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Billet de blog 4 janvier 2026

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Mon rôle est de faire vivre l'héritage humaniste de Lyon

Alors que le contexte international impose aux responsables politiques de traiter les enjeux de droit international avec dignité, la polémique suscitée par l’octroi de la citoyenneté d’honneur de Lyon à Hussam Abu Safiya, médecin palestinien, m’interroge. Elle révèle une difficulté croissante à défendre sans entrave ni surenchère des principes universels au cœur de notre héritage humaniste.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis plusieurs jours, la calomnie, l'outrance et l'insulte se sont mêlées dans les voix de celles et ceux qui ont cru bon de s'émouvoir de l'octroi de la citoyenneté d'honneur de la ville de Lyon à Hussam Abu Safiya le 13 décembre dernier.  Les uns par opportunisme électoral ; les autres par réflexe de zélateurs d'un gouvernement israélien d'extrême droite ; les derniers par réflexe raciste contre les musulmans. Au concours d'ignominie la palme revient à la comparaison du pédiatre palestinien, qui a maintenu à flot un hôpital malgré les bombardements et qui a multiplié les alertes sur la catastrophe humanitaire à Gaza... avec "l'ange de la mort", le docteur Mengele, ce médecin nazi dont le nom est devenu synonyme d'horreur. Face à cette outrance, l'accusation d'antisémitisme à mon égard pourrait faire pâle figure. Elle est malgré tout blessante tant elle vise ce que je défends avec le plus d'ardeur : l'égalité, la liberté - liberté de conscience -, la fraternité - fraternité entre les peuples.

Vient enfin l'accusation de division : un responsable politique devrait se tenir à l'écart des questions internationales pour éviter d'encourager les clivages au sein de sa ville ... Ce reproche, outre qu'il est la négation de l'engagement politique lorsqu'il est fondé sur des valeurs, conduit à isoler du monde la troisième ville de France - impossible pour qui veut faire rayonner Lyon et promouvoir son humanisme.

Pour mettre un terme à ces errements, il est nécessaire de revenir à la signification de la citoyenneté d'honneur de la ville de Lyon ainsi qu'au choix du docteur Hussam Abu Safiya.

L’attribution de la citoyenneté d’honneur s’inscrit dans une démarche collective : Les noms de différentes personnalités sont proposés par des associations, des autorités ou des organisations humanitaires reconnues, en raison de leur engagement en faveur des droits humains, de la justice ou de la dignité humaine.

À titre d’exemples, Rukiye Leyla Süren, avocate et vice-bâtonnière d’Istanbul, ainsi qu’Ibrahim Özden Kaboğlu, avocat, universitaire et bâtonnier d’Istanbul, ont été proposés par le Bâtonnier de Lyon. Ils ont été faits citoyens d'honneur de la ville de Lyon le 13 décembre 2025. Le Chef Dsta’hyl, chef héréditaire du clan Likhts’amisyu de la nation Wet’suwet’en (Canada) engagé de longue date dans la défense de l’environnement et des droits des peuples autochtones, a quant à lui été proposé par Amnesty International. Il a été fait citoyen d'honneur le 13 décembre 2025. De la même manière, Victoria Amelina, écrivaine ukrainienne, a reçu la citoyenneté d'honneur à titre posthume, à la suite d’une proposition de la Villa Gillet, haut lieu de la vie culturelle et littéraire lyonnaise.

En ce qui concerne Hussam Abu Safiya, sa candidature a été proposée par la Cimade. Créée en 1939, l'organisation s'est au début de son histoire opposée au régime nazi et est depuis reconnue pour son engagement constant en faveur des droits des personnes vulnérables et du respect du droit international humanitaire.

Médecin palestinien, né dans un camp de réfugiés de la bande de Gaza, Hussam Abu Safiya est issu d’une famille déplacée de force en 1948 depuis la ville de Hamama, lors de la création de l’État d’Israël. Arrêté une première fois en octobre 2024 par l'armée israélienne, grièvement blessé en novembre, il a également perdu un fils âgé de 15 ans lors d’une frappe aérienne. Malgré ces épreuves, il a fait le choix de rester à Gaza et de poursuivre son travail médical, estimant que sa présence relevait d’un devoir moral et d’une responsabilité envers la population civile, dans un contexte de destruction massive des infrastructures de santé.

Au moment de son arrestation le 27 décembre 2024 par l’armée israélienne, en même temps que des dizaines de membres du personnel médical, il exerçait comme responsable du dernier centre de santé encore opérationnel dans le nord de l’enclave palestinienne. L’établissement a été accusé d’abriter un centre de commandement du Hamas. L’Organisation Mondiale de la Santé a indiqué que l’hôpital est désormais vide et hors service. Selon son avocate, les conditions de détention de Hussam Abu Safiya sont extrêmement dures et inhumaines. Un rapport des Nations-Unies fait état de détentions arbitraires, de tortures et de mauvais traitements visant le personnel médical arrêté.

En lui accordant la citoyenneté d’honneur, la Ville de Lyon souhaite affirmer par un geste symbolique fort la nécessité de la protection du personnel médical et le respect du droit international humanitaire en temps de guerre.

La récente interdiction d'exercer à Gaza ciblant 37 ONG internationales - dont une lyonnaise - par le gouvernement israélien, loin d'affaiblir notre engagement, renforce notre volonté de faire entendre notre voix en faveur du droit international, ce droit qui protège contre l'arbitraire.

Lyon, dont l'héritage humaniste est autant à préserver qu'à enrichir,  se tiendra toujours du côté du droit ainsi que de celles et ceux qui protègent la vie. Lyon ne renonce pas à ses valeurs. Mon rôle de maire est de les faire vivre.

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