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Billet de blog 18 mai 2017

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Le chat (dans la gorge) de Mediapart

L'exercice d'auto-justification a ses limites. En acceptant de se justifier devant ses lecteurs, Médiapart a ainsi confirmé qu'il y avait matière à débat. Rendons grâce à Médiapart de s'être prêté à cet exercice, celui venant cependant confirmer, à l'insu de son plein gré, peut-être, le parti-pris de Médiapart dans cette élection.

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L'exercice du chat entraine en effet une certaine spontanéité, spontanéité qui a entrainé peu à peu au cours de cette discussion une franchise allant bien au delà des réponses convenues en début du chat.

Ce chat avait donc pour sujet la position de Médiapart sur les candidats Macron et Mélenchon. Commençons par Macron (c'est plus rapide).

Macron

Macron a donc été soutenu par Médiapart après le 1er tour pour échapper au danger fasciste et non par soutien à son programme. C'est ainsi dit par Edwy Plenel:

Je ne sais pas de quel "plébiscite" vous parlez quand, dans notre pays, une force raciste, autoritaire, identitaire, xénophobe, héritière du fascisme européen, réussit au second tour d'une élection démocratique à rassembler 11,6 millions de voix. Elles ne disparaîtront pas par enchantement, et donc il y a du travail, tant ce combat antifasciste est primordial  

Cette position ne me parait pas contestable. Par contre, cela devait-il conduire à laisser de côté certains sujets qui auraient pu être dérangeants?. Ainsi à une question portant "la réforme du Parlement que Macron veut initier, et qu'il a annoncé sur votre live ?", M. Gueugneau répond:

Bonjour. Parce que rien n'a été le cas à ce stade. Nous écrirons quand ce sera le cas. — rappelons quand même qu'Emmanuel Macron est à l'elysée depuis quatre jours

Ainsi, pour M. Gueugneau, il n'y a pas lieu de s'interroger sur les projets d'un candidat. Il faut attendre que le candidat victorieux les mette en application. Curieuse conception du journalisme politique, non?

Mélenchon

Passons rapidement à ce qui passionne les lecteurs, qu'ils soient pour ou contre Mélenchon. Le moins que l'on puisse dire est que Mélenchon, cela n'étonnera guère de monde, ne suscite pas la tièdeur. Soit on est tout contre ou tout pour.

Un éventuel contentieux entre Mélenchon et Plenel

Edwy Plenel nie formellement. C'est uniquement un désaccord politique et il n'y a rien de personnel. Notons au passage qu'il reconnait un désaccord politique. On s'en doutait un peu, non?

Aucun contentieux personnel mais un désaccord, aussi légitime qu'il est estimable, sur le bilan de la gauche depuis qu'elle a approché le pouvoir présidentiel et gouvernemental sous la Ve République. Si vous lisez son dernier livre d'entretiens avec un confrère de Marianne, vous verrez que JLM assume tout l'héritage des quatorze ans de mitterrandisme, sans rien mettre en cause et sans prendre de distance avec la part d'ombre de cette présidence (1981-1995).

Edwy Plenel a donc un désaccord politique avec Mélenchon sur Mitterand, qui est mort depuis plus de 20 ans. Mitterand avec lequel d'ailleurs il n'avait aucun contentieux:

je n'avais aucun différent personnel avec Mitterrand, je faisais simplement mon travail de journaliste, révélant des informations d'intérêt public qui ont, ensuite, nourri la réflexion de toute la gauche sur l'impasse du présidentialisme.

Rappelons que EP fut écouté pendant des années par les sbires de Mitterand, dans des pratiques effectivement très peu recommandables. Que EP n'en ait tiré aucune rancune personnelle montre indéniablement sa grandeur d'âme. 

Mais dans la durée du chat, EP nous en révèle plus:

Vous voulez parler de ma première rencontre avec JLM, que je ne connaissais pas, qui avait demandé à me voir (sur le ton de la convocation mais, comme je suis curieux, j'ai volontiers accepté) pour me faire reproche de mes enquêtes et révélations concernant la présidence de François Mitterrand. J'ai écouté, non sans étonnement, sur la forme comme sur le fond. Sa première phrase, avec un tutoiement qui m'a surpris (je répète: nous ne nous étions jamais croisés) : "Qu'est-ce que tu as avec le Vieux, pourquoi tu ne le laisses pas tranquille"…

Le regret de la forme de cet entretien et du tutoiement tient bien entendu du désaccord politique!

Sur le supposé autoritarisme de Mélenchon

Là encore, pour EP, c'est parfaitement étayé:

La psychologie n'est pas le problème. La question, c'est la pratique démocratique, la culture démocratique du mouvement, sa façon de faire, d'être et d'agir. Il suffit de questionner les autres forces et militant-e-s de gauche, dans leur diversité (PS, PCF, EELV, NPA, etc.) pour s'apercevoir qu'il y a là un vrai problème.Aucune force, encore moins celle qui existe depuis une année, ne peut prétendre être propriétaire de la "vraie croix" de gauche, à la manière des sectes religieuses qui jugent que tous les autres croyants sont en fait des mécréants.

Effectivement, le PS n'a jamais tenté de se montrer hégémonique ou autoritaire vis à vis des autres forces de gauche. Le PCF s'est toujours montré exemplaire dans ses pratiques. EELV n'a jamais dit tout et son contraire et le NPA montré comme le seul détenant de la vérité révolutionnaire. On peut donc prendre leurs avis comme parole d'évangile, puisqu'EP en vient aux symboles religieux.

Les abonnés mélenchonistes

Nous en venons là à un sujet qui nous intéresse particulièrement, que l'on soit tout contre ou tout pour. Commençons par un avis modéré, énoncé gentiment par Christophe Gueugneau:

Il n'y a pas que certains insoumis qui soient agressifs. Ensuite l'amertume de la défaite explique une partie de ces commentaires qui nous reprochent notre couverture de la campagne, de la France insoumise, de Macron etc. 
Par ailleurs, je ne dirais pas que ça pollue les commentaires, parfois certes, c'est un peu la foire d'empoignes, mais d'autres fois, des critiques sont justes et peuvent être entendues. Ou bien le fait d'apporter, nous journalistes, des réponses, finit par convaincre. Bref, c'est la joie du participatif :)

Las, il est rapidement contredit par le patron, qui, lui, n'hésite pas à y voir une forme organisée et atteindre le point Godwin "c'est le langage du stalinisme"

Je ne sais s'il s'agit véritablement de "membres" actifs et de militants véritables de la France insoumise. Car si c'était le cas, ça donnerait une image terrible de ce mouvement : de sectarisme, d'exclusion, d'intolérance, de violence.  Ce qui donne l'effet "mélenchoniste" que vous ressentez, c'est, hélas, durant cette campagne, la cannibalisation systématique et organisée des fils de commentaires par de supposés "insoumis" sectaires et intolérants. Mais ce tchat est aussi une façon de répéter que cette cannibalisation intolérante et sectaire des fils de discussion de Mediapart est le fait de personnes qui contredisent les idéaux démocratiques et sociaux dont elles prétendent se réclamer.  C'est un constat informé et documenté. Le sectarisme, c'est le refus du débat, des convergences et des rencontres. 

On peut comprendre que l'excès de certains commentaires excède M. Plenel, mais son grande expérience doit lui permettre de savoir qu'aucun parti n'échappe au sectarisme. 

On ne peut qu'être d'accord avec lui quand il dit que "La démocratie, le respect de l'autre, le souci de l'égalité, ça ne se limite pas un programme politique, ça se pratique dans la vie quotidienne." Mais on ne peut que s'étonner de ne pas lui-même les mettre en pratique, ce que nous verrons dans le paragraphe suivant.

L'injonction du vote Macron

 Comme nous l'avons vu, Médiapart s'est clairement positionné en faveur d'un vote Macron, en barrage de l'extrême droite, ce qui est bien sur son droit. Mais cela l'autorisait-il à stigmatiser celles et ceux qui portaient un avis différent. Je pense là bien sur au "Ressaisissez-vous" énoncé par EP (encore lui) et la caricature des opinions.

Il persiste dans un danger imaginaire d'une accession au pouvoir du FN:

Je le redis (voir mes réponses précédentes) parce que l'extrême droite est un danger, qu'il est toujours là (11,6 millions de voix au second tour pour le FN, ça ne disparaitra pas comme par enchantement,...

En caricaturant la position de l'autre (en l'occurrence l'abstention qui n'a jamais été de mettre les 2 au même):

Bref, notre désaccord, car c'en est un, c'est que le capitalisme démocratique et le capitalisme fasciste, ce n'est pas la même chose, et que les confondre, c'est aller dans le mur et creuser la tombe du camp de l'émancipation.

Et pour finir rejette cette position avec un certaine violence écrite:

Il y a quelque chose d'insupportable, parmi certains de ceux qui se disent "insoumis"  (...) c'est de tout de suite caricaturer les opinions qui leur déplaisent, de crier à l'agression dès qu'ils ne sont pas d'accord, de diaboliser ceux qui ne partagent pas leurs convictions, bref de refuser un débat rationnel et informé,  

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