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Billet de blog 13 mai 2024

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Face au désastre de Gaza, que font les chrétiens ?

Dans ce Proche Orient si meurtri par la violence coloniale, comment stopper la colonisation, l’apartheid et les assassinats de masse ? Comment réveiller les consciences de nos sociétés, nos consciences, pour mettre fin à cette défaite du droit humain ?

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Les communautés chrétiennes, ne devraient-elles pas s’impliquer plus pour donner les perspectives d’une paix réelle, basée non sur une domination militaire, mais sur les valeurs universelles de justice et de fraternité ? 

Au vingtième siècle, l’Amérique Latine a été l’un des principaux berceaux des révolutions dé-coloniales. Dès avant 1968, des mouvements chrétiens ont pris le parti des pauvres, des opprimés, face à la tyrannie de leurs dictateurs.

 Au nom des Droits de l’Homme, des défenseurs de la justice et de la liberté, tels le prêtre Gustavo Guttierez, ou l’archevêque Dom Hélder Câmara, ont développé la « théologie de la libération » encourageant la lutte des peuples asservis contre leurs oppresseurs. Ce fut une grande vague d’espoir pour de nombreuses communautés rurales, écrasées sous le joug de sociétés capitalistes oppressives et de régimes dictatoriaux.

 Ces mouvements de contestation d’une ampleur inégalée suscitèrent cependant de vives réactions dans le monde catholique conservateur lié aux pouvoirs dictatoriaux en place. Les mouvements de libération furent sauvagement réprimés par les juntes militaires qui sévirent pendant les années 60-80 (Guerres sales).

Ces mêmes mouvements d’émancipation des peuples, souvent motivés par des valeurs humanitaires tirées des enseignements de la bible, n’ont pourtant jamais cessé d’exister. Ils ont, encore aujourd’hui, le mérite d’inspirer celles et ceux qui ne peuvent se résigner face à toute forme d’injustice.

Ainsi, l’appel d’un collectif de jeunes catholiques, demandant un cessez-le-feu à Gaza, peut être vu comme une petite résurrection de la « théologie de la libération » (Anastasis « La Croix » le 2 avril 2024). Signé par plus de 150 responsables de l’Église catholique, il appelle à un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza et à l’établissement des conditions politiques de la paix en Israël et en Palestine, fondées sur les vraies valeurs bibliques communes à tous les monothéismes « l’hospitalité envers l’étranger, la préférence pour le pauvre et le faible, la perpétuelle insistance sur la justice sociale ». 

Certes, il émane d’un groupe minoritaire au sein de l’église catholique, mais il a le mérite d’éveiller les consciences, comme en écho à un autre appel de détresse encore plus porteur et universel : Le Christ sous les décombres ! lancé le 23 décembre 2023, à Bethléhem, par le Pasteur Munther Isaac : « Nous sommes en colère… Nous sommes brisés… Cela devrait être un temps de joie ; mais nous sommes en deuil. Nous avons peur. 20 000 personnes tuées. Des milliers sont encore sous les décombres. Pas loin de 9 000 enfants tués par les moyens les plus brutaux. Jour après jour après jour. 1,9 million de déplacés ! Des centaines de milliers d’habitations ont été détruites. Gaza telle que nous la connaissons n’existe plus. C’est un anéantissement. Un génocide ».

Ces appels de détresse ont été entendus par des milliers de personnes, l’Afrique du Sud a pris le relai pour interpeller le monde et dénoncer l’ampleur des crimes de guerre à Gaza en les qualifiant même de « génocide ». La Fédération Internationale des Droits Humains demande aussi l’arrêt du génocide en cours à Gaza.

Malheureusement, en Palestine occupée rien ne semble changer, comme si le monde était sourd, impuissant, ou juste complaisant. L’horreur est toujours au cœur de l’actualité.

 - Les massacres se poursuivent depuis plus de 7 mois à Gaza. Nos médias n’en parlent qu’en les banalisant. La parole des victimes est censurée, les journalistes étrangers sont interdits d’accès, ceux qui vivent à Gaza sont visés et assassinés… Sur nos écrans et ondes, l’existence des Gazaouis se résume le plus souvent à une routine dépourvue de sens, une simple énumération des morts « Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres » (Jean Ferrat).

Et aujourd’hui toujours, la menace d’un terrible massacre à Rafah se précise, le gouvernement Netanyahou est déterminé à poursuivre sa logique d’épuration ethnique au prix de milliers de nouvelles victimes innocentes, sans même écouter les dirigeants du monde entier unanimes pour dire STOP.  

- En Cisjordanie l’occupation et l’apartheid perdurent depuis des décennies et la violence coloniale redouble. Les colons aidés par l’armée sèment la terreur dans les villes comme dans les villages bédouins les plus reculés. Le cas de Massafer Yatta n’est malheureusement qu’un exemple parmi tant d’autres.

 Ces crimes de guerre ou contre l’humanité ont été documentés et fermement condamnés par les plus grandes associations des droits de l’homme : B’Tselem, Human Rights Watch, Amnesty International.

 Pourquoi tous ces appels, malgré leur urgence extrême, ne sont-ils pas largement écoutés et relayés ? Pourquoi ces condamnations unanimes ne sont-elles pas suivies de sanctions pour que ces crimes cessent ?

Par le passé, les rêves du Pasteur Martin Luther King ont été en partie réalisés, avec l’abolition de l’esclavage et de la ségrégation. Mandela, à peine libéré du cachot où il croupissait depuis des années, est devenu Président. L’apartheid sud-africain a été banni. Toutes ces taches de l’histoire - colonisation, esclavage, ségrégation, apartheid – s’effacent progressivement.

 Alors quels sont nos rêves ? Un jour à venir, les humains sortiront de leur léthargie, entendront enfin les lanceurs d’alertes qui avertissent depuis des mois sur le risque imminent de génocide à Gaza et sur les violences redoublées des colons en Cisjordanie. La Palestine sera libre. La colonisation et l’oppression cesseront. L’apartheid sera aboli …

 Le respect des droits humains est indispensable pour que tous ceux qui vivent de la Méditerranée au Jourdain, quelle que soit leur religion, puissent se réconcilier et inaugurer une ère de Paix fondée, non plus sur le mépris et la domination, mais sur l’Egalité des droits et la Justice pour tous.

Ce rêve deviendra forcément réalité car il est le seul à ouvrir un chemin fiable pour une paix durable, une paix juste.

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