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Billet de blog 25 nov. 2014

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La Tour Triangle en proie au manichéisme?

Nul ne saurait combattre l’audace du futur sans s’exposer au risque d’être perçu comme ennemi de son temps. Il appartient cependant à la société toute entière d’envisager cet horizon culturel et non aux seuls architectes. En polarisant le débat sur l‘objet architectural, ne fait-on pas le lit du rejet des tours à Paris? 

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Nul ne saurait combattre l’audace du futur sans s’exposer au risque d’être perçu comme ennemi de son temps. Il appartient cependant à la société toute entière d’envisager cet horizon culturel et non aux seuls architectes. En polarisant le débat sur l‘objet architectural, ne fait-on pas le lit du rejet des tours à Paris? 

Elever le débat sur les tours à Paris serait une mesure d’utilité publique salutaire. C’est ce dont pourraient convenir la majorité des (grands) parisiens, si les sondages réalisés ne consistaient pas uniquement à leur demander de se ranger dans le camps des partisans ou des détracteurs. Assénés depuis une dizaine d’années, les arguments opposés par les uns et les autres finissent par ne plus porter, voire même par s’annihiler. Le principal revers dans l’affaire de la tour Triangle, conçu par les architectes Herzog & De Meuron, est d’ordre culturel. Rivé sur la question de l’objet architectural, le débat sur les tours à Paris souffre de l’absence de promotion d’une vision de la ville et de pédagogie appropriée à cet  objectif. Vantées au Pavillon de l’Arsenal, notamment par Jacques Herzog lors d’une leçon d’architecture magistrale, les qualités du projet architectural de la tour Triangle l’auront sans doute été en vain, tant elles paraissent loin d’être en cause.

Le projet a partie liée avec l’impérieuse nécessité d’une modernisation du parc des expositions de la Porte de Versailles au contrat de concession renouvelé. Pauvres, les discours politiques se bornent à illustrer cette ambition à travers l’érection in situ de la huitième merveille du monde. Tous ceux qui se bousculent par centaines de milliers dans les salons annuels les plus populaires, tels ceux de l’agriculture et de  l’automobile, ont eu à subir l’inhospitalité et la piètre qualité du site, en essuyant le mépris qui les sous-tend. L’obsolescence des pavillons, vulgaires boîtes à chaussures alignées, contraste avec le succès de fréquentation européen du parc des expositions, qui, comme la tour Eiffel, accueille chaque année sept millions de visiteurs. 

Dans la course à l’attractivité des métropoles, l’image de marque du parc des expositions de la porte de Versailles ne paraît pas un facteur négligeable. Réduire cette image à la présence d’une tour de bureau, « convertible en tour de logement » si la conjoncture l’exige, relève d’un culte, voire d’un fétichisme de l’objet, qu’exacerbe apparemment le prestige international de sa signature architecturale. Si Paris ne peut renoncer à un investissement privé de cette ampleur, la question du tribut apporté au « bien commun territorial » ne semble pas non plus devoir être tenue pour subsidiaire. La noblesse de mission du politique obligerait celui-ci à en faire la démonstration à la faveur de l’élargissement du débat à l’avenir du parc des expositions. Etant donné l’état préoccupant du marché immobilier des tours de bureau, notamment à La Défense, l’argument des cinq mille emplois, transférés plutôt que créés, paraît, quant à lui, fragile.  

L’autre faille majeure dans la communication du projet de la tour Triangle, prolongeant  le débat sur les tours à Paris engagé sous la première mandature de Bertrand Delanoé, réside dans la caution apportée à la stigmatisation du legs moderniste. Ainsi, a-t-on promis aux parisiens, que les nouvelles tours érigées ne ressembleraient en rien à celles des années 1960-70. Quarante ans après l’interdiction des tours à Paris, promulguée par Valéry Giscard d’Estaing, le procès de cette architecture maudite tient toujours lieu d’arme dissuasive. Pour ne pas sombrer dans l’anachronisme, mieux vaudrait pourtant éviter de s’avancer sur le terrain miné des jugements de valeur et assumer enfin cet héritage sociétal. Ayant mesuré les effets contre-productifs de la diabolisation du legs moderniste, l’architecte Jean Nouvel n’omet pas de plaider aussi en faveur de la requalification des quartiers de tours des années 1960-70, lorsqu’il se fait l’avocat de la tour Triangle.

Indépendamment du fait que les tours des années 1960-70 sont loin d’être toutes sans qualité et de l’exercice légitime d’un droit d’inventaire, l’exemplaire réhabilitation de la tour Bois-le-Prêtre témoigne du sort enviable susceptible d’être réservé même à celles sans qualité. Ancrer les tours dans l’histoire urbaine de Paris et faire preuve d’audace quant à leur futur servirait l’ambition politique de ceux, qui ne veulent pas renoncer pas à la grande hauteur à Paris. Comme il en va du paysage et de l’attractivité de la métropole, élargir le débat au Grand Paris serait opportun. Les 65 pays représentés à la XIVème biennale d’architecture de Venise, dont les portes viennent de se refermer, étaient invités par Rem Koolhaas à se pencher sur la question de « l’absorption de la modernité ». Il semble, que dans la capitale nous n’y soyons pas encore disposés. Pour sortir de l’impasse manichéenne du débat sur les tours à Paris, ne faudrait-il pas ouvrir de nouveaux horizons de pensée?

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