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Il terrorisait toute la cour et toute l’école avec ses petits-grands muscles et sa petite-grande gueule. Les récréations devenaient un moment de tension extrême pour certains, mon frère ainé en premier lieu, que cette tête de gland avait pris en grippe dès son arrivée dans l’école. Mon frère sous pression passait ses journées à essayer d’esquiver le garçon, ses insultes, moqueries, baffes. Bastos, obsédé par mon frère, passait les siennes à le chercher pour multiplier les humiliations, les coups de pied, les coups bas. Une chasse à l’homme à hauteur d’enfant permanente.
Moi j’étais le plus petit de ma classe, j’observais et je fermais ma gueule. Comme tout le monde. Comme les surveillants qui ne surveillaient pas grand-chose, comme les instituteurs qui ne semblaient rien voir du mini drame qui se jouait pourtant sous leurs yeux, comme l’institution perdue dans l’application de ses programmes, noyée dans ses problèmes budgétaires. Institution qui dans son ensemble aurait dû être le garde-fou, mais qui est resté aveugle et silencieuse.
L’histoire a duré plusieurs mois, peut-être quelques années mêmes. Elle se répète certainement encore ailleurs, à d’autres échelles et sous d’autres formes. Et à chaque fois que la loi du plus fort s’exprime, c’est un peu de notre humanité collective qui s’effrite et disparaît. La démonstration de force de Trump au Venezuela en est une illustration de plus. Trump défonce les portes du saloon, ouvre grand les portes de l’enfer, et le monde médusé observe, applaudit ou vocifère, en laissant faire... Désormais, chacun peut faire sa fête à qui lui déplait. Bienvenue dans l’ère des règlements de compte planétaires !
I like you - I fuck you – I don’t like you - I kill you!
Le monde est une immense cour de récréation, avec ses cons, très forts et très agressifs, qu’il nous faut réussir à contenir, à maîtriser, à intimider. Le droit, le droit international, l’ONU sont les seuls remparts à la barbarie qui pointe. Ces maigres remparts sont nos seules garanties, notre seul socle commun contre la connerie ambiante. Dans la tempête qui s’annonce, il est impératif de réussir à les maintenir debout, à les réformer pour les renforcer, notamment en faisant tomber les droits de veto des 5 membres permanents du Conseil de Sécurité (USA, Chine, France, UK, Russie) qui sont une anomalie, et un prétexte constant à l’inaction de l’ONU.
Le monde rentre dans une grande période de turbulences, réactionnaires, violentes et connes. Il va falloir serrer les fesses, se serrer les coudes, s’organiser pour réagir collectivement et essayer d’éviter le pire.
L’histoire a duré plusieurs mois, peut-être quelques années mêmes. Elle s’est arrêtée le jour où subitement, j’ai attrapé la manche de L.Bastos, et que je lui ai collé un magnifique pain au milieu de la figure... Mon premier poing dans la gueule.
Malheureusement, probablement pas le dernier...