeur gitan”, “le kwassa-kwassa pêche peu: il ramène du comorien”...) voire leur laïcité de bénitier (“l'islam politique n'a pas sa place en France” mais “le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé” et “la dimension christique, je ne la renie pas”...) ou la tartufferie obscène qui leur tient parfois lieu de seul respect pour l'esprit basal des institutions (“la démocratie comporte toujours une forme d'incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même”...). On ne peut que s'interroger (avec toute la nation) sur la réelle étendue racinaire d'un mépris assez vivace pour s'échapper aussi souvent d'une bouche politicienne (a fortiori d’une bouche présidentielle) — au détriment même des considérations démagogiques les plus élémentaires. Faute de débloquer pour du “social” un “pognon de dingue”, LaREM a voulu payer en mots son OPA sur le “monopole du cœur”: manifestement c'était encore beaucoup trop cher pour les moyens qu’elle se donne. À présent qu'on répète spontanément à Matignon les pires bourdes de Élysée même les quelques marcheurs qui se réclament toujours du “progressisme” devraient donc être définitivement instruits sur la question: non, assurément, leur jour rêvé ne viendra pas où ce “ni gauche ni gauche” pourra développer enfin la seconde partie de sa “vision” promise, celle qui devait être “plus humaine”, ne serait-ce qu'au point minime de pouvoir reconnaître — par exemple — un problème assez grave dans l'affirmation obstinée au sommet du pouvoir que la Guyane est une île, ou un autre dans celle qu'une bonne conversation “d'homme à homme” pourrait suffire à rendre légitime un ministre de l'intérieur accusé de viol à plusieurs reprises . En fait de “nouveauté” dans les deux cas — œillades charmeuses et dents découvertes à l'appui — la Macronie continuera décidément d'évoquer jusqu'à sa fin (bien plutôt que les écrits de Paul Ricœur) les répliques franchouillardes d'OSS 117, drôles dans nos cinémas, ignobles dans notre palais présidentiel.

  Faut-il s'étonner après ça si le même “monde” retrouve aussi avec tant de naturel, à mi-mandat, le “démon de midi” connu par les deux quinquennats précédents dont il est la synthèse jusqu’au-boutiste? Pour ne pas trop assumer ses emprunts directs à la rhétorique de l'extrême-droite il aura tout de même suggéré un effort de vocabulaire cette fois-ci: plutôt que du traditionnel “communautarisme” c'est désormais de “séparatisme” dont on est sommé de s’émouvoir jusqu'en 2022, pour ne pas laisser les “sujets dont il faut oser parler” à “la bête immonde”, et que triomphe encore le “camp du progrès”. Eh bien parlons-en. Si on ne pouvait pas le faire sans évoquer d'abord les “dérapages” verbaux scandaleux cités plus haut c'est plus précisément au séparatisme écologique incarné par LaREM, parti de la sécession des pseudo-élites [3] s'il en est, que le “nouveau” “chemin” dessiné par l'éxécutif donne envie de réagir surtout. En effet monsieur Castex a consacré près de cinq minutes aux questions environnementales dans son discours de politique générale: assez pour nous prouver que là aussi, la majorité est passée franchement de l'incompétence qui dérange au mensonge qui insulte — c'est-à-dire à l'indignité. Que là aussi (crise sanitaire mondiale ou pas, dépression économique du siècle ou pas) il y a un projet de fond — soumettre la société française aux institutions européennes et la garder “compétitive” sur le marché mondial — éventuellement saupoudré de “perlimpinpin” pour la forme: quelques considérations publiques rapides pour ceux de ses ressortissants qui seront nécessairement sacrifiés en route.

  Remettons les choses en perspective. “Le gouvernement veut gagner la bataille du climat” nous affirmait mercredi son premier ministre: qu'est-ce que ça veut dire concrètement ? Comme chacun sait le dérèglement climatique est causé par les émissions anthropiques de gaz à effet de serre. Parmi celles qui sont à mettre au compte de la population française environ 40% sont produites sur le territoire national [4]. Le reste provient pour sa majorité des importations de produits manufacturés, notamment en Chine. Depuis 2000 c'est cette dernière partie qui augmente et fait augmenter notre empreinte climatique totale (au rythme de la multiplication des échanges mondiaux), tandis que nos émissions domestiques diminuent — suite à la délocalisation industrielle que nous connaissons (pour la plupart dans notre chair) [5]. Premier problème de taille: seules ces émissions domestiques font l'objet d'une comptabilité officielle (et les accords climatiques entre nations sont focalisés sur elles). Cela est su de longue date à la fois par les pouvoirs publics et les associations pour la préservation du climat. Mais l'état présent de la comptabilité carbone permet à la France de faire passer sa désindustrialisation pour un programme écologiste: ainsi François de Rugy se félicitait encore récemment entre deux homards de ce que “notre engagement pour une politique forte et ambitieuse en matière de lutte contre le changement climatique n’est pas vain” suite à l'annonce annuelle de la baisse des émissions territoriales (en 2018) — déclaration bientôt reprise telle quelle par tous nos “grands” médias (portés comme à leur habitude sur l’investigation de choc). En réalité le flux total d'émissions dont la France est responsable (qui devrait être divisé par cinq dès demain matin pour respecter les objectifs de l'Accord de Paris) n'a strictement jamais cessé d'augmenter (de l'aveu même du Ministère de la transition écologique): à aucun moment nous n'avons mené le début d'une ombre de politique climatique efficace. Raison pour laquelle la notion d'“accélération de la transition écologique” reprise par Castex est en soi un mensonge politique inacceptable dans notre situation (car portant sur le non-respect de la convention internationale la plus largement signée de l'Histoire — et finalement sur la négation des droits humains sur lesquels elle s'appuie [6]). Des propositions pour réformer ce bilan carbone en demie-mesure existaient déjà bien avant la COP21 mais c'est en septembre dernier que le Haut Conseil pour le Climat a finalement été chargé “officiellement” de cette mission comptable (par Élisabeth Borne) [7]. Parmi les conclusions qu'il a rendu dans son dernier rapport il semble néanmoins que ce “petit sujet” soit encore passé à la trappe [8]. Résultat: nous sommes toujours dans la même posture qu'une entreprise qui annoncerait un plan de réduction de ses coûts après avoir “oublié” de noter l’une sur deux de ses dépenses.

  Mais l'autre partie de nos émissions — celle qui est effectivement comptabilisée avec précision sur notre territoire — pose déjà au macronisme des difficultés en apparence insurmontables. Car disons-le tout net: industrie française ou pas, une croissance du PIB s'accompagne forcément sur le long terme d'une croissance de l'empreinte carbone pour la population concernée [9]. Cela a été scientifiquement démontré en long, en large et en travers: toute réduction globale des émissions compatible avec les objectifs de l’Accord de Paris passera nécessairement par la décroissance ou le krach “économique” des pays les plus riches (parce qu’ils sont les plus consommateurs d’hydrocarbures) [10]. Autrement dit, la notion de “décroissance verte” proposée par Jean Castex est un pléonasme (il n'y “croit pas” dit-il: c'est comme de ne pas croire aux triangles à trois côtés). Pour un projet politique qui oscille — “nouveauté” oblige — entre blairisme et thatchérisme, où c’est cette même croissance qui est censée régler tous les problèmes sociaux imaginables, il est donc quasiment impossible d'affronter sérieusement même le petit bout de l'enjeu climatique qu'on veut bien reconnaître de façon chiffrée. Raison pour laquelle Macron a abandonné dès janvier dernier l’idée que la France tiendrait ses budgets carbone domestiques annuels (en les revoyant fortement à la hausse) d’ici à... 2023 (les objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone étant fixés par tranches de quatre ans) [11]. Eh oui: cette “bataille” du climat que le gouvernement nous annonce maintenant vouloir gagner il a de toute façon déjà refusé depuis longtemps, après avoir refusé d'en livrer la première moitié, d'en livrer l'autre — laissant le “sale boulot” (le sien plus celui qui leur reviendra) à ses successeurs. Ironie suprême: même ce budget “cuisiné” est allégrement dépassé à l'heure où nous parlons, élevant d'autant plus la montagne d'efforts climatiques que nous devrons faire après la prochaine élection présidentielle (si on y gagne au change).

  Au milieu de ses vœux pieux le nouveau locataire de Matignon nous a malgré tout fait part d'une initiative tangible: “mobiliser plus de 20 milliards d'euros pour la rénovation thermique des bâtiments, pour réduire les émissions des transports et de nos industries, pour produire une alimentation plus locale et durable, pour soutenir les technologies vertes de demain comme les batteries, pour mieux recycler et moins gaspiller”. Tout un programme ! Et en face, 20 milliards, c’est-à-dire moins de 300 € par français, moins d'1% de notre PIB, ou encore moins de 5% du total des prêts et garanties d’État annoncés pour aider nos entreprises à surmonter la crise du Covid-19. Qui peut sérieusement croire qu'un tel montant, affectée à des usages aussi disparates, va entraîner quoi que ce soit de significatif dans un seul des domaines cités par le premier ministre (quand près de 10 milliards de subventions publiques sont accordés aux énergies fossiles chaque année) ? Comme dans le cas des sommes déversées dans les éoliennes [12] il s'agit de ce gaspillage financier devenu rituel pour calmer la montée populaire des revendications environnementales, en faisant croire (le plus longtemps qu’il sera possible) que l’État pourra bientôt résoudre techniquement (au sens propre) l'antinomie écologique entre néolibéralisme et démocratie — et pour pas cher en plus. Peu lui importe dans cette perspective si l'idée même qu'on pourrait faire reculer les ravages environnementaux par des technologies et des investissements nouveaux — plutôt que par l'interdiction d'activités existantes — ressemble à celle d'un homme qui, après avoir résolu pour sa santé de diminuer sa consommation quotidienne de hamburgers, déciderait qu'il ajoutera désormais une feuille de salade à tous ceux qu'il dévore.

  Qu'est-ce que l'écologie ? Entre autres choses l’esquisse d’une science économique concrète. Une préoccupation empirique et rationnelle pour le fonctionnement des milieux écosystémiques qui nous permettent de manger et de boire, de nous loger et de nous déplacer, de vivre sans nous entretuer pour les ressources dont notre vie dépend. À elles seules par exemple les pertes de rendement céréalières qui seraient occasionnées par un réchauffement global de plus de 4° C pourraient réduire à presque rien l'agriculture mondiale que nous connaissons [13, 14]. Alors que l'islamisme djihadiste pointé du doigt par le nouveau chef du gouvernement a fait 281 morts sur notre sol depuis 2000 (à rapporter par exemple aux 48.000 décès annuels liés à la pollution de l'air), les conséquences de ce désastre se chiffreront potentiellement en milliards de victimes, dont plusieurs centaines de millions de réfugiés climatiques avant 2050. D'ailleurs une grande partie des forces de Daesh ont été recrutées parmi les populations syriennes et irakiennes désespérées par l'addition des guerres impérialistes qui ont été faites là-bas pour le pétrole et des sécheresses qui s'y multiplient par le pétrole. Autrement dit quand monsieur Castex nous parle d'une “protection de la nature” qui doit être “créatrice de richesses”et nous aider à “redevenir une grande nation industrielle” (traduction: une “écologie pour le nouveau monde” qui pourrait s’accommoder de l’illimitation de notre pouvoir d’achat), il passe surtout sous silence que les ravages écologiques d'aujourd'hui — en plus de s'attaquer déjà brutalement aux conditions de vie des personnes les plus défavorisées du globe — sont nos dépressions économiques et nos guerres de demain. Le dépassement du budget carbone français est une dette qui sera acquittée par des violences réelles faites à nos concitoyens, que celles-ci soient financières, politiques ou militaires. Mais évidemment la part de chacun à ce terrible remboursement sera inversement proportionnelle à sa capacité contributive: comme toujours dans notre pays aussi ce seront les populations les plus pauvres qui payeront le prix fort des destructions environnementales, tandis qu'aujourd'hui ce sont les 5% des ménages français les plus aisés — et de loin les plus pollueurs — qui profitent surtout des mesures économiques et fiscales prises par ce gouvernement [15], accumulant au détriment du budget public le capital privé qui les protègera contre ces mêmes destructions dont ils sont les premiers bénéficiaires. En résumé — pour peu qu'on cesse de croire à la mythique “transition écologique” qui permettrait de faire cohabiter chèvre et chou pour longtemps encore — il faut bien admettre que nous assistons actuellement à un gigantesque transfert de richesse, et plus honnêtement dit: à un pillage en règle des conditions de notre vie commune, qui — sous le nom de “politique d'attractivité du territoire” — récompense des comportements prédateurs que la loi devrait décourager pour permettre à une économie vraiment durable d'émerger chez nous, “en même temps” qu’elle réprime, par le fait comme par le verbe, les comportements de sobriété éco-citoyenne dont nous avons si grand besoin (car “les jeunes Français doivent avoir envie de devenir milliardaires”). Quels que soient les chiffres du PIB et du chômage en 2022, la Macronie nous laissera donc un bilan économique négatif: tout ce qu'elle a fait — même dans notre imaginaire — il faudra nécessairement le défaire pour continuer à faire société et produire ce qu’il nous faut.

  Nous n'avons pas le choix — à l’échelle de l’humanité — entre la décroissance et la croissance, mais entre la décroissance (comme décrue énergétique planifiée) et l'effondrement économique pour cause des “limites” de la Terre (qui sont loin de concerner seulement la question climatique) [16]. Personne n'est forcé de croire à la réalité de cette alternative. La réalité est difficile de manière générale, et il n'est prescrit nulle part qu'elle doit être préférée à la fiction. Les marcheurs “croient” à “l'écologie du mieux” (la course infinie au PIB) contre “l'écologie du moins” (la nécessité immédiate du partage): c'est leur droit le plus strict en démocratie, comme c’est celui de tous nos concitoyens. Mais il se trouve que cette démocratie n’est pas définie simplement par le pouvoir de la majorité: encore faut-il qu'elle respecte les droits fondamentaux de tous ses membres pour continuer de mériter ce nom, quels que soient les résultats des élections qu’elle tient — et les croyances personnelles de ses élus. Comme l'accès effectif à ces droits se trouve dépendre de facteurs économiques, le séparatisme écologique (qui prétend pouvoir se soustraire à la collectivité d’aujourd’hui au nom de sa foi dans les miracles de demain) se trouve être un déni profond des principes républicains et non un simple déni de la science (qui relèverait après tout de la sphère privée). Cette phrase mille fois répétée par nos députés: “on peut continuer à croître, mais il faut juste que ça arrête d'émettre du carbone” est certes l'équivalent logique de cette autre: “on peut continuer à souffler la fumée de nos cigares au visage de nos enfants, il faut juste que ça arrête de leur donner le cancer” — c'est aussi son équivalent politico-moral et tout le problème est là. Comme à ceux qui sont victimes de viol, de violence policière, de racisme, comme aux guyanais, comme aux gilets jaunes qu’il est censé représenter, ce pouvoir dit donc une bonne fois pour toutes à la plupart d'entre nous qui souffrira de son bilan environnemental — alors que “c’est le moment ou jamais” d’infléchir notre trajectoire économique — qu'il n'est pas là pour notre bien-être, que nous n'existons pas pour lui, et qu'il a même conçu une histoire assez élaborée — la “croissance écologique”— pour nier notre existence.

  Le piège politique terrible dans lequel notre pays est tombé — que d'autres ont déjà baptisé “macro-lepénisme” [17] — semble se refermer jour après jour. Plus le temps passe, moins on voit bien la différence entre les deux options qu'il nous propose. Pourtant Macron n'a pas tellement changé depuis que nous le connaissons: Jupiter fidèle quoi qu'il en coûte à son “cap” anachronique, reconnaissons-lui qu’il garde la constance des astres — à l’exception d’une poussée identitariste qui n’était que trop prévisible. C'est notre infortuné monde sublunaire qui change, et beaucoup trop vite (pour nous hélas comme pour lui) — au point d’avoir rendu ce “cap” éminemment réactionnaire (voire contre-révolutionnaire) au cours des trois années qui viennent de s’écouler. Car la société civile montre de plus en plus bruyamment qu'elle en a marre — et qu’on lui envoie systématiquement la police pour seule réponse. Car les conséquences multiples de la pandémie de coronavirus vont rapidement rendre explosive cette inflexibilité de principe dont le “grand remaniement” est la preuve ultime. Car la déplétion énergétique [18] et l’effondrement climatique finiront le travail en toute vraisemblance.

  La vérité de la situation actuelle, c'est donc qu'il n'y a plus aucun “rempart contre l'extrême-droite” à espérer de ce prétendu “centrisme” du “bloc bourgeois” [19]: comment ne pas craindre que les colères citoyennes accumulées par son dogmatisme à toute épreuve pourraient finir par porter au pouvoir en France, en lieu et place du trumpisme light auquel nous avons droit pour l'instant, une de ses copies plus conformes ? Dans ce contexte le discours de mercredi sonne comme un bilan définitif du quinquennat Macron: oui, ces gens-là veulent vivre séparés de nous et s’en donner toutes les possibilités, quoi qu’il nous en coûte et où que ça nous mène.

  Tirons-en les conséquences appropriées: réalisons à quel point il est urgent de dégager une troisième voie “entre l’extrême-droite et l’extrême-argent”, démocratique et républicaine celle-là — donc forcément écologiste. Si possible avant que l'Histoire ne nous rattrape.

 

 

 

Références:

[1] Pierre Serna — L'Extrême Centre ou le poison français : 1789-2019 (2019)

[2] Jean-Claude Michéa — L'Empire du moindre mal: essai sur la civilisation libérale (2007)

[3] Christopher Lasch — La révolte des élites et la trahison de la démocratie (1995)

[4] CITEPA — Évolution de l'empreinte carbone des Français: analyse du SDES (2020)

[5] Réseau Action Climat, ADEME & CITEPA — Les émissions importées: le passager clandestin du commerce mondial (2013)

[6] ONU — Accord de Paris (2015)

[7] Audrey Garric pour Le Monde — Les missions du Haut Conseil pour le climat dévoilées (2019)

[8] HCC — Rapport annuel 2020 du Haut Conseil pour le Climat: Redresser le cap, relancer la transition (2020)

[9] Jean-Marc Jancovici — La croissance "fait-elle" de l'effet de serre ? (2006)

[10] Nicholas Georgescu-Roegen — The Entropy Law and the Economic process (1971)

[11] Concepcion Alvarez pour Novethic — Feuille de route Climat - la France abaisse ses ambitions sur les émissions de CO2 (2020)

[12] Fabien Bouglé — Éoliennes: la face noire de la transition écologique (2019)

[13] Chuang Zhao — Temperature increase reduces global yields of major crops in four independent estimates (2017)

[14] Curtis A. Deutsch — Increase in crop losses to insect pests in a warming climate (2018)

[15] OFCE — Budget 2020: Du pouvoir d'achat au travail (2020)

[16] Donella Meadows, Dennis Meadows & Jorgen Randers — Les limites à la croissance (dans un monde fini): le rapport Meadows 30 ans après (2004)

[17] Emmanuel Todd — Les luttes de classes en France au XXIe siècle (2020)

[18] The Shift Project — L'Union Européenne risque de subir des contraintes fortes sur les approvisionnements pétroliers d'ici à 2030 (2020)

[19] Bruno Amable & Stefano Palombarini — L'illusion du bloc bourgeois : alliances sociales et avenir du modèle français (2017)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.