The Big Short : Les Subprimes pour les nuls

Michael Burry (Christian Bale) Michael Burry (Christian Bale)
The Big Short commence un peu comme Le Loup de Wall Street, arrêt sur image, adresse au spectateur. Les deux films évoluant dans le milieu de la bourse, la narration saccadée est censée recréer l’ambiance survoltée d’un monde gouverné par le stress. Mais là où Scorsese faisait de Jordan Belfort un cas d’étude anthropologique du délire boursier (l’appât du gain, la puissance de la parole et des croyances, dans un monde immatériel, la coke et la masturbation pour rester la ligne de crête vertigineuse de la réussite), Adam Mc Key dans The Big Short fait de ce dispositif brechtien un outil de pédagogie. Vous ne comprenez rien quand on parle de CDS, SWAP et CDO ? C’est fait exprès pour mystifier, et pour que les banquiers gardent le pouvoir nous explique Jarret Vennet (Ryan Gosling) ; Et pourtant, c’est facile à comprendre quand Selena Gomez (l’ex de Justin Bieber) l’explique au travers d’une analogie simple depuis sa piscine avec un verre de champagne à la main, ou quand on nous décortique le mécanisme du CDO à partir d’une main au Black-Jack à Las Vegas.

On comprend peut-être un peu mieux, mais ça reste très abstrait. Les seuls pour qui c’est concret, au sens où ce charabia sur les produits financiers complexes peut un jour se transformer en vrai argent sont ceux qui bossent dans les banques ou la finance. Dr Michael Burry (Christian Bale), analyste financier dans un fond d’investissement est le premier à voir en 2005 le risque d’une crise des subprimes. A moitié autiste, excentrique, il n’a aucun mal à devenir une sorte d’apprenti sorcier dont les convictions inspirent quelques autres aventuriers de la finance qui décident de s’enrichir sur le dos de cette crise qu’ils jugent inéluctables.

A côté de sa pédagogie sur les subprimes, le film est aussi le portrait d’américains moyens, une sorte de mosaïques du rêve américain, tous à la fois héroïques et filous : la dinguerie créative de Christian Bale, l’inquiétude morale de Mark Baum (Steve Carrel), l’enthousiasme des deux potes fondateurs amateurs d’un edgefund, la bienveillance cool du repenti Rickert (Brad Pitt). A travers eux, c’est aussi le mode de vie américain, très cool, grand sourire, goût des jeux et de la joute verbale, cynisme qui est dépeint. Bref un bon film qui veut dénoncer, même si parfois il est facile de s’y perdre, et de se retrouver en définitive un peu plus mystifié.    

Guillaume Goujet

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.