Transition écologique: avec le Parlement, éclairer pour entraîner

Aujourd'hui, il y un hiatus entre les attentes en matière environnementale et les résultats obtenus pour la transition écologique. Voilà pourquoi le Parlement, tous les ans, comme pour le budget de l'Etat et de la sécurité sociale, pourrait examiner et voter une loi de planification écologique. Les citoyens, via leurs représentants, contrôleraient au plus près l'action des pouvoirs publics.

Aujourd’hui, c’est dans le brouillard que semble se trouver la transition écologique française.

D’un côté, et c’est une évolution positive, la population a pris conscience de l’urgence écologique. Les médias y consacrent des sujets de plus en plus nombreux, les marches pour le climat se multiplient, des initiatives locales foisonnent, des collectivités, des associations, des entreprises, des particuliers s’engagent chaque jour un peu plus pour la protection de la planète. Mais d’un autre côté, et c’est un constat douloureux, la transformation vitale de nos modes de production et de consommation apparait être menée avec beaucoup trop de lenteur.

La France serait sur le chemin de la neutralité carbone ? Pourtant, les émissions de gaz à effet de serre y ont dépassé en 2017 de près de 7 % le budget carbone, soit le volume maximum pour le respect des engagements climatiques français.

Les énergies renouvelables sont en plein essor ? Mais le solaire ne fournit que 1,6 % de l’électricité, c’est-à-dire beaucoup moins que chez nos voisins – un retard qui peut se constater aussi pour l’utilisation de l’énergie du vent, des vagues, du courant.

La rénovation thermique des bâtiments est menée tambour battant ? Sur 35 millions de logements, la France compte 7,5 millions de « passoires » énergétiques et en 2017, les émissions du bâtiment dépassaient les objectifs prévus de 22 %.

La conversion massive vers l’agriculture biologique est imminente ? De plus en plus d’agricultrices et d’agriculteurs s’y engagent, mais force est de constater que le glyphosate et autres produits chimiques similaires demeurent légaux et utilisés.

Le recyclage des déchets est sur la bonne voie ? Alors que chez nos voisins européens jusqu’à 30 % des emballages plastiques sont collectés, le chiffre est à peine 20 % dans notre pays, loin de l’objectif des 100 % en 2025.

La biodiversité est en cours de reconquête ? Il y a quelques semaines, nous apprenions que plus d’un quart des espèces évaluées sur le territoire métropolitain et ultramarin étaient menacées de disparition.

La décarbonisation des véhicules est un processus acquis ? A Paris, avec Anne Hidalgo, nous avons dû batailler ferme pour obtenir la fin du permis de polluer accordé par l’Union Européenne aux lobbys après le « dieselgate ».

Ce hiatus vient de loin. Il n’est ni spécifique à notre pays, ni imputable aux seuls et actuels gouvernants. Mais en tout état de cause, cette déconnexion entre la lucidité des discours et la réalité des résultats est dangereuse. Elle mine la confiance envers la démocratie. Elle les désespère aussi : alors que tous les voyants environnementaux sont au rouge, comment accepter et mener des changements radicaux dans sa vie si, à l’échelle de son pays, les moyens alloués semblent insuffisants, les responsabilités diluées, les informations éclatées, les avancées trop lentes ?

Voilà pourquoi je propose que, tous les ans, sur le modèle de ce qui est réalisé pour le budget de l’État et pour le budget de la Sécurité sociale, le Parlement discute, actualise et vote une loi de planification écologique. Par ce rendez-vous récurrent qui pourrait prendre la forme d’une modification de l’article 34 de notre Constitution, les citoyennes et les citoyens, via leurs représentants, pourraient mieux contrôler la transition écologique, en comprendre les implications financières et demander des comptes à leurs dirigeants sur son avancement. Il s’agirait ici d’éclairer pour entraîner.

Outre un débat financier, ce moment de transparence devra marquer un point d’étape sur l’avancement de la transition écologique, dans toutes ses dimensions, c’est-à-dire l’énergie, les mobilités, le logement, les déchets, l’alimentation, le monde animal et végétal, etc. Par sa régularité, cette étape parlementaire pourra constituer une clé de voûte autant qu’un trait d’union avec les principaux acteurs de la transition écologique – collectivités locales, ONG, entreprises, scientifiques, personnalités qualifiées, etc. – dont l’expertise et l’engagement doivent être mobilisés. 

Dans la course-contre-la-montre qui s’est engagée pour la sauvegarde la planète, la démocratie est l’alliée fondamentale.  

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