Cannabis thérapeutique : l'Allemagne annonce sa révolution

Il est des fois où deux informations se téléscopent de façon savoureuse.

Quand cette semaine, Matignon expliquait à Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine, que non, aucune étude sanitaire, sociale, ou scientifique n'infléchirait la position du gouvernement sur les salles de consommation supervisée de drogue, le ministère de la santé allemand annonçait lui la prochaine disponibilité du cannabis thérapeutique en Allemagne.

Philipp Roesler, ministre de la santé, a déclaré mercredi 18 août que cette disponibilité pourrait être assez rapide, d'autres pays européens ayant déjà pris cette décision (Angleterre, Espagne, Pays-Bas). Cela fait suite aux demandes répétées de nombreux professionnels de la santé et d'associations de malades. Un consensus s'est dégagé sur l'utilité réelle du cannabis thérapeutique dans le traitement de la douleur, provoquée par des cancers et certaines maladies chroniques (sclérose en plaques notamment).

Ce changement de politique aura deux conséquences positives :

- offrir aux patients une option supplementaire dans le traitement de leur douleur : les dérivés morphiniques ne sont pas toujours capables d'en venir à bout, et ils entraînent très souvent une forte baisse de la qualité de vie (état léthargique important).

- sortir de l'illégalité les patients qui avaient déjà pris la décision d'utiliser le cannabis thérapeutique : fin des contacts avec les dealers, fin de la peur du gendarme.

Les opposants à cette légalisation ont une fois de plus regretté ce qu'ils appellent une incitation à la consommation, et ont agité le spectre de l'addiction. Cependant, s'appuyant sur l'avancée des études scientifiques et sur le recul historique dont on dispose désormais, les pays sautant le pas sont de plus en plus nombreux. Outre les pays européens cités, aux Etats-Unis 14 états ont d'ors et déjà légalisé le cannabis thérapeutique : Alaska, Californie, Colorado, Hawaï, Maine, Maryland, Michigan, Montana, Nevada, Nouveau Mexique, Oregon, Rhode Island, Vermont, et l'Etat de Washington

En France, les malades continueront à souffrir. Il est vrai que la loi actuelle sur les stupéfiants empêche littéralement tout débat, ce qui est peu propice à une approche rationnelle de ces questions complexes.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.