Une réponse à la polémique sur la constitution d'annuaire de médecins noirs

Les stratégies d’évitement du racisme existent dans toutes les « communautés de personnes » qui subissent le racisme.

Bienvenue au pays de « c’est celui qui dit qui l’est », où celui qui dénonce ou développe des stratégies d’évitement du racisme est taxé de raciste. De fou identitaire. Oui. Lorsque tu dis qu’il y a du racisme en France et plus particulièrement de la négrophobie (ce qui est une évidence au regard de l’Histoire) et que tu développes des stratégies d’évitements, soit tu te victimises, soit tu dénigres la France, soit tu divises la France…

Conclusion : tu es raciste.

Si la constitution de cet annuaire vous semble extrême, je vous dis que c’est cette négrophobie qui est extrême.

Si la constitution de cet annuaire représente pour vous une « folie identitaire », je réponds que c’est cette négrophobie qui est « folie identitaire ».

Un mot sur l’origine du crime : la négrophobie

En France, le racisme n’épargne pas le domaine de la santé. Pure folie ?

Pourquoi, donc ?

Tout simplement, car la négrophobie est présente dans la société et le milieu médical n’est pas épargné. Pourquoi le serait-il ?

Un certain nombre de concitoyens d'origine afro descendante travaille dans le milieu de la santé et du paramédical. Ils témoignent  du racisme vécu émanant de leurs collègues de travail, hiérarchie, patients et proches des patients. Je fais partie de ceux pouvant en témoigner y ayant travaillé.

Un certain nombre de patients d’origine afro-descendante, témoigne vivre des expériences racistes lors de consultations médicales ou hospitalisations. Même en tant que médecin !

Soignant ou soigné, même traitement !

La négrophobie a une histoire ancrée profondément, à la fois dans le fonctionnement, ainsi que dans l’imaginaire des individus, qui sont devenus : médecins, agent immobilier, directeur d’agence immobilière, professeur, directeur d’entreprise, haut fonctionnaire, coiffeur… Et aujourd’hui, en 2020, cette négrophobie accompagne nos vies (à tous) et forge notre mentalité et nos imaginaires.

La réalité, c’est qu’en tant qu’être humain perçu comme noir, s’insérer dans la vie c’est connaître des obstacles : pour trouver un logement (bien que le profil correspond), pour trouver un emploi (bien que les compétences soient présentes), pour se faire soigner sans « exotisation » de sa personne, pour se détendre lors de vacances.

Les vacances !

Même dans ces moments censés nous permettre de nous ressourcer, « faire un break » comme on dit…il n’est pas possible lorsqu’on est noir, de se détendre complètement, sans avoir en tête une petite appréhension de l’accueil des propriétaires du logement loué, des habitants où se trouve le lieu de vacances (bruits et gestuelle de singes, nouvelles conditions concernant la location du logement…).

Vous me direz…tout le monde ne peut se permettre de partir en vacances !

La différence, est que ce moment, aurait pu être LE moment de répit de ce quotidien « négrophobique ».

Sans pouvoir adopter de stratégies d’évitement (réunions en non mixité, annuaire de médecins « noirs »…), la folie gagnerait ces personnes qui intègrent dans leur fonctionnement quotidien, tous ces obstacles liés à leur race présupposée. Une forme de banalité indigeste de ce racisme.

Vous ne pouvez pas très simplement dire : « Nous sommes contre cet annuaire contraire aux lois de la République, contraire à la déontologie médicale, qui est folie identitaire » sans en même temps dire :

« Nous sommes contre cette négrophobie nauséabonde, qui s’infiltre dans toutes les sphères de la société ».

Même pas un mot. Pourquoi ?

Il y a une évidence : dans une République qui se dit Une et indivisible, qui dit qu’elle ne voit pas la couleur de ses enfants et que de fait, elle ne traite pas ses enfants selon leur couleur de peau…il est impensable d’admettre qu’une partie de ses enfants soient traités différemment, selon qu’ils soient perçus de couleur noire, blanche… Et pourtant, les faits prouvent l’existence d’un racisme dans le milieu de la santé, le milieu scolaire, le milieu judiciaire, le milieu locatif, le milieu de l’emploi, le milieu de l’esthétisme, le milieu sportif, le milieu artistique…

Les stratégies d’évitement du racisme existent dans toutes les communautés qui le vivent

Les stratégies d’évitement du racisme existent dans toutes les communautés qui vivent le racisme.

Pourquoi ?

Car une personne qui subit le racisme, est comme une personne qui ne subit pas le racisme…elle est tout aussi exigeante sur la façon dont elle est traitée (ce qui doit être le cas pour toute personne saine).

Il existe des écoles communautaires : catholiques, juives, musulmanes… Sont-elles accusées de vouloir communautariser la France ? Non.

Pour quelle raison des personnes n’auraient-elles pas le droit de mettre en place des stratégies d’évitement du racisme, faute de pouvoir faire en sorte qu’il cesse ?

Le racisme doit être combattu activement et non dans les mots. En attendant sa disparition, les personnes dont la vie est plus « pesante » parce que « noirs », décident de s’épargner ces situations inutiles et s’organisent.

Lorsque l’on est traité différemment parce que noir, il est impossible de faire illusion et d’avoir quelque répit que ce soit.

Personnellement, je ne ressens pas le besoin de consulter un médecin noir, malgré le vécu de situations qui interrogent… Est-ce pour autant le cas de toutes les personnes perçues comme noires et donc « personnes pouvant être traitées de façon plus négligeable » ?

Les stratégies d’évitement du racisme, sont réellement bénéfiques aux personnes qui subissent le racisme et constituent une bouffée d’oxygène dans cette humanité mortifère. Elles n’ont pas vocation à faire système, mais pallier l’absence réelle et concrète d’actions des Ministères de l’État, des députés etc…

Il suffit de dénoncer les comportements racistes !

On entend qu’il suffirait de dénoncer les comportements racistes qui seraient alors sanctionnés.

Tout d’abord, comment ?

Le racisme est un comportement, une parole connotée racialement…donc concrètement, à part si le médecin verbalise clairement sa négrophobie, je ne vois pas comment il est possible de prouver qu’un médecin me traite différemment car je suis noir ou noire.

Également, quelle serait donc cette sanction envers ces comportements négrophobes ?

Comment concrètement, faire comprendre en 2020 à un individu « super diplômé », qu’un être humain n’est pas différent d’un autre, même en étant de couleurs différentes ? (notion aussi basique, scientifique, conventionnelle et légale).

Comment ?

Les diplômes, l’éducation de manière générale, sont-ils suffisants pour dépasser l’intériorisation d’une différence raciale inculquée durant des siècles. Nous rendons hommage au très honorable biologiste, Georges Louis Leclerc de Buffon, dit « Buffon », qui a conduit à adopter un classement des êtres humains en différentes races, avec son nom apposé sur divers établissements culturels.

Quel est donc le message envoyé ?

Accepter d’être noir…une question de survie ?

Cette négrophobie ancrée dans notre société, oblige alors à devenir noir et de fait, adopter des stratégies d’évitement du racisme (ou d’acceptation de vivre avec) : réunions en non-mixité, constitution d’un annuaire de praticiens noirs ou de salons de coiffure pour cheveux de « noirs » etc…

Alors, en attendant une évolution des mentalités (vaine), je choisis de préserver ma santé mentale de cette folie qui guette.

L’Humanité n'est pas malade du fait de gens qui souhaitent constituer une liste de professionnels pouvant leur épargner des préjugés raciaux et culturels.

Des professionnels de santé plus à même de voir des patients avec des symptômes et non pas les costumes identitaires que l'imaginaire collectif leur attribue.

La folie, est du côté de : ceux qui nient la réalité, ceux qui travestissent les propos et les intentions d'autrui, ceux qui font parler ceux qui ne disent rien, ceux qui refusent que ceux qui souffrent se soignent.

Le racisme est signe de folie et les stratégies d’évitement, symptômes de bonne santé.

La folie n'est-elle pas la déformation de la réalité ?

Donc, pour celui qui crie à la « folie communautaire », nous ne pouvons que répondre avec ce bon sens "c'est celui qui dit qui l’est".

A bon entendeur.

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