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Billet de blog 25 nov. 2020

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Au point où en est Macron, est-ce qu’on ne serait pas mieux avec Marine Le Pen ?

En France, la gauche au pouvoir mène une politique de droite, et la droite doit faire du social. Macron s’annonçait libéral en 2017, il est liberticide en 2020. Et Marine Le Pen, elle serait islamo-gauchiste ? Elle sera incompétente, laissant la police en roue libre (comme maintenant) mais son régime sera haï. Faudra-t-il tomber plus bas pour s’en sortir ?

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Déménageurs assermentés de migrants, de la casse et des pertes sont à déplorer

1940, 41, 43, ou 1938 ? Non monsieur le président, nous ne sommes pas en guerre, l’histoire ne se répète pas, mais ce qui se répète, c’est l’histoire, quand le temps s’accélère. Demain ne sera pas comme hier, mais des hiers ont vu comme aujourd’hui, des lendemains incertains qui vivent d’espoirs et de craintes.

Chacun sent bien que depuis quelques années, on a tous un repère, par exemple les attentats de Paris en 2015, tout se bouscule et va très vite. Rien n’est neuf, tout se prépare depuis 40 ans, c’est comme une poutre qu’on dit qu’elle tiendra bien encore 5 ans, mais maintenant, ça craque. La finance de firme et d’état a raboté l’essentiel par lequel le monde tenait, pour se gaver d’accessoire. Tout tangue, chacun s’accroche à ce qui lui sert de religion.

Des politiques voudraient faire croire que les élections présidentielles de 2022 vont tout changer. Qui y croit ? L’administration centrale a été décapitée par ce dernier président pour tout tirer depuis son palais, on peut le dire autocrate, au sens où il gouverne pour l’image des autos et de lui-même, c’est le gourou du tout-à-l’égo (© Régis Debray). Un démocrate ne doit pas être efficace, c’est-à-dire ramener tous les câbles de commandement à lui, car il prépare la tyrannie du prochain qui prendra sa place. Un démocrate organise son impuissance, ou plutôt, organise la puissance du peuple en construisant des corps autonomes et souverains. Syndicats, collectivités locales, parlement, ce régime a voulu que tous lui mangent dans la main ; et même le peuple qu’on enferme confiné, pour lui donner comme une aumône de pouvoir faire du vélo pour 20 km plutôt que 1. Oui notre bon maître, oui notre monsieur, votre bonté nous perdra.

L’opinion s’est récemment émue d’une opération policière de démantèlement d’un camp de migrants. Rien de neuf, sauf que ça s’est passé à la République, en plein Paris de gauche, la place des manifs à crayons (2015, Je suis Charlie), des assemblées générales pour refaire le monde (2016, Nuit Debout). Quelles furent ces méthodes policières ? Il n’y a pas eu de déchaînement incontrôlé de violences, comme une armée de soudards qui tuent et violent, on a vu l’administration banale et consciencieuse de la violence réglementaire, et c’est cela qui est inquiétant.

Dans le procès Eichmann, Hannah Arendt nous rappelle que ce grand organisateur de la solution finale (l’extermination des juifs), était une personne terne, sans vice ou folie extravagante, c’était un fonctionnaire zélé. Les belles âmes s’émeuvent (du moins pour l’instant), de ce que devient leur police, ce sera le bras du trône, qui que soit l’Élu(e).

Ces méthodes sont travaillées depuis des années loin des centre-ville, dans le harcèlement des migrants, des dealers, des gilets jaunes, ou des gens du voyage. D’abord, la police n’est pas unique. Tous ceux qui l’ont subie savent la reconnaître au premier coup d’œil, dans une allure et un corps.

Les CRS, très équipés, avec l’armure et le bouclier, sont des genres de rhinocéros, totalement inatteignables à l’insulte. Leur tête habite ailleurs, dans leur oreillette. Ils passent leur vie à attendre, en caserne, dans le camion, devant un ministère, ou en rang à faire face à des manifestants. Par contre, quand il entendent go !, ils foncent en groupe et en courant. Corps peu agiles mais puissants, il ne faut pas être devant eux quand ils chargent sans âme, écrasant les vieilles dames et même le drapeau français. Ils ne sont que l’effet de leurs ordres, ce corps peut être gardé.

Dans l’action, on ne distingue pas trop les CRS des gendarmes mobiles, sauf qu’ils amènent de l’équipement lourd (blindés, drones…), notamment lorsqu’il faut évacuer les camps de nomades récalcitrants, des gauchistes en ZAD, ou dans les ex-colonies. On s’est moqué du blindé enlisé à l’Arc de triomphe lors d’un acte gilets jaunes de décembre 2018, c’était une opération de communication pour faire savoir à l’exécutif qu’ils avaient besoin de matériel, notamment pour assurer l’ordre évidemment républicain, en Guyane. Les civils ne veulent pas trop savoir ce que nos gendarmes et autres militaires apprennent là-bas pour surveiller les frontières ; les gilets jaunes, c’était des vacances.

L’administration est très créative en acronymes, il y aurait des CSI et des CI, je n’en ai pas l’expérience, je n’en dirais rien. Il y a les unités à cheval, à moto, à vélo, que l’on voit autour mais heureusement rarement à l’action. Une charge à cheval ne manquerait pas de panache, et de ravage.

La BAC (Brigade anti-criminalité) est autrement plus mobile et pleine d’initiative. Dans une manifestation, ils savent s’infiltrer parmi les candides, hurlant tout ce qu’il faut pour être du groupe, repérer les meneurs et les agités qui vont par exemple renverser des poubelles pour essayer de démarrer une barricade. Ils ont un équipement plus léger que les CRS, avec des baskets, ils courent vraiment vite et en nuée, pas en rang. C’est dans ce corps que l’on trouve les individus les plus vicieux, les plus dévoyés, qui doivent se payer en plaisir pour un travail mal payé. Entraînés à la poursuite de la petite délinquance de banlieue, ils traitent tous les manifestants, révolutionnaire, écologistes, ou nationalistes jaunes, comme des dealers. Tout est à revoir ici : politique de santé publique quant aux drogues, moyens pour la justice afin que les délits soient punis à temps, et police citoyenne.

Enfin, il y a les Pinot simples flics et autre inspecteurs Labavure, envoyés en renfort, sans formation ni matériel. Ils portent chacun un genre de casque de vélo différent, des genouillères Decathlon, ils marchent en quinconce en respectant bien leur distance sanitaire, ils ont peur et se surveillent mutuellement pour qu’aucun ne fasse une grosse connerie. C’est à ce genre d’amateurs que l’on doit les réactions les plus surréalistes, comme ces deux motards qui voulaient menacer la foule avec leur arme de service. Légitime défense ? En tirant, ils en auraient arrêter combien ? Heureusement qu’un des collègues à attraper l’autre pas la manche pour se tirer au plus vite.

2018, 6 décembre, Mantes-la-Jolie, manifestation de lycéens sous contrôle

Place de la République ce lundi soir 23 novembre, les forces de l’ordre n’ont pas innover. Les journalistes, les militants associatifs, et même des parlementaires, ont été nassés, c’est-à-dire bloqués dans un cul de sac par des boucliers. Ailleurs qu’à Paris, avec des anonymes, les fonctionnaires ont dans ces cas là coutume de jouer à Jacques-à-dit : – Debout ! À genoux ! Couché ! – Dans la flaque d’eau ? – Oui, dans la flaque d’eau.

Les agents ont aussi comme d’habitude détruit des tentes et toute la maigre propriété des migrants, gazant les duvets pour les rendre inutilisables, puis les illégaux ont été éparpillés comme des feuilles d’automne, vers les terrains vagues au-delà du périphérique. Ce spectacle à Paris a été volontairement mis en scène pour bien faire comprendre à tous les téléphones mobiles, en Afghanistan, en Syrie, et même en Afrique francophone, que les lois de l’hospitalité et le respect des droits et de la dignité humaine, n’ont plus cours en France.

Nos forces de l’ordre sont amenées à classer l’humanité en différente catégories de droits et de traitement. Les bons français se croient protégés des intrus, ne comprenant pas qu’au moindre coup de l’histoire, ils peuvent passer intrus aussi. Beaucoup de gilets jaunes, ardents militants pour le Rassemblement National, ont ainsi découvert qu’ils pouvaient aussi être traité comme la racaille qu’ils méprisent, dans une parfaite égalité administrative.

Les gardiens de notre paix sont en très mauvais état, il faudrait au moins 10 ans pour reconstruire une fonction publique au service du public, et non pour servir les quotas ministériels qui donnent des primes à leurs chefs. Le pouvoir de Macron ne tient plus que par la redistribution d’argent magique, de la dette garantie par la banque européenne, et les policiers et militaires. Or ceux-ci votent majoritairement Rassemblement National (Rouban, 2017), et donc méprisent ce président, qui fait pourtant tout son possible pour leur plaire.

Tous nos grands patrons accrocs à l’argent public ne voudront pas de l’incompétence de Marine Le Pen, qui sera méprisée par le ministère des finances. C’est triste à dire, mais si elle était élue, ce serait un signe de démocratie, comme Trump aux États-Unis. Elle n’a pas le talent de l’américain pour précipiter ses fidèles dans un délire complotistes, et puis les français ne sont pas évangélistes, il faudra peut-être ça pour qu’elle déçoive définitivement ses fidèles. Tous ceux qui-z’y-croivent ont besoin de voir pour ne plus croire, des saint Thomas à l’envers. Si un autre genre de gauche passait encore, la tumeur serait contenue encore un peu plus longtemps, mais continuerait à fermenter, je ne vois que le réel pour la crever.

Par contre, pour les humanistes solidaires, ça va être sportif pendant quelques années, on risque la clandestinité. On n’y est pas encore, mais le poids du temps est trop lourd à retenir, la tendance ne va pas s’inverser avec des discours d’intentions électorales, il va falloir des faits, des événements, pour que les masses reprennent leurs esprits.

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