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Billet de blog 26 oct. 2020

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Islamo-gauchistes, l’insulte des libéro-fascistes

Les gouvernants se sentent du bon côté du sabre, ils voudraient voir des têtes se lever, pour les couper. Mais ils s’agitent tous seuls dans les médias, plus personne ne se fatigue à rentrer dans leur définitions. Les islamo-gauchistes n’existent pas plus que les ogres des contes de fées, ce sont des histoires pour effrayer les vieux électeurs épargnants.

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Les islamo-gauchistes n’existent pas plus que les judéo-bolcheviques, il faut pourtant se demander pourquoi un ministre de l’enseignement, ou un ministre de la police, dont l’histoire oubliera les noms, dénoncent un ennemi imaginaire. Ils reprennent un terme et une croisade lancée par l’extrême-droite, mais aussi par un premier ministre qui se disait socialiste. Cette agitation n’a rien découvert de la société, elle parle plutôt du délabrement idéologique de l’État.

Est-ce que l’islam se développe en France ? Certainement, comme le christianisme dans l’empire romain, ou l’évangélisme dans le monde actuel. La religion civile qui a su faire mourir tant de français en 1870, 1914 et 1940 a heureusement reculé ; de l’espace mental a été dégagé. Est-ce que l’islam est de gauche ? La question est aussi idiote que pour le christianisme. La charité de Jésus semble apparemment de gauche, pourtant le catholicisme est aussi un repli conservateur sur des traditions, donc peut aussi être de droite. Le complexe idéologique musulman en France peut se dessiner par l’analyse d’enquêtes. Plusieurs traits sont marquants, anti-colonialisme hérité de la guerre d’Algérie, ouverture aux migrants, internationalisme, ce qui semble de gauche. Cependant les enquêtes montrent aussi un grand traditionalisme sur les mœurs (statut de la femme, homosexualité…), en accord avec beaucoup de positions d’extrême-droite, dont ils ne se sépare que sur le racisme. L’islamo-fachisme a d’ailleurs laissé quelques traces dans l’histoire, plusieurs pays arabes ayant voulu s’allier avec Hitler, ou nient encore le génocide des juifs. L’Islam serait donc, et de droite et de gauche, ou plutôt, aucun des deux, et certainement pas gauchiste.

Est-ce que les gauchistes sont musulmans ? La question est encore plus absurde. La gauche française s’enracine dans les Lumières et la Révolution, par le combat contre les obscurantismes et les fanatismes, dont les religions. C’est en cohérence avec ces principes séculaires qu’une partie de la gauche a pris des positions pour la Palestine, contre un état d’Israël créé par l’impérialisme anglais, et entretenu par l’impérialisme américain. Comme pour toute guerre qui s’embourbe, le choix du méchant devient difficile avec le temps. Selon les mêmes principes et dans un moment d’égarement, Sartre et Foucault en 1979 ont cru voir dans l’ayatollah Khomeiny le héros d’une guerre de libération nationale du peuple iranien. Ces exemples confirment surtout que les théories de la gauche ne prennent pas toujours bien en compte les religions, les gauchistes sont surtout athées.

Alors pourquoi cet égarement idéologique d’état contre des islamo-gauchistes imaginaires ? Ce ministre de l’enseignement a trahi sa fonction en mentant sciemment au peuple qu’il est censé éclairer. Comment des élèves peuvent croire leur professeur alors que le ministre ment ? Il devrait être immédiatement rétrogradé et envoyé en poste dans une circonscription où il sera plus utile. Les élites s’inquiètent et s’agitent ainsi parce qu’elles mesurent qu’elles ne peuvent rien contre la fièvre terroriste qui bouillonne dans plusieurs ulcères de la société. Refusant de soigner les causes, elles préfèrent construire un coupable, le collabo, l’intellectuel qui cherche à comprendre, « car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser » a dit un premier ministre en 2016. Ils éteignent les lumières parce qu’ils ne veulent plus se voir, il veulent installer un climat de guerre civile qui restaurerait leur utilité de chef.

Ceux qui gouvernent n’ont plus d’autres pouvoirs que d’agiter des peurs. Ils ont savamment privatisé tous leurs moyens d’agir, leur République est en faillite. Les salaires de nombreux fonctionnaires sont gelés depuis des décennies, policiers ou soignants sont parmi les moins payés d’Europe, et leurs heures supplémentaires ne sont plus payées. Les fonctions publiques n’attirent plus, beaucoup n’arrivent pas à recruter. Les personnels n’ont aucune confiance dans des ministres qui ne se soucient que de leur carrière personnelle, et pas du service public. Un ministre peut juste signer des décrets. Si ses textes n’entraînent plus personne, il ne lui reste plus que les brimades, les couvre-feu, comme les exécutions de 1917 contre des mutins ne voulant plus monter au front.

Si ces ministres ne sont plus entendus de leurs personnels, à qui parlent-il d’islamo-gauchisme ? Il suffit de regarder la pyramide des âges, les classes nombreuses sont nées avant 1974, elles votent plus, parler du réel est électoralement nuisible, elles préfèrent le souvenir de leur bon vieux temps gâché par ces jeunes qui ne veulent plus travailler. La classe d’âge des boomers a été portée par la démographie et a pris sans effort les places laissées par les résistants qui mourraient beaucoup plus jeunes. Depuis 1968, leur seul courage dans l’histoire a été de tenir les places contre tous ceux qui montaient. Pour quelqu’un né après 1974, comme ce président ou plusieurs de ces ministres, le seul moyen de monter a été de de plaire aux vieux (et aux vieilles, apport électoral important). Islamo-gauchiste est un hochet de mots qui sonne comme une malédiction jetée dans un amphithéâtre en grève. Ça ne parle qu’aux boomers instruits.

Même s’ils ne le veulent pas, les boomers partent, laissant le CO2 de leur consumérisme dans l’atmosphère, et le poison de leur utopie narcissique réalisée dans les réseaux sociaux qui enflamment les terroristes. Leurs valeurs sont un échec. Tout ce qu’ils ont su faire, c’est démolir la société plus juste que voulurent leurs parents résistants, qui par exemple fondèrent la sécurité sociale. Ainsi Samuel Paty, le professeur décapité, allait avoir la retraite amputée.

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