Le jeu satanique de Mehdi Meklat a atteint sa cible…

Complice des dérapages de son ignoble créature sur le web, Mehdi n’a pu se résoudre à rapatrier Marcelin au royaume de l’art. Au moyen de l'outrance, il provoque un incendie à la mesure du climat délétère, qui ravage le pays. Le torrent d'insanités, qu’il a déversé sur Twitter n’en aurait pas moins toute sa place en librairie.

Retour sur les faits : pour la sortie de leur second roman, Minute, paru aux Editions du Seuil, Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, anciens journalistes du Bondy Blog et chroniqueurs à France Inter, sont invités le 16 Février sur le plateau de La Grande Librairie. Dans la foulée de l’émission, une follower (@ADPCharb) alerte le présentateur en dénonçant le contenu abject d’anciens tweets de Mehdi Meklat, publiés sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, personnage de fiction et double maléfique. Elle se présente sous les traits d’une féministe, athée, laïque, hostile aux intégristes et aux extrémistes et se revendique de la Gauche républicaine. Le dessinateur Joann Sfar, auteur du « chat du rabbin », relaie son alerte décuplant son écho. Il n’en faudra pas plus pour que d’autres tweets au contenu mysogine, homophobe et antisémite soient exhumés et provoquent un tollé médiatique. Et pour que l’empreinte digitale de Mehdi se retourne en arme fatale contre lui. S’en suit une guerre éditoriale, dont après avoir été le mobile il devient l’alibi, et une polémique si disproportionnée au regard des faits, qu’on en finirait par se demander si la France ne déraille pas. Cette guerre oppose, la gauche antiraciste et multiculturelle, taxée de laxisme, de communautarisme ou d’islamo-gauchisme, à une gauche dont la laïcité intransigeante confine à l’intégrisme, à l’extrême droite et à la droite extrême. Craignant de se voir éclaboussés par le scandale, bien qu’il ne s’agisse que d’une tempête dans un verre d’eau, la plupart de ceux ayant soutenu et promu Mehdi condamnent ses propos et le lâchent. Le camps adverse le lynche en  chassant en meute dans la presse et sur les réseaux sociaux et en se ruant sur cette aubaine inespérée après la désastreuse affaire Théo. Théâtre d’opération électoraliste sur fond de coups bas ou mal plus profond aux racines inextirpables? 

Banlieue(s) star(s)                       

Jeunes « talents des cités » dénichés au lendemain des émeutes de 2005, Mehdi et Badrou ont le succès insolent. Après avoir fait leurs premières armes au Bondy Blog, les voilà propulsés sous les feux de la rampe dans l’émission de Pascale Clark sur France Inter, où ils officient en qualité de chroniqueurs à 17 ans ! Remerciés en 2015 après six ans d’émission, ils n’en continuent pas moins à gravir quatre à quatre les marches du podium et à frayer avec le beau monde : documentaire et websérie sur Arte, festival « Banlieue is beautiful » au Palais de Tokyo, premiers romans publiés aux Editions du Seuil (Burn out en 2015 et Minute en 2017), commande artistique de la Fondation Cartier …  Si aucune des maisons d’édition parisiennes contactées n’accepte de publier la revue Téléramadan qu’ils créent en 2016 avec Mouloud Achour, ancien chroniqueur du Grand journal à Canal+, ils n’en convainquent pas moins plusieurs mécènes privés, parmi lesquels Pierre Bergé, de financer le lancement de leur revue. Ils créent leur propre maison d’édition, Les Editions du Grand remplacement, qu’ils baptisent ainsi en prenant ironiquement le contrepied des thèses nauséabondes de Renaud Camus. Le gisement du futur, c’est eux, les jeunes de banlieue talentueux qu’ils incarnent et entendent promouvoir. Le duo de choc voit croître sa monétisation à proportion de son intronisation dans les cénacles parisiens jusqu’à devenir un label. La question de l’indépendance de ce dernier ne peut toutefois être éludée, Mehdi & Badrou restant redevables à ceux qui ont boosté leur carrière et à plus d’un égard dépendants. Coqueluche des médias, ils s’offrent des portraits dans M Le Magazine du Monde ou dans Libération ou encore la couverture de magazines culturels. Ainsi posent-ils crânement à la une des Inrocks aux côtés de Christiane Taubira, qu’ils interviewent juste avant que le scandale n’éclate. Il n’aura fallu que quelques clics et quelques jours, pour que Mehdi, érigé avec Badrou en icône d’une intégration réussie, chute de son piédestal et devienne l’incarnation d’un monstre social à tout jamais perdu pour la République. Suspectée de complicité avec l’ennemi intérieur, la gauche antiraciste sacrifie son idole, non sans y perdre son honneur et affaiblir son combat. 

D’humour incisif en artillerie lourde…

De 2010 à 2016, Mehdi Meklat, twitteur compulsif, publie 50 000 tweets sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, un personnage de fiction qu’il présente comme son double maléfique. A l’instar de Frankenstein, l’apprenti sorcier en fait une créature immonde, déversant sur Twitter un torrent d’insultes et d’insanités. Il  dézingue tous azimuts, en prenant pour cible tous ceux qui incarnent à ses yeux « la France qui pue la haine » et le révulse. Dans son viseur : les islamophobes, les laïcs intégristes, les propagateurs de thèses nauséabondes, allant du « Grand remplacement » au « suicide français » sans oublier « l’identité malheureuse », les médias propagateurs de ces thèses, les représentants de l’extrême droite ou de la droite extrême et les traîtres qui à gauche pactisent avec le diable… S’apparentant à autant de sortilèges, les propos injurieux tenus à l’encontre de personnes nommément visées peuvent se voir assortis de menaces physiques allant jusqu’à des menaces de mort, qu’il s’agisse de lapider Eric Zemmour, de sodomiser Brigitte Bardot ou l’épouse de Manuel Valls, de casser les jambes d’Alain Finkelkraut (lors de son passage à Nuit Debout), de cracher à la gueule de Charb et de ceux de Charlie (avant les attentats de Janvier 2015) ou d’égorger Marine Le Pen « selon le rite musulman ». Poussant toujours plus loin cette provocation aussi inédite qu’inouïe, Marcelin Deschamps tend un miroir à cette France qu’il vomit, celle qui « fabrique ses monstres » tant elle « pue la haine ». Il se conforme à l’image fantasmatique qu’elle a de la jeunesse issue de l’immigration en caricaturant son prisme déformant : une jeunesse barbare en proie au racisme anti blancs, à la détestation de la France, à la misogynie, à l’homophobie, à l’antisémitisme, à l’intégrisme musulman, quand elle n’est pas djihadiste. C’est d’ailleurs, semble-t-il, en raison de cette caricature, que lui-même qualifie ses propos d’également islamophobes, quand bien même d’après les tweets exhumés, les personnes de culture ou de confession musulmane se trouvent épargnées.

Un procès mal intentionné ou dénaturé?


L’énormité du scandale provoqué par l’ignominie des propos de Marcelin Deschamps aura anéanti en à peine quelques clics et quelques jours le mince espoir de Mehdi Meklat qu’on lui « accorde le crédit de la fiction ». Or selon qu’on s’y résolve ou non, la portée des propos incriminés et leur gravité ne sont aucunement les mêmes. Dans un cas, on parle d’une personne dont les propos racistes, antisémites et homophobes tombent sous le coup de la loi, dans l’autre d’un personnage dont le voyage au bout de l’enfer ne conduit pas nécessairement au tribunal, pour peu de se voir identifié comme tel. S’étant trouvée impliquée à son corps défendant dans l’affaire, Christiane Taubira, ancienne garde des sceaux, a d’emblée condamné le caractère abject des propos prêtés par Mehdi à Marcelin. Mais, ne confondant pas jeu et vérité, elle a fait preuve d'une relative clémence à son égard : « Et si c’était un jeu, il est trop pestilentiel et trop dangereux pour ne pas faire l’objet d’un examen rigoureux. J’ai rencontré Mehdi Meklat pour cet entretien, j’avais lu leurs deux livres. Je maintiens qu’ils sont bien écrits. Il y a quelque chose à purger. Il ne peut résider dans un même esprit la beauté et la profondeur d’une telle littérature et la hideur de telles pensées. Il faut purger, curer, cureter. Cela se fait plus aisément lorsqu’on n’est qu’au début d’une vie où il y a tant à faire». Le rédacteur en chef des Inrocks, a, quant à lui éditorialisé l’affaire, en priant Mehdi de s’excuser sans nier ses fautes graves et en demandant pardon, tout en lui disant qu’il l’en croyait capable (sic !). 

Refuser d’accorder à Mehdi Meklat le crédit de la fiction relève soit de la méprise, soit de la malhonnêteté, dès lors que l’on sait, qu’il n’a jamais fait mystère de l’existence fictive de son odieux personnage et qu’il a eu régulièrement à s’en expliquer dans la presse. Ses interlocuteurs ne se sont toutefois pas montrés particulièrement avides de percer la vérité du personnage, et à travers elle une part de celle de l’auteur. Rares sont les voix de journalistes à s’être élevées pour défendre Mehdi Meklat, en lui reconnaissant le droit de plaider la fiction. A cet égard, Libération s’est démarqué, bien qu’aussi dans l’œil du cyclone en tant qu’hébergeur du Bondy blog, se tenant ainsi à distance raisonnable de la polémique, comme en attestent les titres de deux articles parus dans ses colonnes. L’un se réfère au roman de Stevenson : « Tweets outranciers : l’étrange cas de Mr Meklat et de M. Deschamps », l’autre persiste à dissocier le créateur et sa créature. Claude Askolovitch a lui aussi porté crédit à la fiction invoquée dans un long questionnement sur la nature des liens unissant Mehdi Meklat à Marcelin Deschamps, tout en achoppant sur « l’impossible vérité de Mehdi Meklat », titre de son article sur Slate.fr. Le magazine Télérama a quant à lui offert au présumé coupable la possibilité d’une nouvelle fois s’expliquer. Mais la plupart des commentateurs s’en sont remis à un procès sans appel. A défaut de pouvoir disposer des 50 000 tweets publiés de 2010 à 2016, prétendre pouvoir percer à jour la vérité du personnage en s’en tenant aux quelques bribes extirpées n’en paraît pas moins tendancieux, voir audacieux. A fortiori celle de l'auteur. 

Tout le monde savait

Alors que tous les procureurs patentés ont jugé pleutres ou plates les excuses de Mehdi Meklat publiées sur facebook et dans Télérama, ils semblent en avoir sous-estimé la redoutable portée. L’enfant terrible ne se gausse pas. La simplicité et l’humilité désarmantes de son propos face au lynchage dont il est l’objet, plaident en faveur de la sincérité. Si beaucoup n’ont fait que peu de cas de ses mots et bien que ceux-ci paraissent encore lui manquer, ils n’en sont pas moins pesés. En premier lieu, ses excuses compromettent ceux qui l’ont soutenu et promu, en leur interdisant de se réfugier derrière l’ignorance. Ne se contentant pas d’invoquer les entretiens qu’il a donnés dans Les Inrocks, dans Le Monde et dans Télérama, où il a eu à s’expliquer sur son personnage, il évoque son passage à France Inter, où pendant six ans il a été chroniqueur avec Badrou : « Parfois, dans les couloirs de la Maison de la Radio où nous travaillions avec Badrou, on me demandait si « j'étais Marcelin Deschamps ». Oui, je l’avais crée comme une créature et désormais, aux yeux des gens, je l'incarnais. On me regardait de travers. On ne comprenait pas que je puisse être si « différent » de « mes » tweets. Mais je n'étais pas mes tweets. Dans la vie réelle, il n'existe que Mehdi, Marcelin lui ne prenait corps uniquement sur les réseaux sociaux. » Les guillemets que lui-même ajoute dans la retranscription des propos de ses interlocuteurs n’ont rien d’innocent, car ils mettent en exergue leur propension irrésistible à le suspecter de ressemblance avec son personnage. Dans la maison, Mehdi n’avait en effet pas que des amis. Si sur Twitter, Marcelin vouait « un amour obsessionnel  et excessif » à Mathieu Gallet (le patron de Radio France), il en allait inversement à l’endroit de Philippe Val, ancien patron de Charlie Hebdo et de France Inter. Lors du passage fatidique de Mehdi & Badrou sur le plateau de La Grande Librairie, les tensions avec Philippe Val, ironie du sort, également invité pour présenter son essai sur l’apport de la pensée juive à l’identité française, étaient palpables. Autant dire que ce dernier n’a ensuite pas lésiné sur les coups portés. Ni davantage les Finkelkraut, Bruckner, Fourest, Polony… et autres Zemmour, sans oublier les causeurs et propagateurs de valeurs actuelles.

L’argument de la fiction ne suffit pas toutefois à dédouaner Mehdi et à l’exempter de ses responsabilités face à la loi. Dès lors qu’en appliquant à Twitter, non sans perversité, des règles autres que celles censées s’y appliquer, en l’occurrence celles de la littérature, il a lui-même entretenu à loisir la confusion entre réalité et fiction jusqu’à se trouver pris à son propre piège et en flagrant délit de déni des limites. Mais nul de ceux censés pouvoir le protéger du danger n’est parvenu à le convaincre de mettre un terme à cette périlleuse aventure, qualifiée de « travail artistique sur l’horreur » sans plus d’explicitation, alors que cela serait pourtant très éclairant.  Leur mise en garde aurait du valoir mise en demeure, la reconnaissance allant de pair avec l’exigence. Mais comme l’affirme Mehdi, ses excès sur Twitter en amusait plus d’un. En Novembre 2012, le magazine Elle recommande l’auteur  à ses lectrices : « Qui suivre sur Twitter ? »  Marcelin Dechamps : sous ce pseudo Mehdi du Bondy Blog éructe, peste, injurie, blasphème. Jamais on avait choqué avec autant de justesse ». Et l’exhumation d’anciens tweets, révèle qu’à l’époque le rédacteur en chef des Inrocks les jugeait hilarants. Le mensonge consistant à affirmer qu’il n’en avait pas eu connaissance pourrait lui coûter sa place, sans doute à tort étant donné l'instrumentation politique de l’affaire.  

Une défense accablante

Toute la défense de Mehdi Meklat s’articule autour de la notion de limite, « L’ivresse transgressive qui le grise » le poussant à aller toujours plus loin. C’est précisément ce qui la rend percutante. Il entend non seulement éprouver et explorer les limites de la provocation, mais aussi les interroger. Il faut avoir une profonde méconnaissance des réseaux sociaux et de la jeunesse pour ne pas être sensible à la portée de l’argument avancé. Le journaliste en herbe débarque à 19 ans sur Twitter, à peine plus d’un an après la mise en service de la version française du réseau de micro-blogging. Il qualifie à très juste titre ce dernier de « Far West numérique », aucune règle n’étant édictée dans ce qu’il prend pour un terrain de jeu. Avec peu de followers, il évolue sur Twitter en toute inconscience du basculement du réseau dans la sphère publique au gré de l’apport de nouvelles fonctionnalités, dont celle très récente du retweet à l’origine d’une propagation virale de l’information. Il appartient à une génération, pour qui les frontières entre « la vie réelle », le virtuel et le fictionnel se floutent. A telle enseigne, que Mouloud Achour, tente de le ramener à la réalité : « tu n’es pas dans une cour de récréation » (NDLR sur Twitter), pointant ainsi son immaturité et son inconséquence, voire aussi son peu de maîtrise du réseau. Les faits en témoignent. En 2016, il crée en effet un nouveau compte sur Twitter  pour communiquer sous sa véritable identité en se contentant de changer d'identifiant sans supprimer le compte de Marcelin Deschamps, comme l’indique Libération, d’où le fait qu’il ait eu à « endosser ses insanités ». Preuve s’il en est de la déficience des politiques publiques en matière de bon usage des réseaux sociaux et de prévention des dangers. 

La charge la plus accablante dans la défense de Mehdi réside dans le fait, qu’il soit parvenu à ses fins en démontrant l’impunité du racisme qui sévit sur les réseaux sociaux et, partant, la responsabilité des géants du web : « Au départ, je voulais tester la limite, tester le moment où on m’arrêterait, où l’on me dirait que ce n’est pas possible de dire de telles choses, que c’est grave et condamnable. J’attendais qu’on juge Marcelin Deschamps. Cà n’a pas été le cas ». Si rien n’est venu le stopper dans sa course à l’outrance, pas même l’effroi national provoqué par l’attentat terroriste dans les locaux de Charlie Hebdo, aucune fermeture de compte, aucun avertissement, ni aucune condamnation ne sont venus y pourvoir. A cet égard, la saisie de la justice par la LICRA au lendemain de la révélation de l’affaire, relève de la pure gesticulation. Non seulement parce que le délai de prescription est dépassé, mais parce que face à l’ampleur des menaces de terrorisme, il y aurait tout lieu de viser l’efficacité sans se fourvoyer dans la fiction. Nul n’ignore la bataille sémantique livrée par le président de la LICRA, Alain Jakubowicz, contre le terme d’  « islamophobie », relevant selon lui de l’imposture, quand d’autres y voient « un racisme imaginaire ». A l’occasion de sa saisie de la justice, il a demandé publiquement au CCIF, ancien allié de circonstance recyclé en ennemi, de condamner les propos antisémites de Mehdi Meklat, afin de « sortir de l’ambiguité » (sic !). Mais point n’en a suffi. Mehdi Meklat est parvenu à s’inviter au 32ème dîner du CRIF, rendez-vous annuel couru des politiques bien que notoirement lobbyiste et communautariste. A l’occasion du discours inaugural de son nouveau président, adressé à François Hollande et dressant un état des lieux de l’antisémitisme en France, Meklat fut le seul nom propre prononcé, une action judiciaire contre lui se voyant réclamée ! Comment Mehdi ne pourrait-il pas savourer cette victoire arrachée tel un césar? Ayant fui vers « une destination inconnue », aurait-il échappé aux mailles du filet des fichiers S à la barbe de la police des frontières ? Comme on le suspecte d’apologie du terrorisme, autant dire que cela ne peut qu'inquiéter !

Sous le torrent d’ignominie, le roman de haine

Mais Mehdi ne s’est pas contenté de cette éclatante victoire, il a raflé un second césar. Il a réveillé le démon, qui agite la France en déchaînant contre lui tout ce que le pays compte parmi ses ennemis, tout en contraignant certains de ses amis d’hier à montrer leur vrai visage. En s’émancipant, le trublion du Bondy blog devient un cœur de cible, d’autant qu’il ne semble pas vouloir renoncer à la provocation, antidote selon lui à la torpeur ambiante, et se laisser enfermer dans une parole lisse. Si sa prose divertissait certains de ses aficionados, dans la France de l’après Charlie, sa divulgation sur Twitter paraît indécente. Mais elle dissimule mal une rage, que le temps n’a pas encore pu canaliser, et un combat qui exige de ne pas se tromper sur le choix des armes. Difficile chemin si l’on en croit les réactions indignées suscitées par une chronique, que Mehdi a  publiée sur le Bondy blog sous le titre « Abaaoud, un visage qui vous veut du mal ». Elle jouait sur l’ambiguïté d’un visage d’ange et sur le trouble d’une ressemblance physique, qui aurait pu faire du jeune terroriste l’un de leurs copains, si le destin ne l’avait pas égaré. Toujours dans le Bondy blog, son interview de Laurence Rossignol, ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes, à qui il reprochait des propos infâmants sur le port du voile, a également suscité la vindicte. Ne se reconnaissant pas comme beaucoup d’autres de sa génération dans la France du « Je suis Charlie », en raison d’une laïcité brandie sous le drapeau de l’intolérance, Mehdi est un suspecte désigné. S’il leur a fallu avec Badrou et Mouloud Achour éditer le premier numéro de la revue Téléramadan à leur propre compte, c’est en raison d’un procès en communautarisme instruit avant même qu’elle soit lancée. En la faisant paraître le premier jour du ramadan, ils exprimaient leur désir de ne plus « s’excuser d’exister » et d’explorer la réalité de l’islam en tant que culture ou confession. Le profil des contributeurs, en majorité non musulmans ou non pratiquants, parmi lesquels Raymond Depardon ou Choumicha, star de la cuisine marocaine, rendent infondées les craintes et les critiques.

Dans le scandale déclenché par les propos rageurs de Marcelin Deschamps, les deux camps qui s’affrontent se voient renvoyés dos à dos et à leurs fantasmes respectifs. Les uns se fourvoient dans des politiques, où la fabrique d’idoles branchées, censée incarner une jeunesse talentueuse, exclut paradoxalement les populations de banlieue du champs de la représentation et tronque une réalité bien plus foisonnante, diverse et contrastée dans ses réussites et ses échecs. Les autres s’en tiennent à une haine délétère qui pollue le débat politique français, en l’enfermant dans de vaines batailles sémantiques, dans la négation du racisme anti-musulmans, dans la diabolisation de l’islam et la désignation de nouvelles terres barbares à civiliser. Les uns et les autres convergent dans leur impuissance à agir, à endiguer les maux qu’ils dénoncent et à sortir du déni de réalité en convoquant de nouveaux horizons de pensée. Medhi les y renvoie férocement. Inaudible en l’état, sa défense serait moins fragile, s’il avait assumé l’existence de son exécrable personnage de fiction et ne s’était pas renié en prétendant, qu’il n’aurait jamais du exister. Si sur Twitter, ce torrent d’ignominie n’avait aucune place, en librairie ce roman de haine aurait toute chance de s’arracher. Reconnaître aux uns le droit au blasphème, oblige à reconnaître aux autres le droit à la caricature. Après avoir présenté ses excuses sur Facebook, Mehdi a publié sur le mur de sa page la chanson extraite d’un clip d’Albin de la Simone, ayant pour titre « L‘un de nous ». Chanson de circonstance, si l’on en croit les paroles : « le vent avait tourné », « le grand amour s’était barré au galop ». Humour toujours aussi corrosif, quoi qu’il advienne de ce moment ravageur sur le plan politique, que tant d’autres auraient à expier…

 

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