Qu’elle est belle, notre société !

Je vois ce matin en une du Monde.fr un article que je ne vais pas pouvoir consulter jusqu’au bout, vu que je ne suis pas un abonné de ce site.

Je vois ce matin en une du Monde.fr un article que je ne vais pas pouvoir consulter jusqu’au bout, vu que je ne suis pas un abonné de ce site. Il s’agit d’un papier sur le mécontentement des usagers de la SNCF qui se retrouvent à faire deux heures de queue pour acheter ou faire modifier un ticket au guichet de la gare de St Lazare. Plutôt, à la boutique voyage de cette gare. Des témoignages que j’ai pu grappiller en ce début d’article, une personne victime d’une manipulation trop rapide de l’employé se retrouve avec un ticket sur lequel son identité est modifiée. Dans le train, cette personne se verra infliger une amende de 250 euros pour absence de titre de transport et escortée par 4 vigiles à la descente du train. Pendant ce temps, les suicides des employés de la société nationale augmentent au fil du temps. C’est comme chez France télécom, c’est comme à La Poste. En même temps, comme dirait notre sinistre président, (dont les déclarations sonnent comme autant de mensonges, dont la parole est à jamais discréditée) les médicaments augmentent, l’essence aussi, et les interdictions de rouler pour certains véhicules montrent le bout de leur nez. Regarder la télévision, un sport que j’ai abandonné, fatigué de slalomer entre les pubs abrutissantes nous déverse une information idéologisée sans saveur et parfois trompeuse, pleines de guerre à venir et d’horreurs paralysantes pendant que notre téléviseur absorbe goulûment nos faits, gestes et discussions pour les vendre aux vendeurs ou les céder à l’appareil répressif.

1984 est là. Comme pour le sketch de la grenouille qui ne s’échappe pas du bocal dont on réchauffe lentement le contenu, notre société s’est transformée en 20 ans en un terrain d’épreuves toxiques qui minent notre vie de tous les jours. Vivre en communauté implique des contraintes, je l’entends bien, mais nous sommes arrivés à un niveau de gêne, d’obstruction, de répression législative qui inspire la fuite. La règle, qui à l’origine, servait à réguler est devenu un instrument de pouvoir coercitif qui freine la vie de tous les jours, la guide, l’oblige, impose des voies que personne ne souhaite. Tout est fait par les employeurs du pays pour se débarrasser de leurs travailleurs et ceux qui quittent ce statut sont vus par le pouvoir comme des malfaiteurs, trimballés de procédures en procédures vers le désespoir ou la révolte.

Ces cheminements automatiques nous dirigent vers une société impossible dont les plus faibles payent les choix des gouvernants. Alors que notre pays est un des plus imposé au monde, historiquement pour nous permettre un terrain d’égalité entre ses membres, peut à peu cette manne a été détournée par des aigrefins qui s’en servent à leur seul profit pour mettre à bas un peuple qui n’en peut mais. On payait des impôts mais nous avions une électricité nationale, un service public des transport qui était admiré par les autres pays, un système d’énergie (d’origine guerrière, il est vrai) parmi les moins chers du monde. Un service de santé dont nombre de pays nous enviait le fonctionnement. Maintenant, nous payons encore plus d’impôts mais nous en perdons les bénéfices, ils ne servent qu’à engraisser des entreprises qui ne fabriquent plus rien, souvent créées à l’aubaine de ces taxes possibles à détourner.

Et nous, les éléments de ce peuple dépouillé, nous subissons. Si une communauté des plus harassée, les gilets jaunes, par exemple se met en tête de rouspéter (j’ai bien dit rouspéter, pas casser, détruire, faire la révolution) le pouvoir envoie ses nervis inhumains les gazer et les mutiler . Mieux, ces derniers jours, ce sont ceux qui font la fête et qui voudraient la poursuivre un petit peu plus dans la nuit qui sont envoyés dans la Loire sans ménagement, au risque d’y perdre leur vie après avoir été gazé. Même ceux qui font des sit-in sur les ponts de Paris sont délogés avec violence. A quand la police dans les magasins pour mater les files sans fins (disparition des caisses) de ceux qui payent cher ce qui était partagé auparavant ?

Étant enfant, j’habitais dans une cité hlm du 20ème arrondissement de Paris et mes copains s’appelaient Idir, Pagano, tarkovski et viet. On passait notre temps à se traiter de bougnoule, de rital, de bridé et autre. Mais on jouait au foot ensemble et on rigolait, (je pense à Sempé que je lisais dans Pilote à l'époque) on courrait dans la cité et on faisait de la luge les jours de neige dans des plateaux émaillés récoltés dans la zone, le terrain vague, derrière les barres où règne maintenant l’échangeur de Bagnolet.

Où cela va-t-il s’arrêter ? Sommes-nous ainsi condamnés, tel des animaux guidés vers abattoir à vivre nos vies comme des chemins de croix ? Avons-nous été dépossédé de ce qui faisait notre joie de vivre pour un billet de banque dévalué qu’on nous impose de dépenser sans même le voir ?

Quand nous rendrons-nous compte que la société que les puissants nous concède est devenue impossible à vivre ? Combien de temps nous faudra-t-il encore pour reprendre cette liberté qui nous a été volée ?

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