A propos de la monnaie hélicoptère

Une fausse bonne idée

Le débat s’est rouvert depuis quelques jours sur la question de la monnaie hélicoptère. Beaucoup de choses intéressantes, par exemple les deux publications d’Henri Sterdyniak dans le blog Mediapart, mais aussi beaucoup d’erreurs et d’imprécisions.

Un point doit être rappelé afin de clarifier le débat : une banque centrale ne crée pas de monnaie (sauf cas très particulier) au profit des ménages ou des entreprises, elle crée de la monnaie (monnaie scripturale en compte auprès d’elle appelée monnaie interbancaire et billets) au profit des banques exclusivement, parfois des Etats. L’idée, due à Milton Friedman, de monnaie déversée aux habitants par hélicoptère, est donc, de ce point de vue, saugrenue.

Il n’y a pas deux sources distinctes de création monétaire, même si la masse monétaire M1 est composée à la fois de monnaie fiduciaire (billets + pièces) et de monnaie scripturale ; il n’y a qu’une seule source : la banque. Comment les billets entrent-ils alors dans la circulation monétaire ? A la demande des utilisateurs par l’intermédiaire des banques. Lorsqu’une banque a besoin de billets pour satisfaire sa clientèle, elle les « achète » auprès de la banque centrale. Son compte en monnaie interbancaire est débité du montant des billets octroyés. Les billets sont ensuite fournis aux utilisateurs après débit de leur compte en monnaie bancaire. Ce sont des opérations de conversion monétaire et non de création. Les particuliers n’ayant pas de compte auprès de la banque centrale, ils ne peuvent pas non plus être approvisionnés en monnaie scripturale de la banque centrale (monnaie interbancaire).

Mais alors, comment la banque centrale pourrait-elle injecter de la monnaie dans l’économie ? Directement, elle ne peut pas, sauf dans les cas particuliers où elle a le droit d’intervenir sur le marché financier secondaire. On pourrait cependant imaginer que l’Etat prenne en charge le processus. Il emprunterait les sommes à distribuer auprès des banques (en monnaie bancaire) qui se refinanceraient auprès de la banque centrale (en monnaie interbancaire). Si les statuts le permettent (cas de la Banque de France pendant la guerre de 14-18) le financement peut être directement monétaire ; on parle de monétisation (directe) de la dette publique. L’Etat redistribuerait ensuite la monnaie bancaire. Il n’y a là rien de bien nouveau.

Le débat non plus n’est pas nouveau. Le scénario de Friedman découle directement de sa conception de la création monétaire, issue du modèle quantitativiste, connue sous le nom de théorie de la base. Elle est contestée par tous ceux qui, comme moi, considèrent la quantité de monnaie comme endogène, autrement dit comme la résultante de l’activité économique et financière et non comme la conséquence de l’offre exogène de monnaie par la banque centrale, avec ou sans hélicoptère.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas injecter massivement de la monnaie dans l’économie en période de crise, mais pas ainsi.

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