Lettre ouverte à Madame Le Pen: Non Madame, vous n'êtes pas un épouvantail!

A l’approche des élections européennes, le duel factice qui a été créé entre votre parti et le parti présidentiel me pousse à faire une déclaration d’intention : j’en ai marre de voter contre vous !

Chère Madame le Pen,

Par cette présente lettre, j’aimerais vous déclarer mon désaccord total avec vos idées mais ma conviction profonde que vous êtes un parti qui représente la voix de certains français et que vous avez le droit d’exister.

Oui.

Vous, Le Front… Rassemblement national avez le droit d’exister. Il y a des gens qui partagent vos convictions et qui votent pour vous. Et ils ont le droit de le faire.

Parce qu’il y a un principe fondamental en démocratie que nombre de nos représentants, élus ou aspirants élus veulent à tout prix nous faire oublier : la démocratie, ce n’est pas quand tout le monde pense pareil mais quand on accepte de vivre avec des gens avec qui on n’est pas d’accord !

Ça a l’air bizarre, mais c’est vrai.

Normalement, au cours de mon éducation citoyenne, on m’a appris qu’une élection c’est quand une personne ou un groupe de personne présente des arguments, des idées, une vision, des projets et qu’elle tente de convaincre le maximum de personne de voter pour elle. Le plus convaincant, gagne !

Donc, dans cette logique, pour vous battre, vous et les idées xénophobes, anti européennes et islamophobes que vous avancez, il suffit juste d’être plus convaincant que vous en s’opposant à vos idées. N’est-ce pas ?

Et bien non. Pas la peine. Il suffit de faire BOUHHH !!! à la télé avec un masque à votre effigie, crier au loup tout en, parfois, récupérant vos idées (avec un autre packaging, cela s’entend).

Quand votre père est arrivée au second tour en… 2002, j’ai pleuré. De peur. D’angoisse. De panique. Je m’en suis voulu de ne pas avoir fait 300 km en train pour atteindre mon bureau de vote et glisser mon tout premier bulletin dans l’urne. J’ai pleuré parce que je suis noire et que dans ma famille, dans mon entourage, des gens se sont fait balancé par-dessus des ponts lors de manifestation du FN ; d’autres se sont retrouvés avec un œil en moins après avoir été tabassés par des skinheads. J’ai pleuré parce que même si, personnellement, je n’ai jamais été violemment agressée à cause de ma couleur de peau, on avait déjà empêché d’avoir un travail ou un logement (j’étais étudiante à Paris). Et je ne parle pas des gens qui étaient choqués d’apprendre, alors que j’exerçais en tant que nounou, que je le faisais juste pour payer mes études ! (des études pour une immigrés sans papier, une hérésie ! Alors que je suis française et qu’il n’y a que des français dans ma généalogie)

Ça a été mon premier vote contre. Pour faire barrage. Et j’en étais fière.

Le temps a passé, d’autres élections sont passées et la petite musique d’épouvante a doucement commencé à s’installer. Pour chaque élection, il fallait FORCEMENT concentrer ses votes, éviter de les éparpiller dans le menu fretin pour vous empêcher, pour faire barrage …etc.

Je l’ai fait. Mais avec de moins en moins de convictions.

Parce que parallèlement  à tous ces appels à voter contre vous et vos idées sous peine D’APOCALYPSE, certains autres parti les ont récupérées, les ont vulgarisées et les ont rendu acceptables. Ça, plus le super plan Com de dédiabolisation ça donne : des gens de ma propre famille (les mêmes qui se sont battus pour faire barrage en 2002) qui sont prêt à voter pour vous face à des gens qui courent quand on leur dit qu’avec vous au pouvoir, on va tous mourir.

Evidemment, entre les deux, il y en a qui ont laissé tomber et qui pense, que, foutu pour foutu, menteur contre menteur, escroc pour escroc, ça ne vaut pas la peine de voter.

Voilà. Et des familles comme la mienne, il y en a plein.

Moi je suis une électrice acharnée.  Je vote tout le temps. Quelque soit l’élection. Je reste obsédée par l’histoire de mon pays, le France, où des gens sont morts pour avoir le droit de vote, l’histoire de gens de la même couleur que moi, ailleurs, certes, qui ont été lynchés parce qu’ils demandaient le droit de vote ; par l’histoire de femmes qui se sont battue pour avoir le droit de vote…

Donc, je vote.

Mais, aujourd’hui, malgré l’intensité atteinte par cette mélodie d’épouvante qu’on nous sert comme soupe pour les prochaines élections, je ne peux plus. Je REFUSE de voter contre vous.

Je ne voterais PAS POUR vous. C’est clair. Mais je ne voterais pas non plus contre vous. Parce que j’ai envie de voter pour. Et en plus, une élection à un tour avec de la proportionnelle, c’est parfait pour ça.

Je ne choisirai certainement pas celui qui s’érige en sauveur et qui, par la même occasion, crache sur vos électeurs au lieu d’aller les chercher et essayer de les convaincre qu’il y a une autre alternative à votre vision. En effet, qui a essayé d’aller vers les électeurs d’extrême droite pour essayer de les écouter, de répondre à leur peur et d’essayer de diminuer l’effet désastreux des idées racistes, sexistes, xénophobes et homophobes qui ont mené à la présidence Trump et Bolsonaro ? Qui ? On dirait qu’ils sont perdus pour la nation et que le seul moyen de les approcher c’est d’adopter leurs idées et là, ils deviennent assez nombreux pour amener l’un des leurs au pouvoir.

Ça suffit ! Ça suffit d’entendre que les migrants sont LE problème de l’Europe par la même personne qui vous dit que le rassemblement National a tort d’être xénophobe… ben voyons.

Ça suffit d’entendre que le communautarisme c’est maaaal (par communauté on ne vise que les musulmans, bizarrement), pour s’entendre dire après que l’islamophobie du Rassemblement National c’est mal.  Décidez- vous les gars !

Ça suffit de prôner l’égalité homme femme tout en ne faisant pas grand-chose pour que moins de femmes meurent sous les coups de leur conjoint, par exemple.  

Vous êtes un épouvantail de papier. Beaucoup trop pratique et, jusque là, très efficace.

Je ne suis pas toujours d’accord avec Monsieur Mélenchon, mais quand il dit « on aurait mis une chèvre en face de Madame Le Pen, la chèvre aurait gagné ». Je suis d’accord. Hein, Biquette ? Ben ouais. Biquette a raison. Elle s’en veut à mort de ne pas s’être présentée.

Et moi je m’en voudrais à mort de continuer à  jouer à ce jeu.

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