Good4U
Citoyen debout
Abonné·e de Mediapart

3 Billets

1 Éditions

Billet de blog 16 oct. 2010

Quand "Le Monde" fait de la désinformation sur les dangers de l'héroïne

Il fallait être bien accroché à sa chaise pour ne pas tomber à la renverse en lisant l'article de Marie Jégo intitulé : "L'héroïne gangrène la Russie". Assénée de façon péremptoire, la toute première phrase met la barre très haut sur l'échelle de la désinformation :

Good4U
Citoyen debout
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il fallait être bien accroché à sa chaise pour ne pas tomber à la renverse en lisant l'article de Marie Jégo intitulé : "L'héroïne gangrène la Russie". Assénée de façon péremptoire, la toute première phrase met la barre très haut sur l'échelle de la désinformation :

Plus meurtrière que le terrorisme, plus destructrice que l'alcool, l'héroïne est le fléau numéro un en Russie, pays à la démographie chancelante, seul Etat industriel où l'espérance de vie a considérablement baissé ces trente dernières années (60 ans pour les hommes).

Voila le genre de contre-vérité sur les drogues, dont se nourrit l'ignorance de l'opinion publique en France. Et le reste de l'article est à l'avenant. Tout d'abord, Marie Jego semble sous-estimer de façon inexpliquable le nombre de morts provoquées par l'alcool en Russie. Erreur d'autant plus coupable que l'OMS communique activement sur le sujet depuis quelques années, tant l'ampleur du problème est immense. En effet, le nombre de morts liées à l'alcool en Russie est de 500000 par an.

A comparer aux 30000 morts de l'héroïne évoquées par l'article. Comment une telle erreur est-elle possible? Le fléau numéro 1 en Russie est donc bien l'alcool, et non l'héroïne. Ecrire l'inverse ne fait qu'ajouter de l'eau au moulin de tous ceux qui se servent du mot héroïne comme épouvantail à toute réflexion rationnelle sur la politique des drogues dans nos sociétés.

Ensuite, concernant ce chiffre de 30000 morts, il faut répéter inlassablement une vérité que tous les médecins et spécialistes reconnaissent : les morts liées à l'heroïne sont principalement provoquées par les effets pervers de la prohibition. Produits de mauvaise qualité, difficultés d'accès aux soins pour des malades criminalisés, infections transmises par des seringues usagées, sont autant de facteurs qui tirent à la hausse la mortalité. Ce fait a été mis en lumière cet été par Sir Ian Gilmore, président sortant du Collège Royal de Médecine de Londres, dans une interview à la BBC. L'héroïne est une substance dangereuse, rendue mortelle par la prohibition. Les toxicomanes sont des malades à traiter, pas des criminels à enfermer. C'est sa conviction après des dizaines d'années de travail sur le sujet.

Enfin, puisque Marie Jégo avait commencé par un gros mensonge, il devait lui paraitre logique de terminer par une énorme stupidité, elle écrit :

"Service fédéral pour le contrôle des flux de drogues". Comme si le problème n'était pas tant d'empêcher le trafic que de le contrôler!

Il est urgent pour elle de se rendre à Bilbao ou à Genève pour observer comment le contrôle via les salles de shoot est infiniment préférable à la prohibition/répression qui sévit dans notre pays. Ou bien, peut-être devrait-elle aller au Portugal pour constater les effets d'une dépénalisation de toutes les drogues, décidée il y a 10 ans. Si à l'époque cette décision avait fait l'objet de vifs débats dans ce pays, aujourd'hui, face à la réalité d'une politique globale qui a fait ses preuves, plus personne là-bas ne souhaite revenir à une criminalisation des drogues.http://www.politico.com/news/stories/1010/43544.html

Les drogues et leurs méfaits sont un enjeu majeur de santé publique, de société, et de sécurité, il est temps que la désinformation et les mensonges meurtriers cessent.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Des titres de séjour suspendus aux « principes de la République » 
Le ministre de l’intérieur veut priver de titre de séjour les personnes étrangères qui manifestent un « rejet des principes de la République ». Cette mesure, déjà intégrée à la loi « séparatisme » de 2021 mais déclarée inconstitutionnelle, resurgit dans le texte qui doit être examiné d’ici la fin de l’année. 
par Camille Polloni
Journal
Le gouvernement rate l’épreuve du feu
Le début du second quinquennat Macron n’aura même pas fait illusion sur ses intentions écologiques. Depuis le début de cet été catastrophique – canicules, feux, sécheresse –, les ministres s’en tiennent à des déclarations superficielles, évitant de s’attaquer aux causes premières des dérèglements climatiques et de l’assèchement des sols.
par Mickaël Correia et Amélie Poinssot
Journal — États-Unis
L’auteur britannique Salman Rushdie poignardé
Salman Rushdie était hospitalisé vendredi après avoir été poignardé, alors qu’il s’apprêtait à prendre la parole sur une scène de l’État de New York.
par La rédaction de Mediapart
Journal — Conjoncture
Le nouveau plein emploi n’est pas le paradis des travailleurs
De l’emploi, mais des revenus en berne et une activité au ralenti. La situation est complexe. Pour essayer de la comprendre, Mediapart propose une série de deux articles. Aujourd’hui : pourquoi le nouveau plein emploi ne renforce pas la position des salariés.
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
DragRace France : une autre télévision est possible ?
Ce billet, co-écrit avec Mathis Aubert Brielle, est une critique politique de l'émission DragRace France. Il présente la façon dont cette émission s'approprie les codes de la téléréalité pour s'éloigner du genre en matière de contenu et de vision du monde promue.
par Antoine SallesPapou
Billet de blog
« As Bestas » (2022) de Rodrigo Sorogoyen
Au-delà de l’histoire singulière qui se trouve ici livrée, le réalisateur espagnol permet une nouvelle fois de mesurer combien « perseverare » est, non pas « diabolicum », comme l’affirme le dicton, mais « humanissimum ». Et combien cette « persévérance » est grande, car digne de l’obstination des « bêtes », et élevant l’Homme au rang des Titans.
par Acanthe
Billet de blog
« Les Crimes du futur » de David Cronenberg : faut-il digérer l'avenir ?
Voici mes réflexions sur le dernier film de David Cronenberg dont l'ambition anthropologique prend des allures introspectives. Le cinéaste rejoint ici la démarche de Friedrich Nietzsche qui confesse, dans sa "généalogie de la morale", une part de cécité : "Nous, chercheurs de la connaissance, nous sommes pour nous-mêmes des inconnus, pour la bonne raison que nous ne nous sommes jamais cherchés…"
par marianneacqua
Billet de blog
33e Festival de Fameck - Mounia Meddour, Présidente du jury et l'Algérie, pays invité
L’édition 2022 du Festival du Film Arabe de Fameck - Val de Fensch (qui se tiendra du 6 au 16 octobre) proposera sur onze jours une programmation de 30 films. La manifestation mettra à l’honneur l’Algérie comme pays invité. Le jury longs-métrages du festival sera présidé par la cinéaste Mounia Meddour.
par Festival du Film Arabe de Fameck