Quand "Le Monde" fait de la désinformation sur les dangers de l'héroïne

Il fallait être bien accroché à sa chaise pour ne pas tomber à la renverse en lisant l'article de Marie Jégo intitulé : "L'héroïne gangrène la Russie". Assénée de façon péremptoire, la toute première phrase met la barre très haut sur l'échelle de la désinformation :

Il fallait être bien accroché à sa chaise pour ne pas tomber à la renverse en lisant l'article de Marie Jégo intitulé : "L'héroïne gangrène la Russie". Assénée de façon péremptoire, la toute première phrase met la barre très haut sur l'échelle de la désinformation :

 

Plus meurtrière que le terrorisme, plus destructrice que l'alcool, l'héroïne est le fléau numéro un en Russie, pays à la démographie chancelante, seul Etat industriel où l'espérance de vie a considérablement baissé ces trente dernières années (60 ans pour les hommes).

 

Voila le genre de contre-vérité sur les drogues, dont se nourrit l'ignorance de l'opinion publique en France. Et le reste de l'article est à l'avenant. Tout d'abord, Marie Jego semble sous-estimer de façon inexpliquable le nombre de morts provoquées par l'alcool en Russie. Erreur d'autant plus coupable que l'OMS communique activement sur le sujet depuis quelques années, tant l'ampleur du problème est immense. En effet, le nombre de morts liées à l'alcool en Russie est de 500000 par an.

A comparer aux 30000 morts de l'héroïne évoquées par l'article. Comment une telle erreur est-elle possible? Le fléau numéro 1 en Russie est donc bien l'alcool, et non l'héroïne. Ecrire l'inverse ne fait qu'ajouter de l'eau au moulin de tous ceux qui se servent du mot héroïne comme épouvantail à toute réflexion rationnelle sur la politique des drogues dans nos sociétés.

 

Ensuite, concernant ce chiffre de 30000 morts, il faut répéter inlassablement une vérité que tous les médecins et spécialistes reconnaissent : les morts liées à l'heroïne sont principalement provoquées par les effets pervers de la prohibition. Produits de mauvaise qualité, difficultés d'accès aux soins pour des malades criminalisés, infections transmises par des seringues usagées, sont autant de facteurs qui tirent à la hausse la mortalité. Ce fait a été mis en lumière cet été par Sir Ian Gilmore, président sortant du Collège Royal de Médecine de Londres, dans une interview à la BBC. L'héroïne est une substance dangereuse, rendue mortelle par la prohibition. Les toxicomanes sont des malades à traiter, pas des criminels à enfermer. C'est sa conviction après des dizaines d'années de travail sur le sujet.

 

Enfin, puisque Marie Jégo avait commencé par un gros mensonge, il devait lui paraitre logique de terminer par une énorme stupidité, elle écrit :

 

"Service fédéral pour le contrôle des flux de drogues". Comme si le problème n'était pas tant d'empêcher le trafic que de le contrôler!

 

Il est urgent pour elle de se rendre à Bilbao ou à Genève pour observer comment le contrôle via les salles de shoot est infiniment préférable à la prohibition/répression qui sévit dans notre pays. Ou bien, peut-être devrait-elle aller au Portugal pour constater les effets d'une dépénalisation de toutes les drogues, décidée il y a 10 ans. Si à l'époque cette décision avait fait l'objet de vifs débats dans ce pays, aujourd'hui, face à la réalité d'une politique globale qui a fait ses preuves, plus personne là-bas ne souhaite revenir à une criminalisation des drogues.http://www.politico.com/news/stories/1010/43544.html

 

Les drogues et leurs méfaits sont un enjeu majeur de santé publique, de société, et de sécurité, il est temps que la désinformation et les mensonges meurtriers cessent.

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