Contre Macron : vive la réduction du temps de travail !

Plutôt que de se faire siffler à La Rochelle où se tenait l'université d'été du PS, Emmanuel Macron a préféré se faire applaudir à l'université d'été du Medef. Au moins, celui ci était sûr de son fait. Devant son auditoire, il en a profité pour dire que la gauche s'était trompée. En effet, il indiquait en bon professeur la morale, que penser que "la France pourrait aller mieux, en travaillant moins, c’était des fausses idées". Et voilà que "le mozart" de la politique est "recadré" par Valls, celui là même qui voulait "déverrouiller" les 35 heures en 2011. C'est d'ailleurs toujours l'objectif de l'homme au 5 % des dernières primaires socialistes, quand il annonce sa volonté de "revoir en profondeur le code du travail".

Au delà des petites phrases qui tournent en boucle, il y a une véritable bataille idéologique qui est menée contre le salariat en France, mais aussi dans toute l'Europe et le monde entier. L'idée du patronat français, le plus réactionnaire d’Europe, n'est pas d'allonger la durée légale du travail, mais de l'annuler ; la durée légale du travail étant également le seuil de déclenchement des heures supplémentaires donnant lieu à majoration. C'est l'objectif que le Medef veut atteindre, (avec la suppression du CDI, du SMIC, des cotisations sociales...) quand il annonce vouloir substituer le contrat à la loi et stopper ainsi l'histoire de la réduction du temps de travail.

Réduire le temps de travail ne réduit pas la productivité

Contrairement aux idées véhiculées, un rapport parlementaire de décembre 2014, juge que la baisse du temps de travail, "a été la politique la moins coûteuse depuis les années 70", (en l’occurrence les 35 heures). A l'opposé "des fausses idées" dénoncées par Macron, la rapporteure Barbara Romagnan indique sur son blog : "c’est le nombre d’emplois qui détermine le volume d’heures travaillées dans l’économie d’un pays. Entre 1998 et 2002, l’ampleur des créations de près de 2 millions d’emplois a conduit à une forte augmentation du nombre total d’heures travaillées (+ 8 %), malgré la réduction de la durée légale du travail. Donc, la France n’a pas travaillé moins, mais plus que jamais, pendant les 35 heures."

Après 2002, la droite contre attaque

Le rapport souligne : "C’est au moment où les 35 heures sont détricotées, voire annulées, que la compétitivité s’affaisse." En effet, la loi Fillon de 2003 augmente le contingent annuel d'heures supplémentaires de 120 à 180 heures, puis celle de 2004 de 180 à 220 heures. Des accords de branches iront même plus loin, jusqu'à 360 heures, comme la convention des HCR (Hôtels, Commerces, Restaurants), qui n'est pourtant pas soumis à la concurrence internationale. Augmenter le contingent revient à repousser la majoration de 100 %.

En 2007, la loi TEPA sous Sarkozy, avec son slogan "travailler plus pour gagner plus", favorise la défiscalisation des heures supplémentaires. Elle coûtera 4,5 milliards par an à l’État, qui seront compensés par l'impôt...payé par les salariés. Le champion du monde du travailler plus voulait faire passer la semaine des 65 heures quand il présidait l'UE en 2008. Le parlement européen a voté contre, mais la directive est toujours là. En attendant, vouloir hausser les horaires des actifs augmente le chômage.

En 2008, la loi Bertrand permet par accord de branche, de déroger aux 35 heures et d'échapper à la majoration. Continental a obligé ses salariés à travailler 40 heures sans majoration entre la 35ème et la 40ème heure de travail sous peine de fermer. Les salariés plieront, Continental fermera quand même moins de deux ans après l'accord. C'est ce que veulent le Medef, Valls, Macron, la droite. Annuler les majorations en contournant la durée légale du travail.

Antérieurement, la loi quinquennal de Balladur de 1993 permet de déroger à la durée hebdomadaire du travail avec l'annualisation du temps de travail. Mais heureusement, les accords à ce sujet sont très minimes.

La hausse de la productivité affaiblit par un euro fort

Guillaume Duval (lisez Made in Germany, excellent), rédacteur en chef de la revue Alternatives économiques, souligne que si la compétitivité a pu être impacté dans les années 2000, elle le doit surtout à la hausse de l'euro : "Alors qu’un euro coûtait 0,9 dollar en 2000, il en valait 1,6 en 2008, juste avant la crise. Cela a été un énorme choc de compétitivité. Alors que, en 2000, le coût du travail d’un Français était inférieur de 14 % à celui d’un Américain, il est devenu supérieur de 17 % en 2010 : cela ne s’explique pas par l’évolution différente des salaires, mais par l’évolution de la parité euro-dollar." Une hausse de valeur de la monnaie ne permet donc pas de ressentir les effets d'une augmentation de la productivité du travail.

La Mondialisation : retour au XIXème siècle

Outre le cadre national, c'est une attaque massive du capital contre le salariat dans le monde entier, notamment en Europe depuis 2008. C'est un retour au XIXème siècle. En effet, pendant une grande partie de cette période, l'essentiel de la plus value tiré de la force de travail passe par l'accroissement de la plus value absolue (par la baisse des salaires et l'augmentation du temps de travail). Au XXème siècle, la plus value absolue est remplacée progressivement par la plus value relative (par l'augmentation de la productivité du travail des machines et outils sans que les salaires suivent proportionnellement).

Au début des années 1980, le capitalisme mue, le néolibéralisme est né, avec comme tête de Janus, Reagan et Thatcher. C'est le début d'une contre révolution néolibérale face aux conquêtes sociales d'après 1945. Déjà, à cette époque, on observe un retour de la plus value absolue associée à la plus value relative qui explique en partie la hausse du chômage, l'explosion des dividendes, l'accroissement des inégalités. D'une manière générale, la social-démocratie s'est convertie à l'économie de marché. Blair, au Royaume Uni et Schröder en Allemagne, en sont l'illustration. Les États de l'ex URSS sont également soumis depuis le début des années 1990 aux politiques de rigueur du FMI si ils veulent pouvoir obtenir des prêts bancaires. L'appellation "pays émergent" apparaît, quand ces derniers s'ouvrent à l'économie capitaliste.

Mais depuis, les crises systémiques se sont multipliées. Depuis la crise financière des subprimes de 2007 et l'explosion des dettes privés (bancaires), ces dernières ont été transformées en dettes publiques avec le concours des États. Les écarts de richesses vont en s'accentuant depuis 2008. A ce jour, les plans d'austérité s’enchaînent pour faire rembourser aux peuples une dette qui n'est pas la leur. Ces plans d'austérité comprennent dans tous les pays concernés, une augmentation du temps de travail et des baisses de salaires, c'est à dire un retour en force de la plus value absolue. C'est ce qui explique actuellement, avec la spéculation, l'accélération des profits. La hausse du taux de chômage est significative à ce sujet.

En fait, pour aller un peu plus loin, l’innovation technologique (la plus value relative), aurait dû libérer l'homme de l'effort humain (la plus value absolue), comme cela aurait dû avoir lieu avec une plus grande réduction du temps de travail. Mais la nature du capital, toujours à la recherche du profit maximum, préfère assembler les deux. D'ailleurs, en demandant l'allongement du temps de travail, le patronat ne s'y trompe pas. La plus value tirée de la force de travail n'est pas réinvestit, elle sert à nourrir les bulles financières, spéculatives. Les trusts financiers et leurs actionnaires veulent constamment augmenter leur taux de marge avec ce capital fictif. A leurs yeux, la spéculation rapporte plus que l'embauche.

Face à l'austérité, l'explosion sociale

En France depuis 2000, le taux de natalité est le plus élevé d'Europe avec en moyenne 800 à 850 000 naissances chaque année. Dans trois ou quatre ans, ces enfants vont commencés à entrer sur le marché du travail. Il faut s'attendre à une hausse de la précarité sans précédent avec la politique actuelle de déréglementation. Mais de cette précarité, naîtra peut-être une explosion sociale où le salariat s'unira massivement contre l'austérité. En conséquence, il faudra être prêt pour appeler à l'unité.

La réduction du temps de travail : condition essentielle à l'émancipation

Pour finir, augmenter la durée du travail augmentera la précarité, le chômage, et de fait, encouragera les égoïsmes à courte vue ; elle sera la meilleure police empêchant la réflexion contre ceux qui vivent de notre travail. C'est dans les pays les plus pauvres où l'on retrouve les durées du travail les plus longues. Il faut faire l'inverse pour avoir une société meilleure. Depuis 1936, nous sommes passés aux 40 heures, puis aux 39 heures, puis aux 35 heures. Nous avons travaillé moins, tout en produisant plus, en gagnant plus, le tout avec plus d'emplois. Ça n'a pas empêcher les profits. Il n'y a que Macron, cheval de Troie de la gauche, laquais du Medef, pour penser que baisser le temps de travail est "une erreur". Il faut baisser le temps de travail pour faire baisser le chômage , passer au 32 heures, rétablir la retraite à 60 ans, baisser la durée maximale du travail de 48 à 40 heures en Europe, pour avoir un équilibre nécessaire entre travail, famille, amis, loisirs...

L'amélioration de la société passera par la réduction du temps de travail !

 

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