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Billet de blog 6 sept. 2015

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Eleonas, seul camp de réfugiés d'Athènes

Les efforts du gouvernement grec seront-ils suffisants ? Un nouveau camp d'accueil de réfugiés a ouvert à Athènes. Mais sur place, les craintes d'être à nouveau submergés demeurent.

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Les efforts du gouvernement grec seront-ils suffisants ? Un nouveau camp d'accueil de réfugiés a ouvert à Athènes. Mais sur place, les craintes d'être à nouveau submergés demeurent.

« Je vous ai déjà dit, il faut venir montrer vos papiers avant de sortir du camp. Pourquoi vous n'êtes pas venus me voir ? Allez, filez. » La scène se passe en mauvais anglais, le soir, alors que Ali et Badger, deux jeunes afghans, rentrent du centre-ville où ils étaient allés faire quelques courses. Contrairement à la plupart des réfugiés, qui quittent la Grèce le plus vite possible, Ali est à Athènes depuis deux semaines avec sa famille, qui se compose d'une dizaine de personnes, dont beaucoup d'enfants en bas âge.

Le jeune homme veut rejoindre la Suède pour y poursuivre ses études dans une école de commerce. Il se souvient : « Nous étions dans un parc quand la police est arrivée. Ils nous ont fait monter dans des autobus qui nous ont emmenés dans ce camp. » Il fait partie des 500 afghans qui s'étaient installés dans le parc de Pedion to Aeros (où se sont abritées jusqu'à 2 000 personnes). C'est pour eux en particulier qu'un nouveau camp d'accueil a été ouvert en urgence.

La nuit est déjà tombée. Anthi Karangeli, la responsable du camp d'Eléonas, n'a pas le temps de répondre à nos questions. Elle a encore du travail. De nouveaux réfugiés viennent justement d'arriver à la porte, où stationnent deux voitures de police. L'afflux est continuel. Elle nous suggère de revenir le lendemain matin. En quittant le camp, nous croisons plusieurs petits groupes de migrants. Le camp d'Eléonas commence à rencontrer un certain succès.

Vitrine

Le lendemain, nous sommes fidèles au rendez-vous. A notre arrivée, six jeunes afghans sont déjà accroupis dans la cour du camp Eléonas. Ils viennent de passer la nuit dans une station de métro. Ils sont tous plus ou moins cousins et ont fait le voyage ensemble, depuis la province de Bamiyan. Munis des papiers qui leur ont été fournis par la police, ils peuvent prétendre à une place dans l'un des 90 préfabriqués qui s'alignent sur la terre battue de cet ancien terrain désafecté de la banlieue d'Athènes. Chaque préfabriqué peut accueillir jusqu'à huit personnes et ferme à clé.

La responsable du camp est là. Les longues manches de son chemisier cachent des tatouages. Comme d'habitude, elle a « presque » passé la nuit ici, mais on lit bien plus de passion que de fatigue sur son visage. Et pour cause, elle ne cache pas sa fierté concernant Eléonas. Le camp fait figure de vitrine pour le gouvernement, dépassé par la situation. « Ce camp est le résultat de la coopération entre trois ministères différents, plus la municipalité d'Athènes. C'est du jamais vu. De plus, nous avons travaillé avec le budget le plus petit que l'on puisse imaginer. Notre gouvernement a les politiques publiques et la volonté de faire, mais il n'a pas l'argent pour les mettre en place. »,déplore-t-elle. « Vous n'imaginez pas ce qu'on a pu réaliser, avec aussi peu de moyens » .

Plusieurs organisations sont actives sur le camp. La Croix Rouge a mis en place un service de consultation médicale disponible à tout moment. Une autre ONG locale s'occupe de mettre à disposition des interprètes et de fournir un soutien juridique aux réfugiés. La Communauté afghane d'Athènes y est également très active, et plusieurs de ses membres y sont présents chaque jour. Car le camp est dans son immense majorité occupé par des Afghans. Les travailleurs sociaux peuvent également compter sur de nombreux volontaires grecs. Ils viennent aider pour toutes les activités quotidiennes, de l'animation auprès des enfants à la distribution de nourriture. Une solidarité plus que bienvenue face au manque de moyens de l'Etat.

Il est 9h, et le soleil innonde déjà les rues du camp. Il n'y a pas d'arbres, l'ombre se fait rare, et la chaleur devient rapidement accablante. Les préfabriqués sont certes équipés de climatiseurs, mais comme le soulignent certains réfugiés, ils ne ne fonctionnent pas toujours.

Sous un vaste barnum au fond du camp, des enfants jouent au milieu des jouets éparpillés. A quelque vingt mètres de là, sous un autre chapiteau, se tient la distribution du petit-déjeuner. Les réfugiés font la queue, d'abord les femmes, suivies des hommes. Les rations – un morceau de pain, un fruit, du miel, un biscuit et une brique de jus d'orange – sont ditribuées dans le calme. Les femmes prennent aussi la part des enfants. Les réfugiés n'ont pas le droit de cuisiner dans les préfabriqués. La politique du camp est de subvenir à tous leurs besoins sur place.

Craintes

Le camp possède une capacité d'accueil de 700 personnes. Dérisoire, comparé aux miliers de réfugiés qui débarquent chaque jour dans les îles de la mer Egée. Les travailleurs sociaux sont conscients de la situation. « Je sais qu'un jour proche, nous devrons refuser les réfugiés qui se présenteront. Pour l'instant, nous donnons la priorité aux familles avec des enfants. Mais il faudrait d'autres camps, c'est évident », reconnaît Anthi Karangeli.

Selon un avis très largement partagé en Grèce, elle explique que l'Union européenne fuit ses responsabilités dans cette crise. « Je crois fermement qu'il faut penser à un niveau européen. Il ne s'agit pas seulement des frontières de la Grèce. Il s'agit des frontières de l'Union européenne. Ce n'est pas un problème national, mais international. »

Dans les faits, les réfugiés ne restent pas longtemps en Grèce. Un ou deux jours pour les Syriens, à peine plus pour les Afghans et les autres. Le camp d'Eléonas leur permet de reprendre des forces avant de se lancer dans la périlleuse route des Balkans. Et la Grèce ne reçoit presque aucune demande d'asile. Selon la seconde convention de Dublin, un réfugié ne peut pas quitter le pays dans lequel il a formulé sa demande avant un délai de cinq ans. Les demandes d'asile mettent des années à être examinées et dans l'intervale, les réfugiés ne peuvent pas légalement travailler pour subvenir à leurs besoins. « Ils n'ont aucune envie de rester en Grèce, où il n'y a pas d'argent et pas de travail. Ils veulent tous aller en Allemagne ou dans les pays du nord comme le Danemark et la Suède. Certains d'entre eux ont de la famille là-bas. En fait, les réfugiés sont assez pressés de quitter la Grèce », explique un membre de l'ONG grecque d'aide aux migrants Metadrasi, présent sur place.

Le papier de non-expulsion que reçoivent les « migrants » à leur arrivée (car en réalité seul les Syriens ont droit au statut de « réfugié ») stipule qu'ils ont jusqu'à trois mois (six mois pour les Syriens) pour quitter le pays. Cette situation confine à l'absurde alors que dans le même temps, il leur est théoriquement défendu de s'approcher des frontières et que le papier en question ne leur permet pas de prendre l'avion. L'apparition de nombreux trafics parallèles pour faire passer les migrants, qui payent le prix fort (parfois physiquement), n'a dans ce contexte rien d'étonnant.

Chiffres

Au début de l'été, la capacité d'accueil de la Grèce était de 1100 personnes dans des camps de réfugiés. Objectif, porter cette capacité d'accueil à 2500 d'ici la fin de l'année. A Athènes, le camp d'Eléonas accueillera jusqu'à 700 personnes. Il a ouvert le 17 août.

Depuis le début de la crise migratoire, 2,7 milions d'euros ont été alloués à la Grèce pour y faire face. Une somme que l'on juge dérisoire sur place. Ce jeudi, le gouvernement d'intérim grec a annoncé qu'il allait faire une demande de 730 millions d'euros à l'Union européenne. Une somme qui devrait couvrir l'ensemble des frais liés aux migrants pour l'année 2015.

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