En début de confinement, Muriel Pénicaud avait annoncé la mise en place d’une prime de 1000 euros pour “récompenser les salariés qui tiennent leurs places au travail”. Les principaux concernés devaient être les travailleurs exposés au public, notamment les caissiers et caissières des supermarchés.
Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.
Agrandissement : Illustration 1
INTRODUCTION
L’annonce de la prime de 1000 euros a permis aux commerces de garder un grand nombre d’employés durant cette période de confinement. En effet, un grand nombre d’entre eux ont fait passer leur situation financière avant leur santé en continuant de travailler.
Dans les faits, la réalité est toute autre. Les entreprises de la grande distribution (groupe Casino, Auchan, Intermarché, Lidl…) mettent en place des critères restrictifs. Par exemple chez Monoprix (membre du groupe Casino) nous avons découvert que :
Seuls les salariés présents du 16 mars au 10 mai toucheront l’intégralité de cette prime.
Les absences maladie, les maintiens à domicile pour garde d’enfant, les congés payés, impacteront le montant de la prime.
Les CDD, même s’ils ont été présents sur toute la période, ne toucheront rien si leur contrat s'interrompent avant le 02 juin.
Les jeunes et les contrats précaires sont donc les grands oubliés de cette prime. Ces critères restrictifs les excluent de facto, alors qu’ils ont permis au groupe de combler les défections en recrutant un grand nombre de CDD afin de remplacer “en urgence” les employés atteint du Covid-19 et ceux obligés de garder leurs enfants.
Il est inacceptable qu’une part importante des salariés de l’alimentaire se retrouve laissée pour compte. Ils ont pourtant mis leurs santé en jeu pour l’intérêt général.
Aussi, la CGT et le syndicat étudiant Résilience lancent une pétition nationale pour que la grande distribution et le gouvernement endossent leurs responsabilités et respectent leurs engagement, en garantissant le versement de cette prime de 1000 euros à ses salariés sans discriminations.
Quelques chiffres
Les enseignes de la grande distribution s’évertuent à maintenir une discrétion malvenue qui rend difficile la tâche d’analyse des chiffres à disposition. Il résulte de cet état de fait un flou certain et une absence de clarté quant à la mise en œuvre de la prime Coronavirus souhaitée par le gouvernement.
Ces éléments se conjuguent avec des stratégies de communication particulières, comme le PDG de Carrefour M. Bompard déclarant vouloir verser une prime à tous ces salariés, rapidement contredit par son propre groupe. Ces stratégies démontrent que les directions de ces enseignes n’ont fait que des annonces creuses dans la foulée du gouvernement. Elles cherchent aujourd’hui à se dédouaner de toute responsabilité tout en essayant d’améliorer leur image auprès du public.
Ici il s’agit de voir que du fait du confinement, les chiffres de vente pour la majorité de ces enseignes ont été tout à fait positif. Une situation qui n’aurait pas été possible sans le travail des salariés, notamment ceux recrutés pendant le confinement en CDD. Des salariés qui ont dû subir des cadences de travail très dures, du fait de la forte affluence, tout en étant fortement exposés aux risques sanitaires du Covid-19 et qui malgré tout réussi à faire augmenter le nombre des ventes pour leurs entreprises.
Des groupes commerciaux bien-portants
Le groupe Casino (Franprix, Monoprix, Casino) a augmenté ses ventes de 3,9 milliards d’euros au premier semestre 2020. Sur les 4 dernières semaines bouclées le 20 avril, la hausse est de 9%, et même 12% hors hypermarchés.
De son côté, Intermarché (membre du groupe Les Mousquetaires) a gagné quelques 800 000 acheteurs supplémentaires.
Cela se traduit concrètement par une très forte affluence dans les supermarchés, notamment de proximité, qui voient un très grand nombre de clients s’y rendre tout au long de la semaine. En effet on assiste aussi à un phénomène d’étalement des courses sur toute la semaine. Les salariés travaillent en flux tendu en permanence tous les jours, face à une fréquentation en hausse massive ; certains commerces urbains de proximité ayant vu leur chiffre d’affaire progresser de plus de 28% comme le rapporte la Fédération du commerce et de la distribution.
De la nécessité de la prime pour les plus précaires
Les contrats de 10 heures par semaine sont parmi les contrats présentant le plus de précarité. Ils concernent massivement les étudiants et les personnes qui, faute d’avoir trouvé un temps plein, cumulent ces emplois. Ces deux catégories de travailleurs sont fortement touchées et mises en danger par la crise sanitaire du Covid-19. En effet, le confinement empêche certains autres emplois en temps partiel d’être ouverts aux étudiants ou travailleurs précaires, tandis que loyers et factures doivent toujours être payés.
Il est aussi important de noter que la répartition des tâches entre les contrats joue un rôle dans l’exposition au virus. Les salariés travaillant 10 heures par semaine sont systématiquement placés en caisse aux heures de pointe comme renfort. Ils sont donc dans une situation bien plus risquée que celle des salariés en 35 heures travaillant dans les bureaux par exemple.
Temps de travail : 35 heures
Répartition horaire de 1000€ sur 4 semaines : 7,14 €
SMIC/horaire (net) avec prime de 1000€ : 15,17€
Ratio d’augmentation du salaire (en %) : 88,92%
Temps de travail : 25 heures
Répartition horaire de 1000€ sur 4 semaines :10 €
SMIC/horaire (net) avec prime de 1000€ :18,03€
Ratio d’augmentation du salaire (en %) : 124,53%
Temps de travail :10 heures
Répartition horaire de 1000€ sur 4 semaines :25 €
SMIC/horaire (net) avec prime de 1000€ : 33,03€
Ratio d’augmentation du salaire (en %) : 311,33%
Tableau de présentation : répartition horaire de la prime entre contrats (35h - 25h - 10h) et smic augmenté par la prime pour un mois.
Une prime de 1000 euros pour un mois de travail pour un temps plein au SMIC (en 35 heures par semaine) entraîne un ajout de 7,14 euros de l’heure. C’est-à-dire une augmentation de 88%. C’est encore plus remarquable pour les contrats à temps partiel de 10 heures par semaine ; il s’agit d’une augmentation de 310% du salaire net, soit un salaire de 33 euros de l’heure comparé à un salaire de base à 8 euros de l’heure.
Comme on le constate, l’existence de la prime revêt une importance et pertinence très forte pour les contrats de 10 heures. Il s’agirait d’une aide nécessaire et cruciale pour nombre d’étudiants qui sont dans une situation dramatique aujourd’hui. Les cafétérias universitaires étant fermées, les emplois qu’ils occupaient ayant disparus et leurs loyers étant toujours dûs, une telle prime permettrait de soulager la peine de celles et ceux qui ont pris sur eux d’assurer des tâches essentielles à notre survie collective en temps de confinement.
La situation de la prime dans les enseignes de grande distribution
Existence ou absence d’une prime complète de 1000€ pour les salariés
Respectivement pour CDD / CDI / Contrat étudiant
Carrefour : OUI* / OUI*/ OUI*
Leclerc: NON/ NON /NON
Auchan: NON / OUI / NON
Monoprix: NON / OUI / NON
Intermarché : NON* / NON* / NON*
Lidl : INCERTAIN / INCERTAIN / INCERTAIN
Picard : INCERTAIN / INCERTAIN / INCERTAIN
* : pour ces enseignes les primes seront distribuées ou non et modulées par les directions sur place. Les contrats ayant débutés le 12 mars chez Carrefour (date de début du confinement) seront modulés au prorata du temps de travail. Le groupe les mousquetaires a annoncé une “rétribution exceptionnelle” mais pas pour les enseignes de distribution.
Les oubliés de la prime
Voici quelques témoignages de salariés exclus de la prime de 1000 euros. Ils décrivent le quotidien que ces salariés ont vécu pendant 2 mois de confinement dans les principales chaînes de supermarché en France. Certains des prénoms marqués d’un astérisque ont été changés à la demande de la personne.
Les contrats précaires ou étudiants sont les grands exclus de la prime, alors qu’ils représentent la majeur partie des employés mobilisés sur le “front alimentare”, souvent recrutés pour l'occasion.
Stéphane Jeuneux
En contrat étudiant chez monoprix sur Paris
“Je suis étudiant et je travaille à temps partiel pour Monoprix. Je suis tombé malade après avoir travaillé sans protection et j’ai dû faire un arrêt maladie d’une journée pour suspicion de COVID. Les annonces qui ont été faites me laissaient croire que je percevrais la prime de 1000e. Cependant, il y a quelques jours, nous avons appris que les CDI à temps partiel auraient une prime bien en dessous de ce qui avait été annoncé. En effet, nos primes seront calculées en fonction de nos heures de travail. Ainsi, même ce jour d’arrêt pour suspicion de COVID impactera ma prime. En outre, comme contrat étudiant j’ai été d’avantage exposé que d’autres en temps pleins dans les bureaux qui touchent la prime. Les contrats étudiants sont ceux qui gère les heures de pointes, moment où le virus se propage de plus”.
Giuseppe AVIGES
En contrat CDD à monoprix Aubervilliers
“Je suis étudiant et exclu de la prime de 1000 euros. J’ai travaillé à monoprix en 25h /semaines pendant 1 mois et demi durant la période du confinement en remplacement d’un salarié malade. Aujourd’hui mon CDD se termine juste avant la fin de la période de confinement donc je suis de facto exclus de la prime à cause des conditions fixées par Monoprix. En effet, pour toucher la prime il faut que le contrat couvre la totalité de la période de confinement ainsi qu’être encore dans l’entreprise le 2 juin (date de versement de la prime) ce qui n’est le cas de quasiment aucun CDD.”
Nathan le Potier
CDI chez intermarché
“Je suis étudiant en CDI, je bosse 37h/semaine chez Intermarché. Dans la chaîne Intermarché c’est chaque magasin qui fixe ces critères d’attribution de la prime. C’est du chacun pour soi, du coup c’est l’anarchie. Dans mon magasin on nous donne des bon d’achats de 50 euros par semaine uniquement utilisables dans le rayon alimentaire du magasin. Si on est absent une, deux fois, notre bon est divisé par deux. En ce moment la fréquentation de mon magasin a doublé, le panier moyen augmente de 50%. Donc une charge de travail plus importante forcément pour les caissiers, par contre le salaire reste le même alors que le chiffre d’affaire du magasin s’envole grâce à nous.”
Inès*
Contrat étudiant chez Monoprix
“Je travaille en contrat étudiant au monoprix place d’Italie. Pendant le confinement je suis passé de 8h à 35h. Je vais toucher la prime, mais chez Monoprix ils calculent cette prime en fonction du temps de travail. Ils déduisent de la prime les jours de récup, vacances, et même les arrêts pour cause de maladie. Je suis malade depuis une semaine, je ne sais pas si c’est le COVID-19 et cette semaine sera décomptée de ma prime…”
Farid*
CDI chez Monoprix
“Je suis salarié chez Monoprix depuis 20 ans, je suis tombé malade à cause du COVID 19, j’ai été dans le coma et sous assistance respiratoire…. Monoprix fait une prime en fonction du temps de présence en conséquence je ne toucherais que 200 euros de prime. Je suis dégouté.”
Pablo*
Contrat étudiant chez Picard
“Je suis en contrat étudiant chez Picard. En principe je travaille que 4 heures le dimanche mais j’ai du remplacer une collègue pendant le confinement. La prise en compte des heures que j’ai fait en plus de mon contrat dans le calcul de la prime est encore incertaine”.
Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.