Goodyear : justice de classe !

À travers les Goodyear, c'est tout le salariat qui est visé, les actifs, retraités et chômeurs. L’exécutif condamne 8 ex-Goodyear à de la prison ferme parce qu'il craint le salariat, parce qu'il en a peur...

Regardez  l'intervention très courageuse de l'ex Goodyear, délégué syndical CGT, Michaël Wamen, sur canal +. Avoir la lucidité de dire en direct à la télévision que la colère ne doit pas s'exprimer dans les urnes en votant FN après avoir été condamné à 9 mois de prison ferme, souligne la conscience de classe de Michaël. Bravo à lui ! Signez l'appel des Goodyear.

 

Suivons l'exemple de Michaël ! Unité du salariat et conscience de classe doivent caractérisé nos actes avant la catastrophe de 2017. À travers les Goodyear, c'est tout le salariat qui est visé, les actifs, retraités et chômeurs. L’exécutif condamne 8 ex-Goodyear à de la prison ferme parce qu'il craint le salariat, parce qu'il en a peur. Songez donc que le chômage tue 14000 personnes par an en France, alors que 41 milliards de CICE sont offert au Medef pour l'entretenir, le cajoler et l'augmenter. C'est Gattaz qui devrait être condamné en taule et tout ceux qui lui brossent les pompes depuis 2012. Celui ci enfonce le clou : "On a peur d'embaucher parce qu'on ne sait pas licencier".

Plus de 14% des Français vivent désormais sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 1002 euros par mois. C'est l’État d'urgence social, pas celui de l'État d'urgence mortifère, avec des débats qui visent à siphonner les voix du FN, comme avec "la déchéance de nationalité" ou "l'unité nationale". Non, un parti de gauche ne gagne pas quand il joue sur le terrain opposé à son électorat; il perd quand il abandonne ses principes, son électorat ne le suit pas et celui du camp d'en face préfère l'original à la copie.

 

C'est NOTRE État d'urgence ! Celui du salariat. Si il y a un camp, une classe, qui peut sauver la République, c'est le salariat, pas les Valls ou Cazeneuve et leur dérive sécuritaire. Si la République est vivante, elle le doit en grande partie au salariat, à ses luttes, à son sang, à ses larmes et à sa sueur. C'est par ces luttes que sont venus les congés payés, la réduction du temps de travail, la sécurité sociale...c'est grâce au salariat que nous vivons dans un état de droit, parce que les luttes ont fait progresser la démocratie, elles ont amélioré l’État et ses lois. Les luttes sociales ont donné le code du travail, crée en 1910 et ainsi fait progresser le législatif. Quand on parle code du travail, on parle de droit, de loi, pas de militantisme, ni de syndicalisme, mais uniquement de droit. Le code du travail est une contrepartie au lien de subordination qui caractérise un contrat de travail. Il plafonne, nivelle, régule. Ce sont des réacs bornés qui croient que le code du travail est un frein à l'emploi, comme Gérard Larcher en 2005 : "Nous avons une lecture salafiste du code du travail", ou J.M Le Guen qui trouve le code "répulsif".

Ceux-là (avec d'autres) sont de dangereux intégristes néo-libéraux à la solde des grands groupes industriels de ce pays. Il y a 1.2 millions d'entreprises en France. Mais en réalité, près de 1000 d'entre elles contrôlent près de 50% du PIB; au dessus d'elles, règnent 217 entreprises, "le top du top", qui emploient 31% des 18 millions des salariés du privé et pèsent ainsi davantage sur les décisions politiques. Le mythe d'une France de PME/TPE ne tient pas; celles-ci sont à 80% sous les ordres des 1000 entreprises régnantes. Lire à ce propos Vive l'entreprise ? de Gérard Filoche

Le jugement à l'encontre des 8 ex-Goodyear est sans précédant et même symbolique d'une dérive d’État. Mais en réalité, une dérive d’État, ça n'est pas nouveau. Aussi, Marx et Engels avaient déjà défini le rapport entre l’État et la classe dominante : « l’État étant né du besoin de tenir en bride les antagonismes de classe, mais étant né en même temps au milieu du conflit de ces classes, il est en général l’État de la classe la plus puissante, de celle qui a la domination économique, laquelle, par son moyen, devient aussi classe politiquement dominante et ainsi acquiert de nouveaux moyens d’assujettir et d’exploiter la classe opprimée »

 

C'est un constat qui n'a pas vieilli; c'est une histoire de rapport de force entre minorité exploitante et majorité exploitée. La classe possédante, minoritaire, a besoin de la force de travail de la classe laborieuse, majoritaire. Le patronat a besoin du salariat, pas l'inverse. Sans le salariat, le patronat n'est rien. Les entreprises n'embauchent pas pour "créer des emplois" comme les médias le répètent. Non, elles embauchent pour augmenter leurs marges et pour cela, elles ont nécessairement besoin du salariat, elles ont besoin d'embaucher pour extraire un maximum de force de travail. C'est la plus value, c'est à dire la capacité productive du salarié.

 

Nous assistons à l'heure actuelle, d'un point de vu capital/travail à un retour au XIXè siècle. En effet, pendant toute la période du XIXè siècle, a lieu la plus value absolue, c'est à dire par la baisse des salaires et l'augmentation du temps de travail. Au cours du XXè siècle, c'est la plus value relative qui prend le relais, c'est à dire par l'augmentation de la productivité des machines et outils, sans que les salaires suivent proportionnellement. Aujourd'hui, les deux sont joints, alors que la plus value relative aurait du libérer l'homme de l'effort humain. Mais le capital préfère assembler les deux. Il est dans la nature du capital d’accroitre sans cesse ses marges.

 

Depuis 2008, tous les plans d'austérité européens inclus des baisses de salaires, des gels ou des baisses de pensions de retraites, d'une augmentation du temps de travail, ainsi que du report de l'âge légal de départ à la retraite. C'est donc un retour en force de la plus value absolue, celle qui caractérisait le capital du XIXè siècle. Rien d'étonnant donc à ce qu'il y ait un risque de retour à la violence. On peut même s'étonner qu'elle n'est pas déjà eu lieu. Mais maintenant, tout change ! Des salariés syndicalistes défendant leur outil de travail sont aujourd'hui condamnés à de la prison ferme, une première sous la Vè République. Dès lors, la violence patronale et gouvernementale ne fléchissant pas à l'encontre du salariat, il n'y a aucune raison pour qu'aucune action ne soit organisée. Qui peut prétendre que cela va durer indéfiniment ?

En dépit de l'état actuel des choses, il ne faut surtout rien lâcher ! Warren Buffet avait déclaré en 2005 : "Il y a une guerre des classes et c'est la mienne, celle des riches, qui est en train de la gagner." Mais Warren Buffet se trompe. La lutte des classes sous-entend la victoire d'une classe sur une autre. Or, le patronat et l'actionnariat n'ont pas intérêt à détruire la classe dont ils tirent profit. Ils ont besoin de notre classe, pas l'inverse. La lutte des classes ne peut donc connaître qu'une seule issue, celle de la victoire des travailleurs détruisant la classe exploitante menant à leur libération : l'abolition de la société de classe !

 

 



 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.