(Recherche socialiste) municipales 2014, analyse d'un échec en vue de 2020

“Recherche socialiste” esr une revue scientifique sur le PS, par le PS, et pour le PS. Les échecs y sont très bien analysés, par exemple les municipales 2014. Avec la distance, les livraisons perdent d'intérêt, sauf une conclusion visionnaire de Michel Rocard qui dit ce qu'aurait du être ce parti, et une introduction de Rémi Lefebvre, qui explique pourquoi il ne le sera jamais.

Recherche socialiste, juillet-décembre 2014, Munipales 2014 Recherche socialiste, juillet-décembre 2014, Munipales 2014

Nos professeurs nous semblaient d'autant plus admirables que nous étions petits, admiration qui peut être déçue quand on les retrouve à l'âge adulte. Pour ceux qui ont connu l'université, et qui en sont sortis, la recherche peut rester une activité prestigieuse, mais lorsque l'on en relit après avoir mûri, on comprend vite que beaucoup de chercheurs ne risquent pas le prix Nobel. Recherche Socialiste est une revue scientifique semestrielle décemment écrite et éditée, mais pas bouleversante à chaque page. Lire ce genre de publication, sans goût partisan ni obligation professionnelle, relève de l'érudition perverse, ou alors, d'une bonne hygiène intellectuelle qui ne craint aucun sujet. Le numéro 68-69 porte sur la défaite des municipales 2014, deux analyses restent intéressantes aujourd'hui, sur l'utopie idéologique que pourrait incarner le PS (par Michel Rocard), et pourquoi il ne le portera jamais, en conséquence de sa sociologie (par Rémi Lefebvre).

L'utopie PS, une démence

À croissance lente ou nulle, n'utilisant que de l'énergie renouvelable, la vie sera pour cela moins inégalitaire. Hommes et femmes y trouveront davantage leur dignité leur épanouissement et leur plaisir de vivre dans les émotions intenses qu'apportent la culture, la fierté de créer, et la jubilation qu'il y a maintenir en permanence son corps dans la beauté et la santé.
Michel Rocard, novembre 2014, Réorienter le PS pour le redresser, une urgence, une nécessité.

Michel Rocard (1930-2016) n'avait pas perdu l'ambition de la pensée, il savait lire l'histoire, sa discussion reste instructive. Parmi les grandes idéologies du XXe siècle, il rappelle qu'entre stalinisme, nazisme, et capitalisme, la social-démocratie n'a pas autant de victimes à se reprocher. Elle peut s'enraciner dans une tradition honorable, de Rousseau à Marx ou Jean Jaurès, tandis que la droite démagogique actuelle est une honte pour la mémoire de De Gaulle. Mais le PS n'est pas propriétaire de cette tradition, et d'ailleurs l'a trahie, en se jetant dans l'utopie européïste de Delors, qui n'a pas apporté une seule de ses promesses sociales ou culturelles.

Le projet européen n'est plus qu'une monnaie. Depuis 2015, la Banque centrale européenne (BCE) a injecté 2000 milliards d'euros dans la finance. Même les libéraux s'indignent contre cet argent qui ne s'investit pas dans l'économie réelle et qui supprime le risque boursier. En effet, le cours des actions ne mesurent plus la bonne santé économique d'une entreprise mais sont juste des titres spéculatifs, et avec la garantie monétaire de ne jamais perdre, d'être toujours couvert par la banque. La BCE imite ainsi les politiques de facilitation financières initiées à la suite de le crise de 2008 par les autres grandes banques centrales (États-Unis, Japon, Grande-Bretagne). On produit de l'argent factice en masse, la finance est une rare industrie qui reste en Europe. Les véritables libéraux s'indignent d'un marché financier administré, et donc faussé, pour le bénéfice d'une technocratie capitaliste. Les états ne servent plus les peuples mais la concentration financière des firmes.

La monnaie unique a été instituée par le traité de Maastricht, en 1992, par Mitterrand et Rocard. Le PS français est responsable de notre aliénation nationale à la finance, très bien représentée par un ancien ministre des finances PS, Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires (et aux paradis fiscaux).

Pour ceux qui comme moi n'avaient pas l'âge de la lucidité à cette époque, réécouter le discours de Philippe Séguin contre le traité de Maastricht à l'Assemblée Nationale le 5 mai 1992  ne pernet pas de dire que personne ne pouvait savoir ce que ça allait devenir. Il part de prémisses de droite, nationalistes et sociales, mais ses conclusions son honnêtement tirées, selon sa vision de l'intérêt général. Il dit par exemple : « Il ne servira à rien de tenter de ficeler l'Allemagne. Car l'Allemagne, et c'est bien naturel dans sa position, et avec les moyens dont elle dispose, ne renoncera à sa souveraineté que si elle domine l'ensemble, certainement pas si elle lui est subordonnée » ce que confirme maintenant Patrick Artus par la seule analyse des flux financiers allemands.

Campagne de soutien à François Hollande en mai 2017 Campagne de soutien à François Hollande en mai 2017

Quand on n'a jamais couru les couloirs du pouvoir, on n'arrive pas à savoir si le PS est sincère ou hypocrite, mais en tous cas il proteste continuellement de ses bons sentiments. Les constats de Rocard sur la finance et l'écologie sont tout à fait les principes qui doivent conduire une politique, mais l'horizon qu'il propose est d'un optimisme délirant. La pression écologique n'est pas une fatalité extérieure à la finance, elle est au contraire la cause de la spoliation des peuples par le capital, qui mieux informée que nous, sait qu'il faut tout prendre maintenant, tant qu'il y a encore. La raréfaction des ressources va augmenter la violence et les inégalités, et rendre toujours plus difficile la lutte quotidienne pour dégager du temps pour penser, créer, et maintenir sa santé et sa bonne humeur.

Le socialisme doit être repris au PS et soigné de ses pathologies de progrès. Selon ce parti, “gauche de gouvernement” consiste à être comme eux, restés dans les utopies gauchistes de 1968, et à concéder un pragmatisme qui n'est qu'une soumission du politique à la technocratie du ministère des finances. Leurs leçons de réalisme s'adressent à leurs propres idéaux, en méprisant au passage la réalité de la pauvreté et de la souffrance au travail. La plupart des figures PS depuis 1981 ne préparent pas au courage et aux vertus nécessaires pour les temps qui viennent, il faut se replonger dans le socialisme du XIXe siècle, prendre exemple sur Jean Jaurès, ou les résistants.

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Élus fonctionnels sans vision

La vision n'a pas d'avenir, mais en plus, son ambition n'anime pas les militants. Rémi Lefebvre est enseignant chercheur de science politique à l'université de Lille, et conseiller communal PS d'Hellemmes. Il connaît donc le parti de l'intérieur, avec toute la culture théorique pour l'analyser. Le système qu'il décrit avec finesse et précision est désespérant.

La débâcle électorale des municipales de 2014 a produit un départ massif de militants. Pour qui s'engage sincèrement en politique, c'est étrange. Certes, une défaite n'est pas une bonne nouvelle, mais on s'engage parce que l'on croit à des idées. Les penseurs du passé se sont battu au péril de leur vie, ils auraient supporté quelques déconvenues électorales. Mais le PS n'est pas un parti politique au sens du XXe siècle. Avant 2014, 33% des adhérents étaient des élus municipaux, 15% étaient des personnels municipaux et 8% des collaborateurs politiques. De plus en plus d'élus n'ont pas eu d'expérience professionnelle autre que d'avoir commencé comme collaborateur d'élu. Le PS n'est pas un parti politique, mais un syndicat de professionnels de la politique. Lorsqu'ils perdent leur travail, ils rendent leur carte, perdant apparemment toutes convictions politiques.

« après les municipales, c'était la panique, tout le monde cherchait à se recaser. Je n'ai pas encore réussi à le faire. Je suis en attente depuis des mois, je n'ai pas de réseau parisien, ce qui est un gros handicap, je ne veux plus bosser dans une commune mais dans une agence de communication. Les agences sont méfiantes, d'abord parce qu'elles ont perdu leurs clients dans les villes de gauche, ce qui me rend un peu inutile, ensuite parce que je suis premier fédéral et conseiller régional, ce qui prend du temps, mais je veux continuer à faire de la politique. J'ai trop donné pour renoncer. J'aurais pu être intégré dans les services de la ville, c'est une tradition ici, mais je n'ai pas voulu et c'était compliqué, compte tenu de mes mandats. Je suis parti aussi du cabinet la fleur au fusil en pensant que la solidarité socialiste allait fonctionner, mais c'est chacun sa pomme... Aucune solidarité, ce milieu est terriblement individualiste, la FNESER a mis des CV en ligne, Cambadélis a annoncé une cellule de reclassement qui n'est pas venue. J'estime qu'avec tout ce que j'ai donné au parti, je ne suis pas récompensé »

Ce témoignage anonyme rapporté par Rémi Lefebvre ne suscitera que l'amusement de toutes les personnes qui vivent quotidiennement la dureté du travail. « Ben oui camarade, le monde est plein comme en œuf et ne t'attend pas, et avec les lois travail votées par ton parti, ça ne va pas s'arranger. Tu peux donner autant que tu veux à une boîte, tu seras vidé de toute façon. Tu nous l'avais dit, c'est le marché, la dette, les actionnaires.... Tu viens militer avec nous ? »

Depuis 2017, dans les municipalités, on observe surtout que beaucoup d'élus ou personnels politiques essaient de se revendre à En Marche!. Ainsi Yves Durand, ancien maire PS de Lomme et député de 1988 à 2017 pour la 11e circonscription du Nord (Lille-sud, Lomme, Armentières), a soutenu le candidat marcheur contre l'actuel maire PS de Lomme Roger Vicot. Le marchiste a gagné, Yves Durand se sera bien battu pour ses assistants parlementaires puisqu'il les recasera auprès du nouvel élu (cf. La Voix du Nord). Le PS défend en son sein une idée bien particulière du marché du travail, qui ne repose pas sur le mérite et l'égalité des chances, mais le réseau et l'opportunisme.

Conclusion

Le PS se pense comme un phénix qui chaque fois renaîtra de ses cendres électorales après un congrès, faute de concurrent sérieux à gauche, jusqu'à maintenant. Il ne veut pas voir qu'il a dilapidé son capital idéologique et militant, contre des places de communicants. L'exécutif Macron connaît parfaitement ce système municipal et n'y voit aucun intérêt électoral, il l'attaque donc légalement par les ressources fiscales ou les dépenses imposées. Parmi les premières mesures annoncées, la suppression de la taxe d'habitation va diminuer les rentrées municipales, la baisse des aides au logement va déséquilibrer les comptes du logement social, l'obligation scolaire à partir de l'âge de 3 ans invite les écoles maternelles privées à demander une participation aux mairies pour les élèves qu'elles scolarisent.

Le chômage et la pauvreté ont beaucoup augmenté depuis 2008, et la prochaine crise s'annonce pire. Avec les associations, les communes sont aux premières lignes du social avec les CCAS, l'engagement municipal va devenir une gestion de la pénurie et de la misère. Les militants qui mesurent au devant de quoi ils vont pour 2020 ont au mieux du mépris, et souvent de la haine, pour ce que le PS est devenu. Mais il y reste des militants qui sont vraiment socialistes, le PS ne les mérite pas.

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