Grégoire Montelione
Musicien Sans Frontières
Abonné·e de Mediapart

5 Billets

0 Édition

Billet de blog 6 sept. 2015

Eleonas, seul camp de réfugiés d'Athènes

Les efforts du gouvernement grec seront-ils suffisants ? Un nouveau camp d'accueil de réfugiés a ouvert à Athènes. Mais sur place, les craintes d'être à nouveau submergés demeurent.

Grégoire Montelione
Musicien Sans Frontières
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les efforts du gouvernement grec seront-ils suffisants ? Un nouveau camp d'accueil de réfugiés a ouvert à Athènes. Mais sur place, les craintes d'être à nouveau submergés demeurent.

© 

« Je vous ai déjà dit, il faut venir montrer vos papiers avant de sortir du camp. Pourquoi vous n'êtes pas venus me voir ? Allez, filez. » La scène se passe en mauvais anglais, le soir, alors que Ali et Badger, deux jeunes afghans, rentrent du centre-ville où ils étaient allés faire quelques courses. Contrairement à la plupart des réfugiés, qui quittent la Grèce le plus vite possible, Ali est à Athènes depuis deux semaines avec sa famille, qui se compose d'une dizaine de personnes, dont beaucoup d'enfants en bas âge.

Le jeune homme veut rejoindre la Suède pour y poursuivre ses études dans une école de commerce. Il se souvient : « Nous étions dans un parc quand la police est arrivée. Ils nous ont fait monter dans des autobus qui nous ont emmenés dans ce camp. » Il fait partie des 500 afghans qui s'étaient installés dans le parc de Pedion to Aeros (où se sont abritées jusqu'à 2 000 personnes). C'est pour eux en particulier qu'un nouveau camp d'accueil a été ouvert en urgence.

La nuit est déjà tombée. Anthi Karangeli, la responsable du camp d'Eléonas, n'a pas le temps de répondre à nos questions. Elle a encore du travail. De nouveaux réfugiés viennent justement d'arriver à la porte, où stationnent deux voitures de police. L'afflux est continuel. Elle nous suggère de revenir le lendemain matin. En quittant le camp, nous croisons plusieurs petits groupes de migrants. Le camp d'Eléonas commence à rencontrer un certain succès.

Vitrine

Le lendemain, nous sommes fidèles au rendez-vous. A notre arrivée, six jeunes afghans sont déjà accroupis dans la cour du camp Eléonas. Ils viennent de passer la nuit dans une station de métro. Ils sont tous plus ou moins cousins et ont fait le voyage ensemble, depuis la province de Bamiyan. Munis des papiers qui leur ont été fournis par la police, ils peuvent prétendre à une place dans l'un des 90 préfabriqués qui s'alignent sur la terre battue de cet ancien terrain désafecté de la banlieue d'Athènes. Chaque préfabriqué peut accueillir jusqu'à huit personnes et ferme à clé.

Les préfabriqués peuvent accueillir jusqu'à huit personnes © G.C.

La responsable du camp est là. Les longues manches de son chemisier cachent des tatouages. Comme d'habitude, elle a « presque » passé la nuit ici, mais on lit bien plus de passion que de fatigue sur son visage. Et pour cause, elle ne cache pas sa fierté concernant Eléonas. Le camp fait figure de vitrine pour le gouvernement, dépassé par la situation. « Ce camp est le résultat de la coopération entre trois ministères différents, plus la municipalité d'Athènes. C'est du jamais vu. De plus, nous avons travaillé avec le budget le plus petit que l'on puisse imaginer. Notre gouvernement a les politiques publiques et la volonté de faire, mais il n'a pas l'argent pour les mettre en place. »,déplore-t-elle. « Vous n'imaginez pas ce qu'on a pu réaliser, avec aussi peu de moyens » .

Plusieurs organisations sont actives sur le camp. La Croix Rouge a mis en place un service de consultation médicale disponible à tout moment. Une autre ONG locale s'occupe de mettre à disposition des interprètes et de fournir un soutien juridique aux réfugiés. La Communauté afghane d'Athènes y est également très active, et plusieurs de ses membres y sont présents chaque jour. Car le camp est dans son immense majorité occupé par des Afghans. Les travailleurs sociaux peuvent également compter sur de nombreux volontaires grecs. Ils viennent aider pour toutes les activités quotidiennes, de l'animation auprès des enfants à la distribution de nourriture. Une solidarité plus que bienvenue face au manque de moyens de l'Etat.

Les volontaires de la Croix Rouge distribuent le petit déjeuner. Les femmes et les enfants d'abord. © G.C.

Il est 9h, et le soleil innonde déjà les rues du camp. Il n'y a pas d'arbres, l'ombre se fait rare, et la chaleur devient rapidement accablante. Les préfabriqués sont certes équipés de climatiseurs, mais comme le soulignent certains réfugiés, ils ne ne fonctionnent pas toujours.

Sous un vaste barnum au fond du camp, des enfants jouent au milieu des jouets éparpillés. A quelque vingt mètres de là, sous un autre chapiteau, se tient la distribution du petit-déjeuner. Les réfugiés font la queue, d'abord les femmes, suivies des hommes. Les rations – un morceau de pain, un fruit, du miel, un biscuit et une brique de jus d'orange – sont ditribuées dans le calme. Les femmes prennent aussi la part des enfants. Les réfugiés n'ont pas le droit de cuisiner dans les préfabriqués. La politique du camp est de subvenir à tous leurs besoins sur place.

Craintes

Le camp possède une capacité d'accueil de 700 personnes. Dérisoire, comparé aux miliers de réfugiés qui débarquent chaque jour dans les îles de la mer Egée. Les travailleurs sociaux sont conscients de la situation. « Je sais qu'un jour proche, nous devrons refuser les réfugiés qui se présenteront. Pour l'instant, nous donnons la priorité aux familles avec des enfants. Mais il faudrait d'autres camps, c'est évident », reconnaît Anthi Karangeli.

Des réfugiés afghans se dirigent vers le camp © G.C.

Selon un avis très largement partagé en Grèce, elle explique que l'Union européenne fuit ses responsabilités dans cette crise. « Je crois fermement qu'il faut penser à un niveau européen. Il ne s'agit pas seulement des frontières de la Grèce. Il s'agit des frontières de l'Union européenne. Ce n'est pas un problème national, mais international. »

Dans les faits, les réfugiés ne restent pas longtemps en Grèce. Un ou deux jours pour les Syriens, à peine plus pour les Afghans et les autres. Le camp d'Eléonas leur permet de reprendre des forces avant de se lancer dans la périlleuse route des Balkans. Et la Grèce ne reçoit presque aucune demande d'asile. Selon la seconde convention de Dublin, un réfugié ne peut pas quitter le pays dans lequel il a formulé sa demande avant un délai de cinq ans. Les demandes d'asile mettent des années à être examinées et dans l'intervale, les réfugiés ne peuvent pas légalement travailler pour subvenir à leurs besoins. « Ils n'ont aucune envie de rester en Grèce, où il n'y a pas d'argent et pas de travail. Ils veulent tous aller en Allemagne ou dans les pays du nord comme le Danemark et la Suède. Certains d'entre eux ont de la famille là-bas. En fait, les réfugiés sont assez pressés de quitter la Grèce », explique un membre de l'ONG grecque d'aide aux migrants Metadrasi, présent sur place.

Le papier de non-expulsion que reçoivent les « migrants » à leur arrivée (car en réalité seul les Syriens ont droit au statut de « réfugié ») stipule qu'ils ont jusqu'à trois mois (six mois pour les Syriens) pour quitter le pays. Cette situation confine à l'absurde alors que dans le même temps, il leur est théoriquement défendu de s'approcher des frontières et que le papier en question ne leur permet pas de prendre l'avion. L'apparition de nombreux trafics parallèles pour faire passer les migrants, qui payent le prix fort (parfois physiquement), n'a dans ce contexte rien d'étonnant.

Chiffres

Au début de l'été, la capacité d'accueil de la Grèce était de 1100 personnes dans des camps de réfugiés. Objectif, porter cette capacité d'accueil à 2500 d'ici la fin de l'année. A Athènes, le camp d'Eléonas accueillera jusqu'à 700 personnes. Il a ouvert le 17 août.

Depuis le début de la crise migratoire, 2,7 milions d'euros ont été alloués à la Grèce pour y faire face. Une somme que l'on juge dérisoire sur place. Ce jeudi, le gouvernement d'intérim grec a annoncé qu'il allait faire une demande de 730 millions d'euros à l'Union européenne. Une somme qui devrait couvrir l'ensemble des frais liés aux migrants pour l'année 2015.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
Le naufrage d’un ministre désinvolte
Le voyage de Jean-Michel Blanquer aux Baléares, à la veille d’une rentrée scolaire à haut risque, résume deux années de gestion de la pandémie de Covid-19 : par désintérêt manifeste, il n’a jamais répondu aux craintes et à l’épuisement des enseignants comme des familles. 
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Anne Hidalgo face à Mediapart
Ce soir, une invitée face à la rédaction de Mediapart : la maire de Paris et candidate socialiste à l’élection présidentielle.  
par à l’air libre
Journal — Industrie
Industrie française : l’attractivité de la rente
Accusé d’être le fossoyeur de l’industrie, Emmanuel Macron entend contre-attaquer : grâce à sa politique, la France aurait retrouvé son attrait pour les investisseurs étrangers. Mais il confond compétitivité-prix et attractivité, qui repose sur des écosystèmes détruits systématiquement par le gouvernement au profit d’un capitalisme de rente.
par Martine Orange
Journal
La Serbie fait front derrière son héros Novak Djoković
Les aventures australiennes de l’actuel numéro un du tennis mondial, et son expulsion, ont mobilisé la Serbie, qui a défendu bec et ongles son champion. Sûrement parce qu’il incarne depuis plus d’une décennie les espoirs de tout le pays, mais aussi ses profondes contradictions. 
par Jean-Arnault Dérens, Laurent Geslin et Simon Rico

La sélection du Club

Billet de blog
La gauche et l’éducation : l’impensé des savoirs scolaires
D’un débat entre représentants des candidats de gauche et de l’écologie sur l’éducation ressort l’impensé partagé des savoirs scolaires.
par Jean-Pierre Veran
Billet de blog
Université et Recherche, fondements d'une VIème République, démocratique et sociale
Emmanuel Macron a prononcé un discours au congrès de la conférence des présidences d’Universités ce jeudi 13 janvier, dans lequel il propose une réforme systémique de l’université. Des chercheurs et enseignants-chercheurs membres du parlement de l’Union Populaire, des députés, ainsi que des membres de la communauté universitaire lui répondent.
par Membres du parlement de l’Union Populaire
Billet de blog
La farandole ultra-droitière d'un ministère de « l'Instruction publique »
Eric Zemmour vient de présenter comme un point important de son programme éducatif la « création d'un grand ministère de l'Instruction publique ». Cela avait déjà été préconisé dès 2013 dans le projet d'« une droite forte » rédigé par deux secrétaires nationaux de l'UMP : Guillaume Peltier et Didier Geoffroy. Et Jean-Michel Blanquer l'aurait aussi suggéré à Emmanuel Macron lors de sa nomination.
par claude lelièvre
Billet de blog
De la grève, de l'unité syndicale et de sa pertinence
Attention : ce billet n'est pas anti-syndicaliste. Il sera peut-être qualifié comme tel par des gens qui ne savent pas lire. Je laisse volontiers ceux-là dans leur monde noir et blanc. Je suis syndiqué et j'invite tout le monde à l'être. Sans syndicats nous mourrons. On n'aimerait juste pas mourir avec. 
par Jadran Svrdlin