glorieux
Frédéric Glorieux, mortel jovial
Abonné·e de Mediapart

74 Billets

0 Édition

Billet de blog 1 déc. 2020

glorieux
Frédéric Glorieux, mortel jovial
Abonné·e de Mediapart

Patriotes et télé-achat

Dans la série, que sont-ils devenus… Florian Philippot, porte-parole de Marine Le Pen jusque 2017, accusé de l’échec électoral par sa stratégie de 3e voie (ni droite ni gauche, ou nationale-sociale), a fondé son parti, les “patriotes”, sans le soutien de la marque “rassemblement national”. Son talent n’a pas le même écho, comme un honnête commerçant exclu d’une franchise.

glorieux
Frédéric Glorieux, mortel jovial
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Avec une adhésion Prestige à 100 € (qui ne coûte RÉELLEMENT que 34 € après déduction fiscale* !!!)

  • Vous devenez adhérent des Patriotes et participez à la vie du mouvement, ses actions, ses rassemblements !
  • Vous recevrez une photo dédicacée de Florian Philippot.
  • Vous recevrez tous nos autocollants (bientôt collector !).
  • Vous aidez Les Patriotes à financer beaucoup plus d’actions, car notre mouvement ne reçoit pas un centime de l’État et des banques.

Réduit à ses propres moyens et sans le soutien de la franchise ® Le Pen , Florian Philippot n’arrive plus à cacher le but de ce type d’officine politique, pas changer le monde, mais gagner assez de suffrages pour toucher les aides de l’État. Bien sûr, il faut de l’argent pour faire de la politique. Même l’Église catholique, qui a pourtant fait vœu de pauvreté, fait la quête depuis des siècles. Mais Florian Philippot, diplômé d’école de commerce (HEC Paris), produit un malaise en mélangeant la politique avec les méthodes du télé-achat pour vendre sa carte orange. Il flatte cependant ouvertement les artisans-commerçants, qui ne doivent pas s’irriter de la même manière.

Il est remarquablement actif sur sa chaîne vidéo depuis le confinement, 110k abonnés, un spot publicitaire par jour d’environ 10-20 minutes, avec toujours lui et rien que lui, face caméra. Il a l’air seul dans un coin d’appartement, à chaque fois au début, il ramène sa main comme s’il avait démarré sa caméra. Le leader du marché, Jean-Luc Mélenchon, 481k abonnés, a plutôt un rythme hebdomadaire, avec une revue de presse plus longue (30 à 60 minutes), mais il peut alimenter sa chaîne avec plus d’interventions à la télévision, ou à l’assemblée nationale. Philippot n’est pas mauvais, mais il n’a décidément pas l’ampleur de réflexion et la pédagogie de l’autre.

Le média crée le message. Une vidéo internet permet de retrouver le ton des causeries au coin du feu à la radio, de Roosevelt. Mélenchon tisse ainsi un lien de séduction et de confiance avec ses abonnés, qui se laissent bercer en faisant autre chose dans un autre coin de l’écran. Philippot s’adresse au public comme s’il était à la télévision, mais on ne s’assoit pas sur le divan à 3 mètres de l’écran, il nous parle trop fort, il est désagréable.

Ce n’est pas un plaisir de l’écouter, mais on peut s’amuser en jouant au loto. On trouvera ci-dessous les cases à cocher.

  • réinitialisation (grand reset)
  • mondialisme, européïsme, sans-frontiérisme
  • oligarchie
  • Soros, Davos
  • société de castes
  • racialisme horizontal, comité Adama Traoré
  • hors-sol
  • coronafolie, dictature sanitaire

Son patriotisme souverainiste est national, et social (mais bien sûr pas national sozialist). Il n’est pas ouvertement raciste, il reste légaliste sur le droit de la nationalité. Ses contorsions sont spécialement amusantes sur l’affaire Michel Zecler (un producteur de rap, noir, de Paris XVIIe, brutalisé par la police). Selon Philippot, ce n’est pas une agression raciste, la police a frappé parce que la victime ne portait pas de masque contre le covid. Philippot réinforme son public, selon lui, ce sont les conséquences d’un état autoritaire, qui va détourner de sa faute (imposer le masque), en divisant le peuple par la condamnation du racisme, et de la police. La dialectique est subtile, dénoncer le racisme, ce serait monter une part des français contre une autre, et accuser les violences policières, ce serait monter le peuple contre sa police ; au bénéfice de l’oligarchie qui a pris le pouvoir aux français.

La preuve ? Soros et l’Europe financeraient le comité Adama Traoré pour inviter le black lives matter américain et diviser le peuple, au bénéfice de la caste  qui gouverne. Tout ça c’est sans-frontiérisme et mondialisme pour dissoudre les nations en consommateurs et bétail à vaccin…

La manière d’argumenter consiste à communiquer le sentiment que tout se tient, que c’est évident, en laissant d’énormes blancs entre les propositions. Ce discours ne s’adresse pas aux diplômés du supérieur mais aux complexés de l’école, avec aucune intention d’instruire, mais d’embrouiller, en laissant une impression flatteuse : merde alors, on n’est pas plus cons que les autres ! Pourquoi ils nous prendraient de haut !

Flatter la vanité et les passions de l’opinion, rien de neuf depuis Athènes, c’est un démagogue.

C’est difficile pour la gauche de pouvoir reparler à ces gens qui écoutent Philippot car elle n’a rien à leur offrir, ni prospérité économique au profit des petits commerces et indépendants de la France périphérique, ni la flatterie d’être supérieur par la bonne naissance d’être français. Il faut malgré tout travailler à une société qui pensent aussi à ceux qui ne pensent qu’à eux, il y en aura toujours, et ils seront ingrats.

Vous n’imaginez pas tout ce que cette carte peut vous apporter

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
« Ce slogan, c’est un projet politique »
Alors que des milliers de personnes bravent la répression et manifestent en Iran depuis une semaine, le régime des mollahs est-il menacé ? Nous analysons ce soulèvement exceptionnel impulsé par des femmes et qui transcende les classes sociales avec nos invité·es. 
par À l’air libre
Journal — Social
Mobilisation pour les salaires : pas de déferlante mais « un premier avertissement »
À l’appel de trois organisations syndicales, plusieurs manifestations ont été organisées jeudi, dans tout le pays, pour réclamer une hausse des salaires, des pensions de retraite et des minima sociaux, avec des airs de tour de chauffe avant une possible mobilisation contre la réforme des retraites.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Santé
La hausse du budget de la Sécu laisse un arrière-goût d’austérité aux hôpitaux et Ehpad publics
Pour 2023, le gouvernement propose un budget en très forte augmentation pour l’assurance-maladie. Mais les hôpitaux publics et les Ehpad ont fait leurs comptes. Et ils ont de quoi s’inquiéter, vu la hausse du point d’indice, la revalorisation des carrières et l’inflation.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Au Royaume-Uni, la livre sterling tombe en ruine
En campagne, la première ministre Liz Truss avait promis le retour aux heures glorieuses du thatchérisme. Trois semaines après son accession au pouvoir, la livre s’effondre et la Banque d’Angleterre est obligée d’intervenir. Premier volet de notre série sur le chaos monétaire mondial.
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet de blog
Il n’y a pas que la justice qui dit le juste
Dans les débats sur les violences sexistes et sexuelles, il y a un malentendu. Il n’y a pas que l’institution judiciaire qui dit le juste. La société civile peut se donner des règles qui peuvent être plus exigeantes que la loi. Ce sont alors d’autres instances que l’institution judiciaire qui disent le juste et sanctionnent son non respect, et ce n’est pas moins légitime.
par stephane@lavignotte.org
Billet de blog
Violences en politique : combats anciens et avancées récentes
Même si les cellules de signalement sont imparfaites, même si le fonctionnement de certaines d’entre elles semble problématique à certains égards, aujourd’hui, une organisation politique ou syndicale qui ne dispose pas a minima de ce mécanisme interne n’a plus aucune crédibilité sur le sujet des violences faites aux femmes. 
par eth-85
Billet de blog
La diffamation comme garde-fou démocratique ?
À quoi s’attaque le mouvement #MeToo par le truchement des réseaux sociaux ? À la « fama », à la réputation, à la légende dorée. Autrement dit à ce qui affecte le plus les femmes et les hommes publics : leur empreinte discursive dans l’Histoire. Ce nerf sensible peut faire crier à la diffamation, mais n’est-ce pas sain, en démocratie, de ne jamais s’en laisser conter ?
par Bertrand ROUZIES
Billet de blog
Cher Jean-Luc
Tu as dit samedi soir sur France 2 qu’on pouvait ne pas être d’accord entre féministes. Je prends ça comme une invitation à une discussion politique. Je l'ouvre donc ici.
par carolinedehaas