Les actes antisémites sont-ils plus nombreux depuis le 7 octobre 2023 ?
Les médias dominants mettent le plus souvent en parallèle la recrudescence des actes antisémites et la date du massacre du 7 octobre 2023, comme s’il y avait un lien de cause à effet.
Les violences perpétuelles subies par les Palestiniens depuis plus de deux ans à Gaza et en Cisjordanie (génocide, apartheid et épuration ethnique), attiseraient-elles les haines antisémites dans le monde entier et provoqueraient-elles des actes terroristes de vengeance, comme le terrible massacre de Bondi, en Australie, par des membres de l’État Islamique ?
Les chiffres de l’antisémitisme sont indéniablement en hausse, même s’ils prennent aussi en compte des faits discutables (par exemple, les mains rouges peintes sur les murs des synagogues).
De même, les chiffres sont faussés par la propagande israélienne qui fait passer toute critique d’Israël ou tout geste en faveur de la Palestine pour une forme déguisée d’antisémitisme. Suivant cette hasbara, même le président français « alimente le feu antisémite » en reconnaissant l’État de Palestine !
Cette vague d’antisémitisme est cependant toujours ressentie de façon douloureuse, comme une menace existentielle, dans une grande partie de la communauté juive. Nier cette vague, c’est refuser d’en rechercher les causes et donc la laisser s’amplifier sans rien faire pour la contrecarrer.
Les militants pro-palestiniens seraient-ils les nouveaux antisémites ?
La hasbara israélienne veut faire porter le chapeau de la recrudescence antisémite aux militants pro-palestiniens. Ces ‘islamo-gauchistes’ (vocable fourre-tout, surtout destiné à effrayer les quidams) sont accusés plus ou moins implicitement de soutenir le terrorisme islamique. Sous ce prétexte, des manifestations ou des conférences critiques de la politique israélienne, ont été censurées, comme l’Annulation d’un colloque ‘Palestine’ au Collège de France.
La cabale qui a visé LFI en est une autre démonstration. Ce parti, premier à soutenir les droits des Palestiniens, a vu s’abattre sur lui les foudres de nombreux intellectuels de pacotille surtout soucieux de faire allégeance à Israël en niant le génocide en cours. Ils n’ont pas hésité à accuser LFI d’entrisme islamique, voire même d’antisémitisme, sans aucune preuve, dans une confusion bien orchestrée entre les notions d’antisionisme et d’antisémitisme. Avec le soutien du Crif et de la Licra, leur but était de museler toute critique du génocide à Gaza et de l’épuration ethnique en Cisjordanie. Cette manœuvre a échoué car la commission parlementaire lancée par Laurent Wauquiez n’a pas pu documenter le prétendu lien entre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et des organisations islamistes.
Les militants de la Palestine libre sont très attachés au respect des droits humains perpétuellement bafoués en Palestine. Ils critiquent le sionisme au même titre que toute autre forme de colonialisme ou d'apartheid, mais cet antisionisme politique affiché n'est pas la nouvelle forme de l'antisémitisme comme voudrait le faire croire la propagande israélienne. Ces militants ne stigmatisent pas les juifs, mais seulement le mouvement ‘sioniste’ qui a fait la preuve de sa dérive vers le fascisme en niant tous les droits des Palestiniens à vivre libres sur leurs terres ancestrales. Critiquer le sionisme est légitime, légitimité reconnue par les instances internationales.
La droite extrême ne serait-elle plus antisémite ? Quelle blague !
Nombre de juifs renommés, comme la famille Klarsfeld, voteront Rassemblement National aux prochaines élections, donnant ainsi une caution de moralité à ce parti pourtant héritier du Pétainisme et du régime de Vichy.
Le soutien indéfectible du clan ‘Le Pen - Bardella’ à la politique coloniale d’Israël est la preuve la plus flagrante de cette ‘nouvelle respectabilité’ ! Pour ces responsables, les boucs émissaires parfaits ne sont plus les juifs mais les musulmans ! Belle preuve de moralité !
Cette collusion des droites extrêmes, en France comme en Israël, n’est sûrement pas le meilleur rempart contre l’antisémitisme.
Qui tient l'allumette et souffle sur les braises de l’antisémitisme ?
Pour alimenter les colonies de Cisjordanie, Israël a besoin d'un afflux constant de juifs faisant leur alya et rejoignant la ‘terre promise’, la menace antisémite en occident apparaît alors comme la principale ‘mère nourricière’ de ce flux migratoire. Israël séduit également les candidats à l’alya par des discours enjôleurs, leur enjoignant de venir défendre cette petite démocratie juive perdue dans un monde musulman hostile. L’épouvantail de la menace antisémite est aussi, pour Israël, le meilleur moyen pour redorer une image de marque bien ternie, en dissimulant sous le tapis toutes les horreurs commises en Palestine.
Israël se vante d’être une nation humaniste où l’esprit d’accueil est pleinement vivant ! Comment un État aussi accueillant pourrait-il être cruel ? Évidemment, cet accueil si généreux est une façade ; il est réservé aux seules personnes de confession juive, et il se fait le plus souvent sur le dos des Palestiniens expulsés de leurs terres.
La hasbara israélienne s’empare alors du sujet de l’antisémitisme croissant pour exacerber les peurs, les angoisses, et encourager chaque juif se sentant menacé, à faire son alya, son retour dans l’Israël ‘refuge’, proclamé ‘État des juifs’, comme si les Palestiniens, musulmans ou chrétiens, étaient consentants, où même pire, comme s’ils n’existaient pas.
L'antisémitisme profite donc directement aux dirigeants corrompus d’Israël qui jouent les pompiers pyromanes. Ce sont eux qui tiennent les allumettes ! En opprimant les Palestiniens, ils attisent les colères et les menaces antisémites, qui elles-mêmes, favorisent l’alya. La boucle est bouclée !
Des auteurs de grand renom, comme Sylvain Cypel, font le même constat (L’état d’Israël contre les juifs).
Comble du cynisme, les Palestiniens, victimes perpétuelles des assauts de la colonisation, sont les éternels suspects, les ‘agresseurs’, les ‘terroristes’. La hasbara israélienne relayée par les médias dominants les cible tout particulièrement ! Par contre, la terreur israélienne, pourtant bien réelle, est complètement occultée : les mots ‘génocide’, ‘apartheid’ et ‘colonisation’ sont tabous. Les Palestiniens, victimes de cette hasbara, sont alors démunis de toute aide internationale efficace qui pourrait inverser le cours des évènements, et rétablir une justice. Ils sont même suspectés d’être les vecteurs de l’antisémitisme renaissant alors que c’est l’incurie du gouvernement israélien qui en est la source.
Comment sortir de la spirale antisémite ?
Depuis des décennies, les dirigeants israéliens oppriment les Palestiniens à un point tel qu'ils provoquent des violences réflexives, comme les intifadas, les attentats en Israël ou ailleurs dans le monde. Ces violences sont utilisées ensuite pour justifier une répression encore plus féroce qui s'accompagne toujours d’une intensification de la colonisation.
Cette spirale infernale est l'arme majeure de l'oppression des Palestiniens.
Aucune démocratie ne peut fonder sa légitimité sur la négation des droits d’un autre peuple et en faisant fi du droit international.
Arrêter les violences en Palestine, reconnaître les droits des Palestiniens à avoir leur État, stopper la colonisation, détruire les murs de l’apartheid, … ce sont autant de conditions incontournables pour rétablir la justice sans laquelle aucune paix réelle n’est envisageable.
La recherche d’un règlement équitable, basé sur la justice, serait pourtant un moyen sûr d’éteindre des braises antisémites qui couvent dans notre monde. Sans une pression internationale forte, Israël ne s’y contraindra jamais.