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Billet de blog 14 janvier 2026

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Comment décrire ce qui se passe en Palestine ?

La propagande israélienne cherche à faire taire toute critique des crimes contre l’humanité commis en Palestine occupée et à empêcher toute forme de soutien aux populations palestiniennes pourtant particulièrement éprouvées.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La guerre de l’information (hasbara) est menée par les autorités israéliennes, en Israël même, en Palestine, mais aussi en France et dans le reste du monde.

Ciblage de la presse et des historiens spécialistes du Proche Orient

Les journalistes étrangers sont interdits à Gaza, ceux qui vivent dans l’enclave et qui osent témoigner prennent le risque d'être assassinés comme l’ont déjà été plus de 250 journalistes à Gaza. Les familles des journalistes sont également visées (plus de 700 morts en tout).

Des chercheurs étrangers, des historiens spécialistes du Proche Orient, documentent eux aussi les crimes commis en Palestine, ils analysent les données, recoupent les faits… Ils utilisent pour cela des enquêteurs sur le terrain (journalistes, mais aussi humanitaires, équipes médicales… ). Le travail des ONG les plus renommées, comme Amnesty International a été particulièrement précieux pour décrire l’apartheid en Cisjordanie et le génocide à Gaza.

Pour museler les historiens spécialistes du Proche Orient ou les ONG critiques de la politique israélienne, le gouvernement Netanyahou utilise l’intimidation et la sanction. Un historien français de grand renom, Vincent Lemire, l’a appris à ses dépens. Pour avoir critiqué la politique israélienne, il a été sanctionné et empêché de faire son travail de recherche. Suite à un article publié dans Haaretz, cette sanction a été levée quelques jours plus tard, mais la menace de censure plane dorénavant sur tous les chercheurs.

Même en Israël, les personnes critiques de la politique israélienne n’osent plus s’exprimer dans les médias israéliens, comme l’a documenté Gideon Levi. Elles s’autocensurent pour éviter leur lynchage médiatique. Le principal journal d’opposition, Haaretz, lui-même, accusé de « diffamer l’État et l’entreprise sioniste dans son ensemble » est donc également menacé de sanctions.

Les débats en France ne sont pas épargnés par la censure. A été notamment interdit un colloque international au collège de France  « La Palestine et l’Europe », coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études de Paris (Carep). Il a dû se tenir en visioconférence, avec un public restreint.

Ces différentes formes de censure n’ont qu’un but : cacher les crimes commis par l'armée israélienne à Gaza et en Cisjordanie en déformant la réalité, en inversant les responsabilités. Selon le narratif du gouvernement israélien, les Palestiniens sont décrits comme des agresseurs, des terroristes, des intrus sur leurs terres ancestrales, avec à l’appui l’utilisation de références bibliques (Amalek). Narratif où les israéliens sont toujours décrits comme des victimes, et qui omet les méfaits de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid.

L’interdiction des ONG

De nombreuses ONG humanitaires qui œuvrent sur le terrain à Gaza pour apporter une aide indispensable (reconstruction, projets éducatifs, assistance médicale) et qui témoignent également des exactions commises, sont interdites d’accès en Israël et en Palestine. C’est le cas de 37 ONG (Médecins sans frontières, Médecins du Monde, Handicap International, … ). Leurs employés sur le terrain doivent quitter le territoire, trouver un autre emploi, et laisser la population palestinienne déjà exsangue, encore plus démunie, isolée, et livrée à la merci des colons ou de l’armée.

La censure, comme une chape de plomb, est de plus en plus lourde pour masquer les crimes qui se perpétuent en Palestine. Outre le manque d’aide humanitaire, les employés des ONG n’étant plus sur le terrain, ne pourront plus témoigner. 

En France, un projet de loi veut assimiler la critique d’Israël à l’antisémitisme

Le projet de loi porté par Caroline Yadan devant l'Assemblée Nationale veut faire passer la critique d'Israël pour de l'antisémitisme et museler ainsi les voix qui soutiennent le peuple palestinien.

Ce projet de loi pourrait entraver ainsi la reconnaissance des droits inaliénables du peuple palestinien et mettre également en grand danger la liberté de la presse et la liberté d’expression des citoyens. Il doit être retiré immédiatement.

Cette instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme doit être dénoncée, comme le préconise un rapport récent de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).

L’avenir du soutien à la Palestine

Laisser les coudées franches aux censeurs soutenus par le gouvernement israélien, c’est permettre des atteintes graves à la liberté d’expression et au respect des droits de l’homme. Bientôt les historiens, les militants, ne pourront peut-être même plus prononcer les mots tabous : 'génocide', 'apartheid', 'épuration ethnique', ‘colonialisme’, pour qualifier la politique criminelle d'Israël, sans prendre le risque d’être accusés du délit d’apologie du terrorisme.

Blanchir les crimes commis par l’armée d’occupation, c’est donner un feu vert pour qu’ils se perpétuent ! Et c’est ce qui se passe en Cisjordanie comme à Gaza : les droits de l’homme sont quotidiennement bafoués en toute discrétion, nos médias n’en parlant pas. Ainsi le génocide à Gaza continue malgré le cessez-le-feu.

Notre entier soutien doit être apporté aux historiens et aux ONG qui œuvrent à la reconstruction de la Palestine. Nous devons unir largement nos forces pour empêcher la censure et les interdictions visant à ostraciser les Palestiniens et à perpétrer les crimes qu’ils subissent. Le droit des peuples à la liberté, à la justice, et à l’autodétermination, doit pouvoir s’appliquer aussi en Palestine.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.