POUR UNE MONTAGNE EN TRANSITION

Suite à l’article paru le 22/02/2021 dans les colonnes du journal l’Indépendant, sous le titre "Même privée de remontées mécaniques, la station de Camurac respire", l’association A.I.R.E.  avait demandé au journal de publier un certain nombre de précisions. Celles-ci n'ayant pas paru, nous les partageons ici, pour une autre vision de la réalité.

POUR UNE MONTAGNE EN TRANSITION

"Même privée de remontées mécaniques, la station de Camurac respire"

Dans son communiqué de presse paru le 16/11/2020, l’association A.I.R.E.écrivait : « les mesures de confinement stopperont de fait toute activité touristique, Camurac doit être mis à l’arrêt cette saison hivernale 2020-2021 et le projet suspendu jusqu’à la redéfinition d’un projet largement débattu par l’ensemble des élus et des citoyens »

A noter que notre diagnostic était prémonitoire des mesures de fermeture des stations de ski alpines puisqu'elles furent annoncées le 24/11/2020 par le président Macron !

La photo illustrant la dernière publication de l’Indépendant, montre d’ailleurs bien des terres et des arbres non enneigés entourant un petit espace blanc, témoin visuel flagrant du changement climatique.

Il est bien normal que les vacanciers profitent, lors des journées ensoleillées, de sorties en montagne pour prendre un bol d’air, mais il pourrait coûter beaucoup moins cher à la collectivité si l'on simplifiait les propositions actuelles issues d’une politique touristique dispendieuse et dont la balance fiscale affiche déjà un important déficit.

Que deviendra le refuge de l’Ourtiset en plateau de Sault ? Encore des centaines de milliers d’euros dépensés sans réelle évaluation des besoins et des possibilités locales ?

Ce qui pose aussi problème, c’est la prise de compétence de CAMURAC par la Communauté de Communes Pyrénées Audoises (CCPA), compétence épinglée par la Chambre Régionale des Comptes qui a « émis un rapport des plus accablants » pour l’équipe du Président, Francis Savy, relevant « des comptes dont la fiabilité est remise en cause». Comme souvent dans une entreprise en difficulté, on reporte sur les exercices suivants les dettes importantes, afin d’afficher un pseudo résultat positif. Mais les contribuables dupés vont-ils fermer les yeux encore longtemps ?

Le 10/12/2020, les élus communautaires ont voté une importante subvention d’équilibre, du budget général vers le budget annexe "station de ski." D’autre part, il a été aussi demandé une subvention rénovation/aménagement du Refuge, (unique lieu d’accueil et de restauration sur le site) d’un montant total de 236 410 OO €, répartie entre le département, l’Etat et la Région, en complément de l'autofinancement (47 282 00 €).

Jusqu’à quand cette station de ski sera-t-elle perfusée aussi largement avec l’argent des contribuables et celui de la CCPA ? Cette dernière en a t-elle les moyens ? La priorité ne serait-elle pas plutôt de purger les dettes toxiques et de se tourner d’urgence vers les vrais besoins humains, sociaux, de services et de santé de notre territoire, lequel devient de plus en plus pauvre et vulnérable ?

Quant au projet de station 4 saisons, n’est-il pas un nouveau prétexte à dilapider l’argent public via des bureaux d’étude, quand pourrait être assuré à des coûts bien moindres et pour la satisfaction d’un plus large public, le simple déploiement, tout au long de l’année, d’activités, d’hiver ou non, aux faibles conséquences environnementales, (ski de fond, de randonnée, raquette, éducation à l’environnement, photo nature, découverte des fermes d’élevage en moyenne montagne ainsi que du patrimoine et de la richesse du vivant) ? 

En effet, se pose aussi la question de l’utilisation et de l’entretien du matériel de station alpine investi à Camurac (4 téleskis, une dameuse, 25  canons enneigeurs) et de la production artificielle et aléatoire de neige, pour une certaine idée du tourisme qui ne satisfait qu’une minorité de gens, et encore, jusqu’à quel niveau sont-ils vraiment satisfaits ?.

Nous pouvons construire une montagne en transition, naturelle, forte de ses atouts, en soutenant aussi une agriculture paysanne durable.

Il est urgent de mettre un coup d’arrêt aux projets d’artificialisation du territoire à venir, l’artificialisation étant le symptôme de l'aberrante fuite en avant du système capitaliste qui veut tout monétariser, même la nature à qui l’humain doit tant.

Ce système de surconsommation montre pourtant, depuis plusieurs décennies maintenant et de façon dramatique, qu'il a atteint et même dépasser ses limites aux plans environnemental, climatique et budgétaire.

Un large débat public s’impose, car la montagne d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui.

Nadine L'Hénoret, Présidente de l'Association A.I.R.E

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