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Billet de blog 5 août 2015

Face à la dictature financière, à quand une réaction massive des peuples ?

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La personnalisation du politique dépolitise les gens. C'est un fait. Cependant, l'ancien ministre des finances grec, Yanis Varoufakis, s'est retrouvé accuser à tort de tirer une couverture médiatique à lui même quand celui ci a répondu à ses accusateurs via des médias le qualifiant généralement de personnage "tumultueux".

Comme beaucoup de personnes, et sans céder à une "personnalisation" quelconque, j'ai lu avec intérêt l'article de Yanis Varoufakis publié dans le Monde Diplomatique de ce mois ci. Plusieurs commentaires sont ressortis sur Médiapart ou ailleurs. Bien qu'elle soit reprise dans nombres d'articles, il est important de répéter la déclaration qui suit : "L'Eurogroupe n'a pas d'existence légale. Il s'agit d'un groupe informel et, en conséquence, aucune loi écrite ne limite l'action de son président." C'est la réponse de l'Eurogroupe à Varoufakis suite à sa demande de clarification juridique lors de son exclusion de la réunion du 27 juin dernier, comme un prélude à un Grexit. Il ne faut jamais oublier cette phrase !  Elle a la même consonance que celle de Jean-Claude Juncker : "Il ne peut y avoir de choix démocratiques contre les traités européens."  Dans le même registre mais inversé, on pourrait ajouter la protection de "la souveraineté nationale" du Luxembourg qui avait été déployé par l'eurodéputé Bolkestein dans le cadre de l'affaire Clearstream en 2001.

Ainsi, la souveraineté nationale d'un état est brandit en défense du secret bancaire, alors qu'elle est bafouée au nom des traités européens. Difficile d’être plus hypocrite en la matière à part peut être encore Juncker : "Les européens n'aiment pas l'Europe." Les européens n'aiment pas l’Europe du fric, aurait il dû préciser. Mais nous savons bien que ce sont là des termes "populistes."

D'autre part, Varoufakis va droit au but quand il annonce que "la destination finale de la troïka est Paris.", soulignant le couronnement futur d'une véritable "clique". Face à tant de mépris jamais ouvertement déclaré, qui peut encore douter de ses faiseurs de coup d'état permanent, où les traités ne sont appliqués que dans le sens des créanciers et autres usuriers ? La démagogie règne en maître au sein des médias lorsque le sujet grec est abordé. De fait, Varoufakis se retrouve accusé de "trahison" pour avoir préparer un plan B face à un éventuel Grexit toujours d'actualité. A l'inverse, imaginez plutôt un ministre des finances obligé d'opérer en secret contre sa propre administration fiscale, celle ci sous tutelle de la Troïka. Un pays colonisé administré par ses colonisateurs ; rien de plus. A l'échelle individuelle, c'est comme si votre banquier débarquait chez vous lors d'une procédure de surendettement en vous obligeant à régler vos échéances avant que vous ne songiez à vous nourrir.

Face à l'inexpressif et austère ministre des finances allemandes, Wolgang Shäuble, du ton hautain d'Angela Merkel, est il encore utile de dire que Syriza n'a pas jeté toutes ses cartes ? En privilégiant la négociation au moratoire sur sa dette, voulant ainsi marqué sa volonté de dialogue dans un souci de contrer une image de parti "radical", Syriza s'est empêtré dans moult concessions sous la pression constante de la BCE. Le résultat est une incertitude politique, un "accord" pire que tout ceux refusés jusqu'alors, aggravant le chaos social, ce à quoi la Grèce est confronté avec un nouveau "plan de sauvetage" auquel personne ne croit y compris par ceux qui l'applique. Par ailleurs, il est important de souligner que jamais Syriza n'a pu bénéficier d'un soutient conséquent, autant politique que sociale.

Et les peuples dans tout ça ?

Que font ils ? Que font celles et ceux qui subissent une austérité croissante dans toute l'Europe ? C'est pourtant les femmes et les hommes qui font l'histoire, pas "les traités", pas les Juncker, Shäuble, Merkel, pas ses démagogues.

Il y aura une réaction.

C'est inéluctable, cela ne peut continuer indéfiniment. Quand aura lieu cette réaction ? Qui peut la prévoir ? Personne, on ne peut pronostiquer ce type de réaction. Elle n'est pas sur commande, elle emprunte divers cheminents jusqu'à atteindre son point de rupture. Mais une éruption sociale aura lieu. Si elle est proportionnelle aux mesures anti-démocratiques appliquées contre les peuples ces dernières décennies, ce sera peut être alors la révolution qui sait...

En 1789, quand les sans culottes ont demandé du pain à Marie Antoinette, ils ne sont pas sortis dehors pour lui coupé la tête. Ils sont sortis car ils avaient faim. Celle ci a répondu cyniquement : "Qu'ils mangent de la brioche". L'autrichienne ne savait pas encore qu'elle s'était coupée la tête toute seule avec sa déclaration. Elle ignorait le degré de misère des bras nus, entretenu par la monarchie au pouvoir, car son ignorance n'avait d'égal que son mépris envers les affamés, les crève la faim, les gens de rien.

En 1871, les parisiens avaient bien compris la traîtrise de Thiers qui les avaient vendus à la Prusse, à Bismarck, lui offrant l'Alsace et la Lorraine, le palais des Glaces, l'entrée des troupes allemandes dans Paris, l'humiliation en échange de la paix sociale, de la préservation des propriétés face aux tensions sociales montantes née à une période où le capitalisme pris son envol avec sa culture bourgeoise. Quand la Commune de Paris est née, elle le fut instinctivement, il n'y a jamais eu de préparation à un tel événement, les gens se sont engagés spontanément, avec Varlin, Frankel, Rossel, Delescluzes, Louise Michel...et son inexpérience sera symbolisée lors de la semaine sanglante...

En octobre 1917, c'était les bolcheviks ou Kornilov, les rouges ou les blancs ; comme en 1871 avec les communards ou les versaillais. Les russes le savaient bien, février 1917 ne suffisait pas ; le Tsar Nicolas II avait abdiqué, mais la 1ère guerre mondiale continuait avec Kerenski, les soldats russes n'en pouvaient plus, se mutinaient, les gens étaient affamés, ils n'avaient pas oublié 1905 quand le Tsar avait fait tirer sur la foule venue manifesté pacifiquement. C'était ancré dans les têtes, les gens se rappelaient de la révolution de 1905 en 1917, la génération était la même ; cela a germé dans les consciences. Les russes ne voulaient plus de monarque, plus de Romanov, plus de "blancs" à la Kornilov, autocrate militaire aux principes féroces comme Denikine, Wrangel, Koltchak, Urgerm Von Stemberg, le "baron fou"...

Juin 1936 en France, malgré les accords de Matignon avec le Front Populaire, Le patronat effrayé, cède devant une conscience ouvrière jamais atteinte jusqu'alors. Ainsi, arrivent les 40 heures sans réduction de salaire et les premiers congés payés de l'histoire du salariat en France ; deux mesures en dehors du programme du Front Populaire. Ces deux avancées sociales déterminantes dans la vie des gens ont été arrachées de haute lutte. C'était encore impensable que les congés payés puissent éxistés il y a quelques années en arrière. Pensez donc à l'idée patronale de l'époque: "payer les gens à rien foutre..." Malheureusement, c'était peu de temps avant que la France ne soit de nouveau vendu comme elle a été en 1870...

Mai 68, la plus grande grève de l'histoire internationale du monde ouvrier ; 10 millions de manifestants. En Allemagne, il y avait plus de manifestants étudiants qu'en France, mais l'impact n'a jamais eu le même écho, car il n'y a pas eu cette jonction avec le monde ouvrier permettant de bloquer la production à un point tel que les bases, autant politiques que syndicales en furent dépassées. C'était peut être la seule fois où les portes de la démocratie directe furent aussi proches d'être ouvertes. Pour les défenseurs de l'ordre moral, c'était "la chienlit", pour les autres, c'était du progressisme. Bien que sur le fond, mai 68 a été une occasion perdue de prendre le pouvoir, sur la forme, les gens ont vus leur vie s'améliorer. Après 68, ils regardaient leurs patrons dans les yeux...

Ils nous faut un second mai 68, et celui-là, il faut le gagner !

Et puis il faut lire, c'est bien utile contre la résignation.

"Dans l'âme des gens, les raisins de la colère se gonflent et mûrissent, annonçant les vendanges prochaines."

John Steinbeck ; Les raisins de la colère.

C'est un roman incroyable où l'on passe de l'individualisme à la conscience de classe ; c'est une belle phrase, toujours actuelle, annonciatrice de jours meilleurs.

Les mauvais jours finiront où l'on dira adieu aux semaines sanglantes...

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