20h, la ville applaudit ses infirmières et infirmiers

Ce soir, 20h. Je discute avec un pote de Bastia qui me dit qu'il entend une rumeur au dehors.

Ce soir, 20h. Je discute avec un pote de Bastia qui me dit qu'il entend une rumeur au dehors. Pareillement, ici, à Ajaccio, des gens applaudissent dans la nuit. Je sors immédiatement sur mon balcon pour ajouter mes applaudissements à la rumeur générale. Et c'est avec toute la force dont je suis capable que j'ai accompagné ces applaudissements disparates, et mon fils s'est joint à moi.

Oui, bravo pour le dévouement de ces infirmières et infirmiers qui luttent devant le raz de marée des cas critiques qui leur sont livrés actuellement et qui vont encore se déverser dans les semaines à venir en plus grand nombre. Bravo pour cette expression du commun, du don personnel au bénéfice de tous, et en particulier des plus fragiles, des plus faibles.

Pour ma part, je travaille dans un service quasi-public dont les bureaux ont été vidés par les cadres et la direction. Tous malades! C'en est caricatural. Alors, nous, au -2, on continue à faire tourner la machine, on résiste à cette débandade des plus nantis en maintenant notre outil en l'état, en continuant notre travail contre les vents mauvais des stupides décisions des directions nationales.
La rumeur est à présent accompagnée de clameurs au loin, de pétards, de sifflets, d'une espèce de courte manifestation sauvage qui dépasse le cloisonnement imposé par la maladie. Il est temps que la rumeur populaire se fasse entendre, que ceux qui sont en bas de cette monstrueuse machine capitaliste qui s'écroule restent vigilants sur l'évolution des signes à venir. Il ne faudra rien louper. Cela me fait penser à ces vidéos sur twitter des italiens qui font la fête d'un balcon à l'autre, dans cet espace non maitrisé par les pouvoirs.

Il pourra y a voir une sortie à cette crise qui s'annonce longue. Jusqu'où ira la déliquescence ? Aucune idée, mais ça fait chaud au coeur de voir que tout en-dessous, il y a des gens, des humains qui n'ont envie que de se révolter, chacun avec ses moyens. Puissent-ils, puissions-nous être les graines d'un monde meilleur.

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