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Billet de blog 3 nov. 2008

Subprimes : perspectives et régulations

D'une crise à l'autreDepuis le début des années 80 les crises financières se sont multipliés.

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  1. D'une crise à l'autre

Depuis le début des années 80 les crises financières se sont multipliés. La plupart concernaient la périphérie du système. Souvent l'endettement ou des spéculations appuyées sur l'endettement, en ont constitué le moteur. L'explosion de la bulle Internet et la crise des subprimes ont concerné le cœur de l'économie des pays riches, ceux qui réalisent la plus grande par du PIB planétaire. Celle que nous vivons, présente plusieurs éléments aggravants :

  • elle intervient a un moment d'affaiblissement du pouvoir politique américaine (perte de crédibilité de l'exécutif accrue par la proximité de l'élection présidentielle)

  • elle coïncide avec un début de récession, crise financière et crise de l'économie réelles risquent de s'entretenir mutuellement

  • elle survient dans un contexte inflationniste masqué et capacité réduite des états a engager une politique de relance par l'endettement public

  1. Mécanique conjoncturelle de la crise des "subprimes"

De nombreuses analyses de la crise des "subprimes" on déjà été publié. On citera les publications de Michel Agglieta parmi lesquelles un court article synthétique et propice a la vulgarisation sur un sujet assez aride :

http://www.cepii.fr/francgraph/publications/lettre/pdf/2008/let275.pdf

Pour ce qui concerne la titrisation, un article à la fois technique et lisible de Wikipedia peut-être éclairant :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Titrisation *

les articles de Jérôme Gleizes éclaire la convergence des crises:

http://www.sudonline.sn/spip.php?article10837

http://lesverts.fr/article.php3?id_article=3938

On relira avec intérêt le livre de Emmanuel Todd "Après l'empire" qui à partir d'une analyse assez conservatrice expose une vision éclairante des faiblesses du modèle américain.

Enfin le site de la commission économique des verts publie une déclaration du Parti vert Européen (en anglais) http://economie-social.lesverts.fr/spip.php?article342

"Le souhaitable est possible : les quatre pistes de l’écologie politique ":

http://economie-social.lesverts.fr/spip.php?article341

un article didactique : "Les Verts et la crise financière"

http://economie-social.lesverts.fr/spip.php?article343

La mécanique de la crise s'est enclenchée vers 2004. l'inflation des biens immobiliers a conduit les opérateurs du secteur à considérer que la valeur future des biens réduisait considérablement le risque à prêter à des populations à risques quant a leur capacité de remboursement. Il suffirait en effet dans le pire des cas de saisir et revendre le bien pour récupérer la mise. D'une certaine manière on pourrait parler de leasing déguisé ou de prête-nom : On savait pertinemment qu'un client ne serait jamais le propriétaire final du bien, on lui demandait simplement de payer les premières échéances, composées presque intégralement d'intérêts et non du remboursement du capital..

Cette vision optimiste (ou cynique) était appuyée sur une observation empirique : " Les prêts subprime étaient considérés comme individuellement risqués mais collectivement sûrs et rentables. L'estimation de rentabilité reposait sur une hausse régulière du prix de l'immobilier, justifiée par l'absence de baisse à l'échelle nationale depuis 1945"

La masse de ces crédits à risque a très vite représenté une part prépondérante de la prise de crédit.

De l'autre côté, celui du financement des opérations, la titrisation a permis d'accroître l'en-cours du risque, de le sortir du bilan des sociétés financières (les "cédant") pour le transférer aux "marchés" et surtout de transformer des prêts de mauvaise qualité en titres financiers, bien considérés par les agences de notation ( technique du "tranching", découpage en tranche de risque). Les prêteurs internationaux, notamment la chine et le japon ont été largement mis a contribution.

A partir de juin 2007 le système a commencé à s'emballer pour plusieurs raisons :

  • La hausse des taux de la banque centrale a pesé sur le marché immobilier qui s'est retourné. Entre 2004 et 2007, la Réserve fédérale a relevé son principal taux directeur de 1 % en 2004 à plus de 5 % en 2007.

  • L'augmentation des taux mais également les techniques employées pour masquer l'insolvabilité des clients en différant la charge de la dette dans le temps, ont révélé le risque des subprimes et accentuer la chute du marché immobilier. En 2007, près de trois millions de foyers américains étaient en situation de défaut de paiement.

  • La titrisation et plus encore la titrisation multi-niveau ont disséminé dans l'ensemble de la sphère financière globale le risque sans qu'il soit possible d'évaluer ce qui était sain de ce qui ne l'était pas. Ainsi la crise s'est-elle dilué dans le temps, sur plus d'une année avant d'atteindre son paroxysme aujourd'hui (si tant est qu'il est bien atteint)

  • L'incertitude a miné le marché interbancaire, obligeant les autorités (états et banques centrales) a intervenir massivement, en injectant des liquidités et en garantissant les créances des organismes les plus impliqués dans la débâcle.

En mai dernier le FMI a évalué le coût de la crise à 945 milliards de dollars. Aujourd'hui sa dernière évaluation est à 1500 milliards de dollars. Ces montants sont à rapprocher des 300 milliards de dollars estimés pour les créances douteuses liés aux subprimes.

  1. Diagnostic sur la crise des subprimes

    1. irresponsabilité des marchés

La division du travail autour des opérations de crédit a conduit à multiplier les opérateurs en diluant les responsabilités et en éloignant la perception du risque sans le réduire.

D'une manière générale, on peut parler d'irresponsabilité des marchés qui par nature ne sont pas tenus de concevoir la dimension systémique des opérations qu'ils effectuent. Pourquoi la crise des subprimes a-t-elle concerné intimement certains pays (USA, Royaume-uni, Espagne) et pas d'autres ? Pour des raisons réglementaires. Un certain nombre de signes montrent que la France avançait lentement vers un système de crédit à l'Anglo-saxonne, l'allongement des durées de prêts, les velléités pour faciliter des prêts hypothécaires a d'autres fins que pour l'immobilier.

    1. une politique inflationniste masquée

Depuis de nombreuses années, l'économie américaine est engagée dans un processus inflationniste que ne reflète pas l'indice des prix à la consommation. L'accroissement de la masse monétaire, notamment l'agrégat M3 a été très rapide et a nourri la croissance spéculative des valeurs mobilières et immobilières. La politique de taux d'intérêt bas, menée par la FED, visant à réduire les périodes de récession ou à déporter les impacts des crises financières précédentes semblent se heurter aux limites de l'exercice et aux fragilités de l'économie réelle.

L'idéologie libérale a nourrit une politique visant à comprimer les revenus salariaux au profit des revenus du capital. Dans ce contexte, l'endettement des particuliers a servi de lien pour maintenir artificiellement la demande tout en garantissant un haut niveau de rendement du capital. Mais il s'agit aussi d'une inflation dissimulée et d'un processus d'usure.

    1. Titrisation: un vecteur de diffusion du risque et d'opacité

La technique de titrisation n'est pas récente et n'a pas été inventée pour les subprimes. Mais elle s'est perfectionnée et s'est répandue grâce au développement des outils informatiques. Elle a trouvé dans le contexte survolté de l'économie casino et de déréglementation un terreau favorable. Elle visait plusieurs objectifs apparents :

  • améliorer les bilans et réduire la part des fonds propres des organismes financiers

  • évaluer finement et réduire le risque en le découpant puis en le transférant aux "marchés"

  • capter des sources de financement issues notamment d'opérations a court terme pour alimenter des prêts hypothécaires à long terme

Aujourd'hui l'expérience révèle les lacunes du procédé :

  • La titrisation disjoint très fortement débiteur et créancier, dette et créance, elle favorise l'irresponsabilité, d'autant qu'elle contraint le créancier à se fier aveuglement à la notation attribuée au titre

  • Si le risque immédiat est réduit en apparence, il resurgit comme risque systémique avec une diffusion extrême et une totale opacité : il devient très difficile de tracer le risque

  • couvrir un risque a long terme par des fonds a court terme accroît considérablement les risques de volatilité en situation de crise de confiance

    1. L'évaluation et le contrôle du risque: un mal endémique

La défaillance de l'évaluation et du contrôle du risque ne concerne pas seulement les opérations de crédit. La faillite Enron a entraîné dans son sillage la société chargée de son contrôle de gestion qui a participé à la falsification des comptes. Le débat sur les OGM a mis en évidence l'anomalie méthodologique qui consiste a faire établir l'innocuité d'un produit par son promoteur. Dans le débat sur les portables et les antennes relais, on a pu constater que nombres d'experts supposés indépendants étaient également financés, clients ou salariés des sociétés de téléphonie mobile. L'explosion de l'activité économique et la dérégulation (le dénigrement de la puissance publique) a conduit a multiplier les conflits d'intérêts concernant les organismes ou personnes chargées du contrôle ou de l'évaluation des risques

La question de la sous évaluation du risque a joué un rôle primordial dans le cas des subprimes dans son déclenchement et dans son extension. Le "tranching" (découpage d'un crédit en tranches de risques croissant est au cœur du mécanisme de titrisation, c'est lui qui permet de transformer le plomb en or, un crédit pourri à 100% en tranches de crédits dont l'une, majoritaire, est supposée sure a 100%.

Dans cette opération, le risque systémique a été exclu à tort.

    1. L'illusion statistique

On l'a dit plus haut, les subprimes reposaient sur une observation empirique : La hausse régulière du prix de l'immobilier, justifiée par l'absence de baisse à l'échelle nationale depuis 1945. mais une observation statistique ne fait pas une loi scientifique. Nous retrouvons la problématique qui oppose la vision croissantiste, dominante chez les économistes qui nous invite à surfer sur des courbes de croissance réputées infinies, à la vision défendue par les milieux écologistes.

Les États-Unis ont perdu de vue l'un des fondements du métier bancaire : minimiser le risque d'incident de paiement, prêter en fonction des capacités d'endettement.

Il convient de dire que le risque systémique s'il a été identifié assez vite, jusqu'à récemment était jugé peu probable. En mai 2007 (donc a la veille du premier choc des subprimes) on l'évoque dans la presse économique avec beaucoup de prudence.

    1. Le bonheur est dans les dettes

Les 2 mandats républicains ont été l'occasion d'une fuite en avant dans la dette. Aujourd’hui, la dette américaine à la fois privée et publique dépasse 12 250 milliards de dollars. Globalement les économies "occidentales" ont multiplié les déséquilibres structurels et ont considéré leur dépendance économie comme un élément normal de train de vie. Endettement et financiarisation vont de pair, ils étayent le système de financement des retraites dans plusieurs pays. On a encore peu évoqué si la crise actuelle allait avoir un impact sur les revenus des retraités.

La gestion de crise avait permis jusqu'ici de diluer sur un an l'effet et d'éviter ainsi la violence du crack de 1929, sans toutefois écarter cette probabilité.

Cette crise arrive dans un contexte beaucoup plus difficile que les précédentes crises financières de ces 30 dernières années, notamment parce que les États-Unis sont beaucoup plus endettés tant les particuliers que l'état.

La présidence Bush aura été une folle aventure qui s'achève dans la déroute financière et militaire.

  1. Une sortie de crise "libérale" est-elle possible ?

Il est possible qu'il existe une sortie de crise "libérale" (sans régulation supplémentaire du système) dans la foulée des dispositions prise par les autorités américaines (Fed et trésor fédéral) et maintenant des pays européens.

Néanmoins les mesures actuelles restent fragiles et on imagine comment le système réagirait si demain, dans quelques semaines ou quelques mois, la crise était amplifiée par la faillite déclarée de GM ou Ford. L'impact ne serait pas tellement financier (les constructeurs américains ont déjà largement pris la tasse) que psychologique et au niveau de "l'économie réelle", il aurait un effet d'entraînement sur l'ensemble de l'économie américaine et sur la consommation des ménages. Écologiquement, il n'y a rien à regretter à cela mais du point de vue de la dynamique de la crise, nous irions vers le pire des cas

Sortir les titres à risque des bilans des banques pourrait remettre en ordre le marché interbancaire. L'opération risque cependant de prendre du temps. Par ailleurs les titres ainsi sortis pourront être découpés et revendus avec un risque mieux évalué. Dans ce scénario optimiste le coût réel supporté par le trésor américain serait très inférieur aux chiffres évoqués aujourd'hui mais néanmoins très importants. Le modèle américain est durablement compromis. Dans un scénario plus pessimiste l'en-cours invendable pourrait s'avérer plus important que les 700 milliards alloués ou/et l'urgence de la situation non compatible avec le cycle de mise en œuvre de ces mesures.

Dans tout les cas si la solution financière ne peut être occultée, elle restera hypothéquée par l'aptitude à identifier et à traiter en profondeur les fondamentaux économiques : production de valeurs utiles, niveau des revenus, équilibres financiers.

L'autre inconnue à moyen terme qui résultera de "l'été indien" des bourses financières est l'impact de ces perfusions de liquidités sur le système global. S'il devait résulter d'ici quelques semaines ou quelques mois une perte de confiance dans le dollar ou dans la capacité de l'état américain à purger le système, le plan adopté pourrait devenir lettre morte, faute de financement des emprunts qu'il nécessite.

  1. Pourquoi faut-il réguler ?

La nouvelle régulation que nous souhaitons, doit bien sur répondre aux préoccupations immédiates nées de la crise des subprimes mais plus globalement doit permettre d'assainir en profondeur le fonctionnement des marchés financiers pour en réduire les débordements spéculatifs puis poser les bases d'une réorientation des investissements vers une économie "verte". Elle doit s'appuyer sur le contrôle par la puissance publique ou ses émanations. sa globalisation au travers d'instances européennes ou mondiale est plus que souhaitable.

    1. Quelles nouvelles règles?

  • Éviter la titrisation multi-niveau.

  • Rendre les agences de notation indépendantes des acteurs financiers, Mieux évaluer la qualité des opérations de crédits. " Dans le cas de la structuration des crédits immobiliers, il n’était pas possible de fabriquer une titrisation rentable sans donner une très faible probabilité à la baisse des prix immobiliers" (M. Aglietta)

  • Créer une agence européenne de notation et de régulation des marchés, alimenté par une taxe/assurance variable sur les transactions financières (il s'agirait de profiter des circonstances pour réintroduire la taxe Tobin par la porte de service). si la banque centrale est apte a remplir ces fonctions, son fonctionnement autarcique et les rigidités politiques européennes et nous incitent à penser qu'une institutions indépendante serait préférable.

  • Légiférer sur la gestion des risques (quel qu'en soit la nature), leur garantie, leur évaluation.

  • Accroître la traçabilité des risques restreindre leur sortie des bilans

  • Restreindre voir supprimer les possibilités de ventes a découvert, ces instruments sont devenus de moyens spéculatifs creusant à la hausse ou à la baisse les tendances boursières avec un engagement de fond minime voire nul.

  • Instaurer des indicateurs détectant les mécanismes spéculatifs et mettre en place des mécanismes régulateurs, on notera parmi ces indicateurs le niveau d'inflation portant sur les valeurs mobilières et immobilières, le suivi du ratio d'endettement (privé et public confondus) par rapport au PIB ou à la formation brute de capital fixe en s'efforçant de distinguer la part de l'endettement répondant à des critères de soutenabilité

  • Réduire le volume des transactions financières pour restreindre la spéculation (taxation a taux variable)

  • Lutter contre les paradis fiscaux

  • Valoriser l'économie réelle en limitant la "tonte des coupons"

    1. Faut-il sauver les banques ?

S'il y a une évidence à restaurer la stabilité du système financier, et un autre à agir au niveau le plus élevé, européen et si possible planétaire, il y a une troisième à éviter que l'argent public soit dépensé sans contrôle, une fois encore, au profit d'intérêts privés.

L'intervention publique doit impliquer de réelles contreparties et la première est la visibilité accrue sur le niveau des pertes et des risques.

Nous pouvons craindre que la manne constituée soit l'objet de détournements, de spéculations. L'état ne doit pas déléguer aux banquiers la répartition des fonds de sauvegarde. Il est vain de chercher à satisfaire les bourses qui sont aujourd'hui des enfants gâtés sans conscience ni raison.

Une action qui ne serait pas accompagné rapidement d'un plan à l'attention des entreprises non financières et des personnes en difficulté ne pourra restaurer la confiance et l'adhésion profondes des acteurs économiques, elle sera condamnée à être un instrument de plus dans le jeu spéculatif.

    1. Responsabiliser les responsables ?

On s'achemine vers une "moralisation" des parachutes dorés. En d'autre terme, dans l'avion de la fortune on enlèverait les parachutes a ceux qui sautent en plein vol. Les salariés de Sandouville n'ayant commis aucune faute, auront ils un "parachute" ?

Nous ne voyons aucune moralité à maintenir un système visant à accorder à une caste de salariés supérieurs de quelconques privilèges.

Pour les responsables, Il faut revenir à un système de rétribution fondé sur le droit commun qui peut comporter une part d'intéressement mais certainement pas des clauses qui relèvent de l'abus de biens sociaux, en pleine collusion avec les conseils d'administration. Pourquoi d'ailleurs ceux-ci seraient-ils exclu de toute sanction pénale alors que nombre de décisions conduisant à la mise a sac d'entreprise au détriment des salariés sont prises à leur requête ou du moins avec leur aval ?

Est-il normal qu'une entreprise effectuant des licenciements distribuent des stocks options en parallèle à ses cadres dirigeants ? Ne pourrait-on pas également étudier un encadrement des dividendes versés dans un tel cas, instaurant ainsi une solidarité entre la situation des salariés et celle des actionnaires ?

Plus encore, l'ensemble des règles de droit concernant la finance, la responsabilité personnelle des dirigeants devrait être revisitée à la lumière des événements récents

  1. La fin de la prédominance états-unienne ?

Sans que cela soit certain, la crise financière pourrait signifier la fin de la prédominance états-unienne. Le modèle impérial était bâti sur une économie forte à haute technologie, une monnaie à vocation internationale, une puissance militaire inégalée.

La quasi-faillite de l'industrie automobile américaine éclipsée par la crise des subprimes témoigne de l'affaiblissement général de l'économie US et des besoins de financements nouveaux qui se profilent. La migration de la production informatique dans le sud-est asiatique témoigne de son affaissement dans le secteur de haute technologie.

La sortie de crise va contraindre l'état fédéral à accroître considérablement son endettement, particulièrement auprès des fonds souverains pétrolier et auprès de la chine qui démontrera sa capacité à contester le leadership américain sur la scène mondiale.

Ainsi le site Mediapart indique " Sur les 1800 milliards de dollars de réserves de changes détenues par la Chine, quelque 70% sont libellées en dollar. Il s'agit de bons du Trésor américain mais aussi de dettes émises par des entités comme Fannie Mae et Freddie Mac, nationalisées le 8 septembre par le gouvernement américain. Avec 376 milliards de dollars, la Chine précédait le Japon (225 milliards) et la Russie (75 milliards) sur la liste des créanciers étrangers détenant ensemble plus de mille milliards de dollars d'obligations émises par les deux agences de refinancement hypothécaires"

"(…)Sur les 5300 milliards de dollars de dettes transférées du bilan de Fannie et Freddie à celui d'«America Inc.», plus de 1300 milliards sont dans des mains étrangères."

(http://www.mediapart.fr/journal/international/190908/crise-financiere-americaine-la-chine-paiera).

  1. Au-delà de la crise financière : la crise systémique

    1. Informatique et finances

La financiarisation de l'économie a été dopée par l'informatisation, permettant à la fois une réduction importante du coût des transactions financières, du délai de passation, une augmentation considérable du volume des opérations mais aussi la complexification des produits financiers.

On a un peu perdu de vue que le premier crack boursier moderne, celui de 1987 a été fortement amplifier par les outils informatiques au point que les autorités des marchés ont été obligées d'imposer leur déconnexion.

En effet, les outils informatiques systématisent les comportements à la hausse et à la baisse, la rapidité des transactions favorise également l'accélération des variations instantanées et leur propagation géographique.

La technique informatique a joué un rôle clé dans la globalisation financière, notamment en réduisant la capacité de contrôle des états sur les flux financiers.

En parallèle, la dérégulation des marchés et l'illusion selon laquelle les marchés étaient capables d'autorégulation n'ont pas permis la mise en place d'outils de contrôle et d'alerte électronique permettant de refroidir la machine financière (cela n'est pas pour autant suffisant pour fonder une politique prudentielle du crédit)

    1. La régulation et la globalisation au cœur du débat

La crise des subprimes a permis de réactualiser l'utilité de la régulation économique, c'est à dire l'intervention d'autorités publiques imposant aux acteurs économiques un encadrement réglementaire de leurs décisions économiques, particulièrement dans le domaine des transactions financières.

Titrisation, produits dérivés paradis fiscaux, la sphère financière s'est émancipé du contrôle démocratique des nations et même de "l'économie réelle".

    1. Financiarisation : une croissance artificielle, non durable

La financiarisation de l'économie a permis de maintenir l'illusion d'une économie en bonne santé. Il s'agissait en fait d'une société vivant à crédit, qui accumulait les déficits et dont les bases industrielles s'effritaient. Aujourd’hui, le total des actifs financiers représente 3 à 4 fois le PIB mondial, générant « une immense bulle spéculative au cœur même du système industriel ». Seul 2% des transactions financières concernent des flux réels (cession effectives de biens et services). Un particulier détenteur de compte bancaire qui agirait ainsi serait suspecté par sa banque de faire de la "cavalerie".

Cette croissance ne pouvait pas durer sans se heurter à une rationalisation par la crise. Ce phénomène concerne à des degrés divers, la plupart des vieilles sociétés industrielles.

On peut se demander si la crise actuelle ne coïncide pas avec la fin de phase d'un Kondratieff qui a été artificiellement retardé par l'accroissement de l'endettement.

    1. Globalisation, énergie, ressources, changement climatique

Il convient d'autant de réfléchir à une nouvelle régulation économique que la vision croissantiste de l'économie se heurte aux contraintes écologiques et techniques. La fin du cycle économique coïncide avec la crise écologique et ce n'est pas nécessairement une coïncidence. Aujourd'hui, on voit bien que toute l'énergie des politiques et les moyens de l'état sont polarisés par la situation des banques. Nous pouvons craindre qu'a l'issue de ces folles semaines, les solutions aux enjeux a 10, 15 ou 20 ans soient repoussés en des temps meilleurs bien qu'elles soient la base de la stabilité et de la viabilité du monde de demain. Nos sociétés sont menacées par trois illusions :

  • une solution exclusivement financière

  • une sortie de crise par la croissance à n'importe qu'elle prix

  • refuser une fois encore de traiter la crise écologique au nom d'une urgence plus immédiate

  1. réorienter l'économie globale

Ce serait une erreur de croire que les crises seraient nécessairement des signes de mauvaise santé d'un système, signalant sa fin prochaine.

Cependant la convergence de la crise financière la plus grave depuis la crise de 1929, d'une crise des ressources énergétiques et d'une crise écologique globale, valide l'hypothèse d'une réorientation nécessaire de l'économie globale.

La multiplication et la diversification des risques rendent de plus en plus inopérante la recherche de solutions séparées, au niveau de chaque état.

La crise économique réduit la pression sur les cours de l'énergie. Cela ne signifie pas que la crise de l'énergie soit finie, au contraire, tout reprise de la croissante mondiale s'épuiserait à nouveau, face à la faiblesse de l'offre énergétique inversement, la réduction des prix de l'énergie découragerait la mise en œuvre de solution alternatives.

La croissance interne des pays émergents pourrait-elle prendre le relais d'une Amérique engluée dans ses dettes ? Nous nous heurterions aux limitations précédentes.

Par ailleurs, l'immédiateté de la récession risque de nous faire oublier les urgences écologiques : pénuries alimentaires, lutte contre l'effet de serre, réduction de la biodiversité.

A la convergence des crises devrait répondre la convergence des politiques publiques pour sortir du modèle croissantiste.

Cependant nous devons revenir à une forme de pragmatisme après ces années d'idéologie monétariste et de non-sens. Dans une économie globalisée, nous ne pourrons répondre à la criticité des défis que par une politique "néo-keynésienne" d'impact planétaire.

Par "néo-keynesien", il faut comprendre à la fois une politique de réajustement des revenus rongés par l'endettement, l'inflation et la pression sur les salaires et une politique d'investissements publics orientée, pertinente, propre à revivifier l'"économie réelle". A cela il convient d'ajouter une contrainte nouvelle d'"efficacité écologique".

Le système actuel est en crise pour avoir cru que spontanément les marchés pouvaient orienter les capitaux vers les meilleurs investissements et qu'une intervention purement monétaire permettait de réguler l'activité. Il n'en a rien été : spontanément le marché recherche les situations de rentes et la politique monétariste à stimuler la spéculation au détriment de la création de valeur.

Les désordres actuels ne sont qu'une préfiguration de ce qui pourrait advenir. Le retour à une régulation financière est une bonne chose mais n'a de sens que si elle s'insère dans une politique globale d'efficience des investissements sans laquelle d'autres bulles se formeront.

La masse des besoins à couvrir en terme de développement humain est énorme et les échéances sont désormais très courtes. Le cadre national paraît le moins approprié pour y parvenir.

Nous devons mettre en œuvre conjointement une politique de réduction drastique de nos consommations d'énergies et une politique vigoureuse d'investissement dans les énergies renouvelables

Pour réduire le risque de crise alimentaire, une action à long terme doit être engagée en faveur des cultures vivrières, de la préservation de la qualité des sols, de la lutte contre la désertification, de la restauration des ressources halieutiques, de la gestion économe et solidaire de l'eau potable, d'une relocalisation des productions alimentaires de base, gage de sécurité.

Pour préserver la biodiversité, indispensable à la vie, une politique concertée de restauration des écosystèmes est nécessaire

Pour limiter la réduction mécanique de l'empreinte écologique supportable, une action éducative renforcée pour le contrôle des naissances doit être menée.

Ces actions exigent des moyens importants mais également réhabilite le rôle des politiques publiques. L'essentiel de l'épargne privée ou publique doit être drainer vers ces fins utiles. Il n'est pas souhaitable de mener correctement ces combats cruciaux dans un environnement financier instable. Le désordre libéral, la préférence spontanée pour les profits faciles, la mise en compétition anarchique de tous contre tous, sont incompatibles avec la criticité des enjeux.

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