Le Qatar tire les ficelles du Printemps arabe et finance les islamistes

La chute de Tripoli : M. Abdeljalil avoue le mensonge tourné au Qatar et retrasmis à travers le monde © General_resistant
La chute de Tripoli : M. Abdeljalil avoue le mensonge tourné au Qatar et retrasmis à travers le monde © General_resistant

Le Qatar tire les ficelles du Printemps arabe

Le petit Etat du Golfe fait figure de nain dans le Moyen-Orient, mais sa diplomatie soutient la transition démocratique dans le monde arabe, tout en favorisant les mouvements islamistes sunnites.

 

Le Qatar avec à peine 1,7 million d’habitants, dont 25% de Qataris de souche, fait figure de nain du monde arabe. Pourtant il mène le bal. Ce pays qui inspire à la fois l’admiration et l’irritation s’est profilé comme un acteur majeur du Printemps arabe: il a pris la tête d’une coalition d’Etats arabes pour isoler la Syrie; il a contribué financièrement et militairement à renverser le colonel Kadhafi; offert sa médiation dans le conflit yéménite et appuyé le parti Ennahda en Tunisie. Au regard de l’action diplomatique déployée par Doha, deux contradictions émergent: son soutien aux réformes démocratiques est d’autant plus fort qu’il ne concerne pas les monarchies du Golfe et, bien qu’il s’en défende et prétende n’avoir d’autre ambition que de renverser des tyrans, il favorise la mouvance islamiste.

Le Qatar ressemble à un petit ergot sorti de la péninsule Arabique, minuscule en comparaison de son unique voisin, l’Arabie saoudite. De tous les dirigeants des Etats du Golfe, l’émir Cheikh Hamad bin Khalifa al-Thani, 59 ans, est le plus bruyant sur la scène internationale. Son dynamisme détonne dans cet univers où le changement n’a pas la cote. Pour le directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, Hasni Abidi, de retour du Qatar, «en 1995, l’émir dépose son père qui est à l’Hôtel du Rhône à Genève et accède ainsi au trône. Il est très jeune en comparaison des monarchies vieillissantes de la région. Cette jeunesse se retrouve dans ses manières, il est plus réactif, plus rapide, plus impétueux aussi. Une année après sa prise de pouvoir il crée Al-Jazira.»

L’émir concentre tous les pouvoirs, mais les Affaires étrangères constituent sa priorité. Il leur consacre donc d’importants moyens financiers et nomme à leur tête son neveu. Selon Hasni Abidi, l’émir cherche une légitimité face à des Etats plus grands: «Il n’y a pas un conflit dans le monde arabe où l’émir n’a pas proposé sa médiation, au Yémen, au Darfour, entre le Sud et le Nord-Soudan, entre l’Algérie et le Maroc. Parallèlement, un nombre croissant de sommets internationaux a lieu à Doha, cela pourrait même faire de l’ombre à Genève. Une des grandes réussites a été de mener une politique d’ouverture à l’égard de tous les voisins. Il a montré un visage conciliant pour établir de bonnes relations avec tous les partis.»

Cette diversité se retrouve dans les liens tous azimuts que le Qatar a tissés. L’émir a offert aux Etats-Unis d’établir une base militaire, El-Oudeid, le plus grand dépôt d’armes américaines à l’étranger. Une collaboration qui a permis aux Qataris d’économiser sur la défense, puisqu’ils peuvent compter sur un allié de poids. Mais cette amitié n’empêche pas l’émir d’entretenir des relations cordiales avec l’Iran. Hasni Abidi y voit du pragmatisme: «Ils exploitent ensemble un champ pétrolifère.» Le Qatar ouvre ses portes aux politiciens et militants indésirables chez ses voisins, parmi eux, beaucoup d’islamistes. Une occasion pour les autorités de tisser des liens. Avec le Printemps arabe, ces réseaux islamistes se trouvent sur le devant de la scène.

En Libye, le Qatar reconnaît vite le Conseil national de transition (CNT). Ces relations officielles avaient été précédées par des contacts personnels. Patrick Haimzadeh, ancien diplomate français en poste à Tripoli de 2001 à 2004, relève que «les frères Salabi avaient résidence à Doha; ils y ont trouvé financement et appui politique. (ndlr: Ali Salabi est un islamiste très actif et son frère a rejoint la cause du CNT). Au moment où la résistance du CNT s’organise, le Qatar prend le parti d’armer et de financer le mouvement, par le biais des islamistes qu’il a hébergés. Cette aide militaire a été bienvenue, puis l’influence du Qatar a irrité certains membres du CNT. L’islam wahhabite promu par ces islamistes n’a pas d’assise en Libye».

En Tunisie, la préférence en faveur d’un camp est flagrante. Durant son exil, le chef du parti islamiste Ennahda, Rached Ghannouchi, se retrouve à Doha. Alors que beaucoup de pays de la Ligue arabe lui ferment leurs portes pour ne pas froisser le régime de Ben Ali, le Qatar, lui, propose un soutien. Selon Hasni Abidi, «l’émir a misé sur Ennahda bien avant qu’on n’en parle. Le printemps a été une aubaine dont les diplomates qataris ont su profiter».

Pour ce qui est de la Syrie, le Qatar agit au sein de la Ligue arabe pour qu’elle montre la plus grande fermeté. Radwan Ziadeh, membre du Conseil national syrien, considère que «le Qatar s’est montré le meilleur allié du peuple syrien. Il s’est engagé à promouvoir des sanctions ainsi qu’une présence d’observateurs arabes sur sol syrien. Et à l’égard des membres indécis de la Ligue, comme l’Algérie, il s’est montré convaincant». En Syrie, le Qatar a choisi le peuple en majorité sunnite contre le régime alaouite de Bachar el-Assad. Damas fulmine contre l’émirat et appelle même l’Arabie saoudite à imposer de la modération.

L’absence de soutien donné aux protestataires de Bahreïn en majorité chiites pourrait s’expliquer par cette volonté de favoriser l’accession des sunnites modérés. Selon Hasni Abidi, «le Qatar suit ses intérêts. Soutenir les militants chiites à Bah­reïn va contre la sensibilité de l’aile conservatrice du Qatar, en majorité wahhabite. D’autre part, les Etats du Golfe ont imposé leur ligne intransigeante face à une révolte chiite. Al-Jazira d’ailleurs n’a pour ainsi dire pas couvert les manifestations.»

Boris Mabillard

Lu sur le Temps. Ch

 

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/2cd2f02c-1ad2-11e1-9dce-5f35c469c761|2

 

Lu sur le Gardian

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Retour sur le partenariat BPCE et Qatar Islamic Bank
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kouchner ventes d'armes et Kadhafi © Bakchich.TV

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