Pourriez-vous nous autoriser à apprendre à nous défendre?

Un stage d'auto-défense pour femmes devait avoir lieu dans mon village. Pour une dizaine de femmes. Pour lutter contre les violences faites aux femmes. Il a été reporté... Pour lutter contre le covid. Question de priorité. Alors on riposte par écrit.

Ce week-end devait se tenir dans mon village un stage d'auto-défense pour femmes.

Ce stage n'a pas eu lieu pour cause d'autorisations.

A l'été 2020 le département d'Ille-et-Vilaine a lancé un appel à projets pour réduire les inégalités femmes-hommes. Suite au premier confinement, les prises de conscience sur la situation dramatique de notre pays en matière violences faites aux femmes ont été plus fortes.

Une association du village m'a sollicitée à ce sujet.

J'ai proposé plusieurs choses, dont mes créations et ateliers.

Mais aussi de faire appel à une association d'auto-défense pour femmes, pour un stage « riposte ».

C'est cette proposition qu'a retenu l'association porteuse de la demande. Depuis le 1er décembre nous savons que ce stage aura lieu.

En janvier, en quelques jours le stage était complet.

Mais la municipalité garde les salles fermées.

Qu'à cela ne tienne, nous avons trouvé un lieu pour accueillir le stage dans un village voisin.

Pour nous il est important que ce stage soit accessible à des mères, sans surcoût, donc on travaille à trouver une solution de prise en charge des enfants.

(à celleux qui répondraient : elles ont qu'à se débrouiller, demander à leur mari, ou à leurs parents ou à leurs voisines ; je répondrai : vous n'avez pas compris le sujet...)

Nous passons beaucoup d’énergie là dedans (car oui ces pensées sont novatrices, il faut se battre encore là).

Et puis fin février la personne qui organise nous prévient : ce stage pourrait ne pas avoir lieu pour cause d'autorisation.

Il serait dans ce cas reporté.

Cela nous semble impossible !

L'envie de préciser ici que je suis une simple participante à ce stage, que ma collaboration pour cette organisation est bénévole. Militante. Associative. C'est important.

Nous sommes 11 femmes inscrites à un stage d'auto-défense, prévu dans une salle d'environ 100 m2, financé par le département, dans le cadre d'un appel à projet pour lutter contre les inégalités femmes-hommes.

Nous sommes 11 femmes qui nous préparons depuis 3 mois à ce stage. Nous avons organisé nos vies familiales. Nous avons conscientisé des choses. Nous savons que ce stage va convoquer certains de nos fantômes, des choses enfouies. Nous y allons en conscience et confiance.

Nous savons que certaines annuleront au dernier moment. Ce n'est pas facile d'aller à un stage d'auto-défense, dans notre société patriarcale. C'est un chemin.

La vie continue autour de nous, certains de nos enfants vont à l'école, certaines d'entre nous travaillent à l’extérieur du foyer, font des réunions, des animations, des formations, des courses...

Nous savons que la vie reprend.

Nous savons que les actions « parentalités » sont maintenues. Ce qui nous semble essentiel.

Il nous semble évident, dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes, qu'on ne peut pas dire à 11 femmes inscrites à un stage d'auto-défense : « nous ne vous autorisons pas à vous former à vous défendre.

Vous resterez dans vos foyers.

Attendez que ça passe.

Soyez patientes.

On en reparle dans 4 mois. »

4 mois.

C'est énorme.

Dans la vie d'une femme ça peut être trop. Nous le savons. Dans nos chairs.

En revanche les violences conjugales, post-conjugales, et les violences sexistes en général, ne sont pas reportées pour cause de contexte sanitaire.

...

C'est aussi 4 mois où nous devons faire face seules à ce que l'inscription à ce stage a fait remonter.

Le traitement de la crise sanitaire, la réduction des libertés et l'isolement forcé avaient déjà fait remonter des traumatismes enfouis chez plusieurs d'entre nous.

Sombre lot des victimes ; c'est bonus !

Là on en viendrait à regretter de s'être inscrites. Parce qu'on en fait quoi de cette colère qui monte là, face à toutes ces injustices accumulées ?

On écrit un billet pour le blog ! Pas sûre que ce soit suffisant.

On s'écrit les unes les autres et on convient d'écrire à l'association, à la municipalité, au département, à la région, à la préfecture pour dire « nous ne sommes pas d'accord. Ça fait mal ce que vous faites là. Ça nous fait du mal. Vous rendez-vous compte ? »

Au delà de nous, ces 11 femmes inscrites et qui nous préparions à nous rencontrer,

Il y a bien sûr l'animatrice vacataire, qui voit son contrat reporté pour cause de raison sanitaire (et j'espère que son loyer l'est aussi donc)

Il y a aussi toutes les femmes qui savaient que ce stage allait avoir lieu. Que cela rassurait. Comme si le monde reprenait du bon sens. Cette idée neuve : « ah bon, nous, femmes, nous pourrions apprendre à nous défendre ? On pourrait trouver des moyens de ne plus subir ? On pourrait ne pas attendre que quelqu'un le fasse pour nous ? »

Et ces mêmes femmes qui voient comme une triste réalité : ah non, ce n'est pas si important. Pas essentiel.

Et il y a nos filles. Qui comprennent que ce n'est pas gagné.

Et encore au delà il y a bien sûr le message envoyé à nos agresseurs.

Un message subliminal peut-être, que non, ce n'est pas pour demain qu'elles apprendront à se défendre. Dans 4 mois peut-être. On verra.

Je voudrais savoir QUI ? QUI ?

Quelle est la personne qui a dit « JE N AUTORISE PAS CE STAGE D AUTO-DEFENSE POUR FEMMES. TROP DANGEREUX »

Quelle est cette personne que je n'ai pas imaginée, et qui rend ce monde possible ?

J'aimerai l'inviter à boire une tisane.

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M.D.

C'est quoi un stage « riposte » ?

Stage Riposte

 

Le but de l’autodéfense pour femmes est d’acquérir des moyens de se défendre, de prévenir les agressions, de prendre conscience de sa force et de (re)prendre confiance en soi.

 

Suivre le stage RIPOSTE c’est :

§  S’encourager à riposter lors de harcèlements ou d’agressions,
qu’elles soient physiques, verbales, psychologiques ou sexuelles, par des proches ou des inconnus.

§  Pratiquer des techniques physiques et verbales simples et efficaces par le biais de discussion, de mises en situation et de jeux de rôle.

§  Apprendre à se protéger dans une ambiance coopérative et chaleureuse avec d’autres femmes (une animatrice pour un groupe de 10 à 15 participantes).

§  S’affirmer au quotidien, se sentir plus libre et plus confiante.

§  Se concentrer sur ce que l’on peut faire, et non sur ce que l’on ne peut pas faire.

Cette forme d’autodéfense est adaptée à toutes, quel que soit son âge et sa condition physique

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