BAC de Millau, au delà de l'absurde !

Hier soir mon ami L.F.G.C de C, un peu plus de 40 ans, sort du Théâtre de la Maison du Peuple occupé pour aller promener son chien qui l'attend sagement dans son camion, garé à proximité du bâtiment (les chiens ne peuvent pas dormir dans le théâtre)... Quand soudain...

BAC en action BAC en action

Il a moins de 50 mètres à faire pour récupérer Hop Hop Hop sa petite Fox Terrier et la promener autour du pâté de maison pour un petit pipi du soir. Il descend les escaliers du théâtre, son foulard vaguement autour de la bouche. Il est 20h30. La nuit est tombé, il n'y a pas un humain, pas un chat ni un même un rat dans les rues de Millau... Le couvre feu est tombé sur la ville, l'ordre règne.

À peine a t-il fait deux pas qu'une voiture s'arrête à son niveau, avec 3 individus de type caucasiens baraqués à bord. Trois individus aux mines sombres, qui lui tombent dessus, et qui sans un bonsoir lui demande ce qu'il fait là sans masque ! A t-il une attestation ? Une bonne raison de se promener si tard au risque de contaminer toute la ville ! L.F.G.C de C comprenant qu'il a affaire à 3 policiers de la BAC, et non à 3 voyous, tente d'expliquer qu'il est juste sorti 10 minutes sortir Hop Hop Hop, qu'il peut le prouver en leur montrant le fauve qui dort tranquillement sur la banquette avant de sa camionnette. Rien à faire ! Rien à dire !

A t-il des substances stupéfiantes sur lui ? Des armes ? L.F.G.C de C a du mal à croire qu'ils sont vraiment sérieux tellement la situation est invraisemblable ! L. n'a aucune drogue sur lui, et comme arme, il a un couteau suisse et un petit opinel que lui a offert son père il y a 15 ans. Le premier pour ouvrir les bouteilles de vin, le second pour couper le Roquefort explique t-il aux gardiens de la "paix" qui n'ont pas l'air d'apprécier son humour. Les deux "armes" sont confisquées. Il est embarqué directement, direction le commissariat pour faire un point...

Dans la voiture, L.F.G.C de C prend conscience que les agents de la BAC ne portent pas de masques... Mais des manchons de motard autour du cou, vaguement placé au niveau du menton pour l'un d'eux. Les deux autres comme un foulard... Pour ne pas attraper froid certainement...

Au commissariat, un des agents, un poil agacé par le calme de L.F.G.C de C dresse un procès verbal de l'incident et de sa flamboyante arrestation. Les infractions constatées sont les suivantes: non port du masque, non présentation de l'attestation de promenade du chien, port de plusieurs armes blanches de catégorie D, anciennement catégorie 6. Bref, ce soir c'est une grosse prise pour la BAC de Millau, une vraie victoire contre la propagation de la Covid, contre la délinquance et le terrorisme.

L.F.G.C de C d'origine portugaise a un nom complexe à rallonge, condensé des patronymes de ses parents, grands parents. L'agent a du mal à comprendre l'intérêt d'un tel nom et du mal à le coucher sur papier... Il s'y reprend à plusieurs fois pour écrire correctement le nom de famille de L.F.G.C de C, il s'agace des mauvaises raisons données pour expliquer qu'il n'avait ni réel masque, ni attestation pour sortie de clébard, ni motif légitime pour se promener armé...

L'agent qui mène l'interrogatoire n'a toujours pas de masque, son manchon pend autour de son cou. Après plus d'une heure passée à répondre aux questions vient le temps de la signature du PV.

L.F.G.C de C prend le temps de relire le texte tapé par le policier, ce qui rend fou ce dernier. Proposer une relecture du contenu d'une déposition avant de la signer n'a pas l'air d'être dans les habitudes de ce fonctionnaire... D'ailleurs, et après relecture, L.F.G.C de C refuse de la signer, ou plutôt propose de la signer si les fonctionnaires acceptent de préciser qu'eux non plus ne portent pas de masques depuis son interpellation. L'agent pète un plomb, tape sur la table, envoie une partie des papiers de son bureau par terre. Il gueule à L.F.G.C de C de signer ce putain de PV ! Sa violente montée en pression provoque l'arrivée d'un de ces collègues, qui étrangement a remplacé son manchon par un masque cette fois... Mais rien ni fait, L.F.G.C de C s'obstine, tient bon, ne se laisse pas impressionner et refuse de signer tant que les fonctionnaires n'auront pas inscrits noir sur blanc qu'eux aussi sont non masqués. Le fonctionnaire fraîchement débarqué précise que les manchons ont été achetés en boutique. L.F.G.C de C précise que lui aussi a acheté son foulard dans un magasin... Fin de l'échange...

Coincés, dans l'impasse, et ne pouvant rien faire de plus sans risquer d'abimer le suspect, les agents de la BAC relâchent L.F.G.C de C au bout de deux heures. Il sera convoqué devant un juge du tribunal de police dans plusieurs mois, venant ainsi gonfler les files d'attentes interminables et déjà surchargées de la justice française. Dans cette histoire, après cette procédure, rien n'a avancé. Millau n'est pas une ville plus sûre, la Covid n'a pas fait de nouvelles victimes, sauf peut être la Démocratie, l'État de Droit, l'image de la police et la banquette avant d'une fourgonnette sur laquelle Hop Hop Hop a fini par pisser...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.