Grégory Garcia

Abonné·e de Mediapart

14 Billets

0 Édition

Billet de blog 14 juillet 2015

Grégory Garcia

Abonné·e de Mediapart

Après le Diktat imposé à la Grèce !

Grégory Garcia

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Après la défaite démocratique, celle d'un "pré-accord" qui voit les avancées du parlement grec depuis février 2015 balayées par la Troïka et la victoire massive du non à 61% du référendum du 5 juillet écarté d'un revers de main, il est toujours plus facile de juger après coup ; mais allons y :

Syriza a t-il mal négocié dès le début de son mandat avec la Troïka ?

On pourrait le dire. En effet, en avril 2015, à la demande de la présidente du parlement grec Zoé Konstantopoulou, une commission pour la vérité sur la dette publique a rendu son rapport préliminaire les 17 et 18 juin 2015. Ce rapport a été rendu public http://cadtm.org/Synthese-du-rapport-de-la. Composée de 30 économistes -15 grecs pour autant d'étrangers-  la commission a établit que la dette grecque était illégitime, illégale et odieuse principalement pour les faits suivants : Violation de la constitution grecque ; violation des statuts du FMI ; du caractère délibéré des créanciers conscients des effets dévastateurs sur le peuple grec. Durant cet audit, un témoignage déterminant de Philippe Legrain, ancien conseiller économique de Barroso, lui même ancien président de la commission européenne indique que les intérêts des banques détentrices de titres grecs ont été privilégiés au détriment du peuple grec. Mr Legrain déclarant : "le gouvernement grec à tout intérêt ne pas céder aux créanciers " http://cadtm.org/Audition-de-Philippe-Legrain-ex

Aucun relais médiatique n'existe sur cet audit de la part de nos médias bien pensants, qui à la vue de cette lecture n'hésiteraient pas à dire  à l’encontre de son auteur et lecteurs qu'ils sont probablement des conspirationnistes ou des paranos adeptes de la théorie du complot. Alors pour vous amis (es) paranos, voici le lien de cet audit de la commission pour la vérité sur la dette publique grecque : http://cadtm.org/Intervention-d-Eric-Toussaint-a-la

Par ailleurs, Eric Toussaint, coordonnateur de la commission, indique clairement : "Sur la base d’arguments fondés sur le droit international et le droit interne, le gouvernement grec peut suspendre de manière souveraine le paiement de la dette afin que l’audit des dettes soit conduit à son terme. Une telle suspension de paiement est tout à fait possible."  http://cadtm.org/Une-alternative-est-possible-au

Rappelons que la commission est simplement tenu de présenter ses conclusions au parlement grec. Celles-ci sont les suivantes: "non seulement la Grèce n’a pas la capacité de payer la dette mais elle ne devrait pas le faire." Aussi, pourquoi Syriza ne s'est pas servi du rapport de l'audit pour inverser un rapport de force qui lui était défavorable dès le début de son mandat ? A cela, Michel Husson, économiste faisant parti de la commission d'audit, a donné son avis sur la question en avril dernier : "Elle est de toute évidence en porte-à-faux (la commission), par rapport à la ligne du gouvernement qui ne pose jamais la question d’un défaut, même partiel, de la dette. A la séance inaugurale de la commission, le président de la République et toute une série de ministres sont venus annoncer, de manière plus ou moins affirmée (ou diplomatique) leur soutien à la démarche. Tsipras et Varoufakis ont clairement botté en touche : le premier n’a pas pris la parole, et le second a fait une sorte de cours magistral très général sur la dette. Ce que la commission peut faire dans ce contexte, c’est fournir des arguments solides et incontestables en faveur d’un moratoire ou d’une annulation. Je crois pouvoir traduire l’état d’esprit général des membres de la commission en disant que notre contribution sera à la fois modeste (c’est le gouvernement qui décide) et importante si elle permet de peser dans le bon sens. Mais, au fond, il s’agit plutôt d’aider les partisans d’un moratoire à peser sur le gouvernement, plutôt que de peser sur le gouvernement." http://hussonet.free.fr/anticap415.pdf

Michel Husson précise également comme Eric Toussaint plus haut : "Le droit international reconnaît que tout État est juridiquement fondé à invoquer un état de nécessité lorsqu’il est menacé par un péril grave et imminent. Il peut alors s’affranchir de l’exécution d’une obligation telle que le respect d’un contrat de prêt."

En dépit des résultats de l'audit en faveur de la Grèce, l'ancien ministre des finances, Yanis Varoufakis, a toujours déclaré que la Grèce paierait sa dette. Pourtant, les bienfaits d'un audit sur une dette illégitime avaient déjà été démontrés, comme pour l’Equateur entre 2007 et 2009, qui avait permis à ce pays de réduire sa dette en la déclarant illégitime. Alors, que serait-il advenu si Syriza avait brandi le droit international face à la Troïka ?

Pour y répondre, nous pouvons désormais nous appuyés sur les faits de ces derniers jours. On connait aujourd'hui la capacité de la Troïka à pouvoir répondre face au référendum, face au peuple, face à la démocratie. Toute une campagne médiatique a parlé du Grexit pour affolés les grecs, la BCE a cessé d'ajuster le plafond d'aide d'urgence aux banques commerciales grecques provoquant ainsi leur fermeture et forcé le gouvernement grec à réduire les retraits pour influer la victoire du oui lors du référendum du 5 juillet. En langage clair, c'est un blocus économique, c'est à dire un coup d'état de la Troika, la BCE en tête, qui a piétiné le référendum et la victoire écrasante du non face au "plan d'aide" des créanciers, matérialisé par "l'accord historique" de lundi matin selon François Hollande.  Un "accord" qui aurait "sauvé l'Europe". Celle des créanciers, assurément ! Bref, si les textes de l'UE interdisent aux états membres d'expulser un pays "frère" de la zone euro, la BCE s'en chargera pour eux.

Plusieurs choses sont à retenir : Tout d'abord, la Grèce peut toujours arrêter de payer sa dette illégitime http://cadtm.org/Une-alternative-est-possible-au

Ensuite, d'autres audits sont apparemment en attente à la demande du Portugal et de l'Espagne avec les municipalités de Madrid et Barcelone tenus par des proches ou issus de Podemos sur les comptes de leurs municipalités. Cela relancera le débat national en faveur de Podemos lors des élections législatives de fin d'année en Espagne.  Il faut se servir de l'exemple grec, afin de se servir de l'audit pour déclaré officiellement la dette illégitime si elle est, même si le rapport de force est terriblement inégalitaire.  L'audit fait peur aux institutions européennes, il faut s'en servir, les extrêmes et les radicaux sont du côté de la Troïka, Junker et Merkel en tête, qui demandent toujours plus d'austérité ; les extrêmes ne sont pas du côté de Syriza et Tsipras, lequel a fait concessions sur concessions depuis son élection fin janvier. Cela vaut à comparaison à parler de "dialogue social" avec le Medef, ça ne marche pas ! Il n'y a pas de "partenaires sociaux", il n' y a que des opposants de classes !

On a cité l'Amérique Latine avec l’Equateur ; qu'en est-il en Europe:

"L’Islande a été l’un des premiers pays balayés par la crise financière de 2007-2008 qui a provoqué l’effondrement de leur système bancaire privé. Les trois principales banques du pays, privatisées en 1999, s’étaient développées en se lançant dans des activités hasardeuses, à tel point que le bilan des banques islandaises était plus de 10 fois supérieur à la production annuelle de richesse islandaise. L’une d’elles, Lansbanki, avait créé une branche, Icesave, qui offrait une rémunération alléchante pour les comptes courants ouverts en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Lors de la débâcle de 2008, la banque a fait faillite. Les gouvernements hollandais et britannique sont intervenus pour protéger l’épargne de leurs citoyens, et se sont ensuite retournés contre les autorités islandaises pour être remboursés des 3,9 milliards d’euros engagés. Par deux fois, la population s’est mobilisée pour manifester son refus de payer cette dette. Par deux fois, devant la pression de la rue, une loi votée au Parlement pour le règlement du différend, a été soumise par le président à référendum et rejetée massivement (à 93% lors du référendum de mars 2010 et à près de 60% lors de celui d’avril 2011). C’est donc bien sous le poids de la pression populaire que les autorités islandaises ont mis en faillite ces institutions bancaires privées. Bien que cela est conduit à une fin de non-recevoir pour les gouvernements britanniques et néerlandais, l’Islande n’a depuis subit aucunes représailles. Par ailleurs, afin d’éviter une fuite massive de capitaux, ces derniers ont tout bonnement était soumis à un contrôle total par les autorités islandaises. Dans le cas de l’Islande, il ne s’agit donc pas non plus de restructuration de dette, mais bien d’un acte unilatéral souverain de refus de payer des indemnités réclamées par deux puissances économiques beaucoup plus fortes qu’elle. Pourtant, là encore, l’Islande a connu par la suite un regain économique particulièrement supérieur aux pays européens étant notamment rentrés dans des procédures de négociation."  http://cadtm.org/Des-exemples-de-suspensions

Alors, immaturité politique de la part de Syriza et Tsipras ? Difficile d'y croire. Cela ne rendrait pas hommage à l'immense résistance du personnage et de sa coalition. Tsipras n'ignore pas à qui il a à faire. Il a perdu à l'usure par son isolement et la menace du Grexit de la BCE, "le pistolet sur la tempe", selon ses propres termes. Mais on peut dire maintenant que c'était une erreur d'avoir écarter l'ancien ministre des finances, Yanis Varoufakis, sans en vouloir à son successeur Euclid Tsakalotos. Varoufakis aurait peut être permis à la Grèce d'avoir eu une ligne plus dure face à l'inflexibilité de la Troika. On peut voir maintenant le résultat. Il faut aussi bien comprendre que cet "accord" qui revient complétement sur les victoires parlementaires de Syriza depuis février 2015,  fait comme si la majorité parlementaire grecque n'avait pas existée depuis son mandat. Comme un coup d'état rétroactif !
Merkel a mis constamment le couteau sous la gorge de Tsipras avec son Grexit. Quand au soutient de la France, il était uniquement présent pour les caméras, pas à Bruxelles.

Le Grexit ou le chaos !

Ou comment choisir entre la peste et le choléra. Voilà le chantage de Merkel à Tsipras durant 5 mois. Il n'y a jamais eu de "négociations". Depuis février et avec une résistance inédite face aux créanciers, Tsipras fait concessions sur concessions : la dette est payée sans aucune contre partie -7 milliards d'euros depuis janvier 2015-  l'austérité continue, Varoufakis est écarté pour dit-on officiellement, un souci d'accord. Le problème avec la Troïka est le même qu'avec les créanciers qu'elles représentent. Plus on lui donne, plus elle réclame, comme une Multinationale qui n'aurait pas assez d'un CICE ou d'une loi Macron rétrograde, la Troïka a toujours réclamé plus de la part de Tsipras qui ne voulait pas - avec raison- d'une sortie de la Grèce de la zone euro.

Cependant, et malgré cette défaite, Tsipras a dévoilé le vrai visage de l'UE pour celles et ceux qui en doutaient encore. Celle d'une Europe divisée, du chacun pour soi, qui marche sur les peuples et leur vote. L'Eurogroupe, Merkel en tête, ont marchés sur le référendum du 5 juillet et la victoire écrasante du non. C'était le premier référendum organisé en 41 ans depuis la fin de la dictature des colonels (1967-1974). L'Europe des créanciers signifie la famine pour la Grèce ; elle arrivera si les "les plans d'aides" continuent. Que veulent les institutions européennes ? Que le parti néo-nazi Aube Doré arrive au pouvoir ? Elles refusent de voir que l'avidité et l'égoïsme à courte vue des créanciers participe à la montée de l'extrême droite.

Nous avons donc à faire à une bande d'intégristes néo-libéraux qui ne veulent aucune alternative à leurs politiques conservatrices en Europe. En prônant le terme trompeur "compétitivité" masquant en réalité la rentabilité pour laquelle elle opère, la Troïka, cette "clique", veut faire croire qu'en baissant les salaires, les retraites, en augmentant la TVA , en baissant sans cesse les recettes par rapport aux dépenses, la croissance remontera alors que tout le contraire est appliqué avec ses "plans d'aides". La relance de la croissance par la "compétitivité", c'est comme essayer de faire rouler une voiture sans carburant; un enfant de 5 ans comprendrait cela.

Aucune démocratie avec ce type d'Europe. Impossible !

Démocratie = le pouvoir du peuple.

Démos = le peuple; Kratos = le pouvoir

C'est la bancocratie, pas la démocratie !

Les entreprises privatisent les bénéfices, les états socialisent les pertes bancaires. C'est l'Europe des Juncker, Merkel, Sarkozy, Renzi, Hollande, Lagarde au détriment d'une Europe sociale, du salariat européen, mondial. Du petit nombre face au grand nombre, de la classe exploitante minoritaire face à la classe exploitée majoritaire. C'est un partage féroce ! C'est toujours la même chose, les idées n'ont pas vieillis. Il y a toujours deux classes antagonistes diamétralement opposées l'une à l'autre. En ce sens, le socialisme est toujours une idée neuve à construire !

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.