Compression compassionnelle des coûts contre chœur des esclaves, vœux à Radio-France

Pourquoi l'exécutif veut-il supprimer les choristes de Radio-France, d'un coût négligeable comparé à toutes les commissions où se cachent des haut-fonctionnaires ? Parce que l'humour poétique du «chœur des esclaves» (Verdi, Nabucco) est une humiliation pour l'énarque camarade de promotion du président.

Voeux 2020 de Sibyle Veil aux salariés de Radio France © Radio France en lutte

Macron a raison de vouloir réhabiliter Pétain, c'est la figure politique qui correspond le mieux à son moment. La France est occupée par la finance internationale, qui organise le pillage de toutes les richesses liquides, aidée par la Collaboration zélée du patronat et de l’État. Macron profite d'une même conjoncture démographique que Pétain, la France de 1940 avait perdu ses jeunes en 1914, jamais elle n'avait été aussi vieille, comme aujourd'hui.

Dans cette vidéo, la patronne de Radio-France illustre la rhétorique collaborationniste de ce régime, peu importe que ce soit une ministre ou une directrice du capital humain. On vous donne tous les mots que vous voulez pour vous flatter, mais on vous prend l'essentiel, avec compassion, comme un inquisiteur torture les hérétiques par charité, pour sauver les âmes (ou les comptes publics). Elle clapote avec la bouche et elle ne dit rien, sauf : « le bonheur personnel est essentiel ». Vous allez perdre le boulot auquel vous avez consacré votre vie, mais il vous reste l'amour ! Comme si on pouvait être heureux dans sa vie privée quand on vous retire votre utilité.

La réponse du chœur de Radio-France, celle de la beauté et de l'intelligence, explique pourquoi ils seront supprimés, mais pourquoi aussi ce régime sera entraîné dans cette chute. Toute société est un compromis. La Reconstruction de 1945 avait compris qu'il fallait digérer et pacifier les conflits des années 1930. Surtout pas de revanche, il nous faut toute la France, même la part qu'on n'aime pas. Dans la culture par exemple, Vichy a été une réaction contre le modernisme d'après 1918. Le collaborateur Robert Brasillach, directeur du journal antisémite «Je suis partout» et fusillé en 1945, composait pendant la guerre une délicieuse «Anthologie de la poésie grecque» (publication posthume en 1950). La Résistance a défendu et Picasso, et l'Antiquité ; c'est dans cet esprit qu'a été fondée la Radiodiffusion française, matrice des stations actuelles, avec un orchestre reprenant la tradition, ainsi que des laboratoires d'expérimentation, dont sortirent Pierre Schaeffer ou Pierre Henry. La seule existence de ces beautés non commerciales font honte au Marché, donc il veut les supprimer, et il a une masse de consommateurs pour alliés.

Pourquoi le Marché a-t-il si longtemps toléré que l'intelligence et la beauté soient entretenues par de l'argent public ? C'est un moyen de les garder complices de l’État. Un fonctionnaire ne va pas vouloir une révolution qui lui ferait perdre un échelon, son poste, son prêt maison, les études des enfants, la mutuelle ou la retraite. Macron pense que le moment est venu de la lutte finale contre la Reconstruction, son «moment Thatcher» selon Romaric Godin. Le but du gouvernement est d'avoir la grève la plus longue possible, sans aucune victoire, pour épuiser définitivement les syndicats et exploiter plus tranquillement le travail.

Mais la France de 2020 n'est pas le Royaume-Uni de 1980. Entre les deux, il y a eu la massification universitaire, produisant des pauvres cultivés tandis que les grandes écoles ont abêti les élites françaises. Oxford et Cambridge sont de réelles universités, avec de la recherche, l'ENA est une école professionnelle. Boris Johnson sait vraiment le grec (malheureusement), Macron est un cuistre prétentieux, et c'est pourquoi il n'a aucune idée à lui, qu'il est fanatique, parce qu'il n'est rien. Ceux qui ne sont rien, c'est eux.

Comme Guizot, les gouvernements précédents savaient que la France est un équilibre précaire. Ses fondations se ruinaient par dessous, dans les campagnes, les écoles, ou les hôpitaux, ils ne savaient pas quoi faire mais au moins évitaient d'accélérer l'effondrement. Macron a commencé le jeu de dominos, il voudrait en rester là, un régime policier sans syndicats ni fonctionnaires, mais il ne pourra plus arrêter l'histoire, qui va l'emporter dans l'indignité nationale. Notre malheur, c'est qu'il va falloir vider des frustrations dans la douleur. En ce moment se réalise le rêve du patronat, qui poussera beaucoup d'électeurs vers une Le Pen, qui ne pourra pas rester plus stable. Il va falloir faire le tour du cadran pour épuiser toutes les revanches.

D'où vient l'espoir ? Du chœur de Radio-France, de l'humour poétique. Nous vaincrons parce que nous avons une âme. Armés d'un coin de campagne natale, ou d'un visage, ou d'un vers français au bout d'une cigarette, s'il faut vraiment y aller, tant pis, on ira. Meilleurs vœux de bonheur, de sens et de beauté à tous, prenons des forces, on ne sait jamais.

noir desir / des armes ( léo ferré ) ( des visages des figures ) © global pirate resistance

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