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Billet de blog 5 févr. 2014

CINEMA : C'est eux les chiens : la vache folle et les printemps arabes.

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"ça,  c'est de la captation du réel; c'est autre chose que du reportage". Cette phrase de Langlois à propos des vues Lumière ferait un bon épigraphe pour le nouveau film du marocain Icham Lasri : pas seulement comme l'hommage d'un cinéphile à une figure tutélaire, mais parce que c'est eux les chiens met en scène le grand détournement du reportage par le cinéma.

Pour raconter le printemps arabe vu du Maroc, Lasri reprend le principe du found foutage, inauguré dans sa forme moderne par Blair Witch Project en 1999, et qui a redonné un second souffle au cinéma d'horreur des années 2000. Comme dans REC du tandem Plaza-Blaguero, le spectateur est dans l'oeil de la caméra qu'utilise une équipe de journalistes partie en reportage. Mais plus le tournage avance et plus les choses  se transforment en une aventure humaine extraordinaire dont nous sommes les témoins privilégiés.

Au-delà des jeux formel à moindre frais qu'il permet d'explorer sur les ambivalences du réel, les rapports du vrai et du faux, du réel et de ses apparences,  le found footage a aussi quelque chose de l'évidence pour parler des printemps arabes : impossible de ne pas voir en effet comment les media ont été acteurs dans cette histoire, en véhiculant des images de révolte que ceux qui les regardaient s'empressaient de vouloir imiter. Sans les images, il n'y aurait pas eu d'émeutes des banlieues en France en 2005, et il n'y aurait pas eu de printemps arabe au Maroc... et d'ailleurs, il n'y en a pas eu... ou plutôt, s'il a eu lieu, c'est seulement dans les têtes.

Contagion, mimétisme, C'est eux les chiens décrit les élans révolutionnaires se propageant comme des virus : de manière instable et mystérieuse, imprévisible et confuse. Ils ont à voir avec la folie, le détraquage mental, à l'image du détenu 404 qui devient le héros du reportage et du film. Au Maroc, en février 2011, il ne s'est rien passé, ou presque... Comme le disent, mi-lucides, mi-blasées deux putains croisées dans un hall d'hôtel : "le 20 février, c'est un peu comme la Vache Folle, le H1N1" : quelque chose de très virtuel qui a chargé l'air d'électricité, la promesse d'un bouleversement sans précédent , puis qui est retombé ensuite...  comme le temps d'une représentation d'un théâtre d'ombres, bref quelque chose qui rappelle le cinéma.  

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