Est-ce Delevoye qui craque ou le gouvernement qui lâche ?

Je pariais hier que le commissaire Delevoye serait maintenu à son poste, malgré ses contrats cachés, comme affirmation crâne de la méritocratie contre les pouilleux syndiqués, j’ai perdu, mais est-ce que le peuple y gagne ?

Il y ceux qui sont du bon côté de la police et ceux qui creusent © Tony Boisseau

Le poste de commissaire exécuteur des retraites M. Delevoye n’a donc pas résisté aux fouille-sites et autres baveux de presse qui révèlent toutes les crèmeries où il a une assiette. Il a démissionné aujourd’hui lundi 16 décembre. Informée, Ellen Salvi pense que « Jean-Paul Delevoye agace Matignon depuis bien longtemps déjà », qu’il est « le fusible idéal ». Est-il un coupe-circuit, ou le court-circuit (qui va enflammer le reste du gouvernement) ?

Ce commissaire ne fonctionne pas autrement que les autres. Il faudra une grosse campagne de communication pour faire croire que ses pratiques, parfaitement légales, sont pires que celles de ses collègues. L’opinion va se partager en trois groupes, des gens de droite qui rêvent de devenir un Delevoye, s'énervant contre les lois et coutumes qui les empêchent de voler tranquillement les autres ; des gens de gauche écœurés par les privilèges ; et beaucoup plus qui ont surtout des gosses à nourrir. La question la plus amusante est de savoir si c’est le commissaire qui a démissionné, ou le président qui l’a jeté. Sans aucune information, quelques conjectures pour préparer ses esprits à ce qui peut arriver.

Le départ de M. Delevoye ne change strictement rien au rapport de force. Il y a ceux qui tiennent la police, et ceux qui creusent. Ce gouvernement a intérêt à ce que les syndicats bloquent les trains pour les fêtes. Ce ne sera pas la première fois, les français survivront, mais il s'agit de faire monter les espoirs des grévistes pour qu’ils tombent de plus haut.

Mais pourquoi Delevoye a craqué ? Ce n’est pas le premier, mais on pensait celui-là bien huilé à toutes ces assemblées et commissions. Mais il gagne trop pour être obligé de payer les conséquences du mal qu’il fait au peuple. Car ce sera tous les jours que dans la rue, dans les médias, dans les manifs, il recevra un regard teinté de haine et de mépris. Il a peut-être cru sincèrement se dévouer à l'intérêt général, mais il découvre que la raison financière pour laquelle il va ruiner les retraités ne fera rien pour lui et sa famille. Il ne pourra pas revenir dans son Bapaume sans être chaleureusement accueilli par des gilets jaunes ou autres bénéficiaires de ses mesures.

On notera que le président n’a pas tenté de faire revenir son commissaire, comme il avait essayé de refuser la démission de Gérard Collomb. Aurait-il poussé Delevoye ? Pour maintenant, il faudra faire avec. La lutte sociale pense avoir eu un premier bout de victoire et va se sentir renforcée, personne ne voudra reprendre la place, mais peut-être que le gouvernement saura utiliser cette situation trumpienne. Au fond, pourquoi faut-il un interlocuteur ? N’est-ce pas encore plus efficace de noyer le poisson en présentant toutes les trois semaines un nouveau fonctionnaire sans pouvoir de décision et qui n’est pas au courant ? Le gouvernement va prendre la stratégie gilet jaune, pas de tête, pas de leader, des négociateurs interchangeables qui ne décident rien, pendant que le travail législatif réel est externalisé auprès d’un cabinet d’avocats, et voté par les députés sans rien y comprendre.

Le gouvernement sait que s’il s’arrête ici, il ne fera plus rien et ne sera pas réélu. Il continue coûte que coûte, car chaque ministre, chaque conseiller, sait qu'il sera remercié ensuite dans le privé, au-delà de tout ce qu'il peut espérer en politique. Ploutocrates.

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