Chili, 11 septembre 1973 : la démocratie assassinée

« Avec moi, c'est le peuple qui entre à la Moneda » disait Salvador Allende, après son élection à la présidence de la république du Chili, le 4 septembre 1970. Après trois défaites présidentielles, par son opiniâtreté et sa détermination au sein du parti Unité Populaire, il mène son pays au socialisme par la voie du processus électoral. Une révolution légale en quelque sorte, dans un continent pillé depuis l'arrivée de Christophe Colomb.

« Avec moi, c'est le peuple qui entre à la Moneda » disait Salvador Allende, après son élection à la présidence de la république du Chili, le 4 septembre 1970. Après trois défaites présidentielles, par son opiniâtreté et sa détermination au sein du parti Unité Populaire, il mène son pays au socialisme par la voie du processus électoral. Une révolution légale en quelque sorte, dans un continent pillé depuis l'arrivée de Christophe Colomb.

« Les thèses de Milton Friedman lui ont donné le prix Nobel, elles ont donné au Chili le général Pinochet » Eduardo Galéano


Les Etats-Unis voient là un danger plus grand que Cuba. Substituer le bulletin de vote au fusil peut donner des idées aux pays voisins ; impensable pour les yankees. Mais déjà, durant la campagne présidentielle de 1964, Allende est pris au sérieux par la CIA qui finance la campagne du démocrate-chrétien, Eduardo Frei Montalva. Celui ci bénéficie du report des voix de la droite, impulsé par la CIA. Plus tard, pendant la campagne de 1970, la CIA collabore avec la multinationale ITT (International Telephone and Telegraph) pour provoquer la défaite de l'UP, et essaie encore après sa victoire du 4 septembre d'enrayer la confirmation du Congrès chilien, comme la constitution le prévoit.

Salvador Allende met en place un programme à l'opposé de la vision économique du pays de l'oncle Sam : augmentation des salaires, impôt sur les bénéfices, Sécurité Sociale plus juste, nationalisation du secteur du cuivre (première exportation du Chili) et parmi d'autres encore, une mesure qui n'est pas sans rappeler en Europe une actualité brûlante : un moratoire sur la dette publique. Il est d'ailleurs révélateur de savoir que jamais Allende ne profitera d'un seul prêt de la Banque mondiale durant ses trois années de présidence ; les fonds n'arriveront qu'après le coup d'état militaire. Rien d’étonnant de la part d'une banque sous influence des USA qui asservit encore aujourd'hui les pays du sud.

Avant même son investiture, le 22 octobre 1970, un coup d'état militaire de l'extrême droite soutenue par la CIA veut retourner l'armée contre Allende et assassine le général Schneider. La tentative échoue, mais le ton est donné. Nixon lance alors sa phrase : « Faites hurler l'économie ». Le gouvernement de l'UP doit faire face aux partis opposés, la grève des camionneurs et celle des patrons, une presse d'opposition, le Chili subit également une baisse des importations des produits alimentaires et manufacturés, le tout avec le concours de la CIA. Malgré tout, l'UP tient bon. Le pays est divisé entre une classe possédante et une autre qui sait que ce gouvernement est le sien. Mais les choses vont s'accélérer.

« Je ne vois pas pourquoi nous serions restés les bras croisés alors qu'un pays de l'hémisphère risquait de passer sous contrôle marxiste en raison de l'irresponsabilité de son peuple... » C'est avec une auto-prescription des plus cyniques, que Kissinger, chef d'orchestre du massacre chilien, justifiera plus tard le coup d'état et 17 ans de dictature militaire. Celui du « miracle chilien » selon Milton Friedman et les Chicago Boys ; celui d'un modèle économique fait de déréglementation, né d'un coup d'état, et qui a encore besoin aujourd'hui pour exister, de piétiner la démocratie. Parmi d'autres, Allende sera trahi par celui qu'il avait nommé chef des armées peu de temps avant le coup d'état : le général Augusto Pinochet.

En 1998, à Londres, Pinochet est placé sous résidence surveillé après un mandat d'arrêt international lancé contre lui. Margaret Thatcher ne tarira pas d'éloges à son sujet, lui disant directement : « Je suis bien consciente que vous êtes celui qui a amené la démocratie au Chili, vous avez établi une constitution appropriée à la démocratie, vous l'avez mise en œuvre, des élections ont été tenues, et enfin, conformément aux résultats, vous avez quitté le pouvoir ». La Moneda bombardé, le suicide d'Allende, les doigts coupés de Victor Jara, son exécution, la mort de Pablo Neruda, les vols de la mort des hélicoptères jetant les corps à la mer, les prisonniers, les torturés, les fusillés, les fosses communes. Il y aurait quelques lignes à écrire également sur la conception démocratique de celle qui traitait Nelson Mandela de terroriste...

Il faut interpréter le suicide de Salvador Allende non pas comme une reddition ou un abandon, mais comme un acte de classe. L'ultime action du combat d'un homme qui a œuvré pour le socialisme. Pour s'en rendre compte, il suffit d'écouter son dernier message radio, un document exceptionnel, où d'une voix calme et posée, Allende a déjà pris la décision de sa vie et appelle le Chili à résister au fascisme. Pinochet est mort sans avoir été jugé, l'injustice demeure, mais la rancune se veut tenace. Elle doit servir à construire une société meilleure que Salvador Allende avait commencé à bâtir de son vivant. La date du 11 septembre 1973 doit être connue de toutes celles et ceux revendiquant le socialisme à travers le monde.

Dernier discours de Salvador Allende © fandelatoile

 

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