Pourquoi le corps enseignant s'oppose à la réforme sur les savoir fondamentaux alors que le niveau baisse ?

Le débat est vaste et d'ailleurs, croyez bien qu'il existe au sein du corps enseignant qui, contrairement aux idées reçues, sait distinguer ce qui tient lieu des réformes de type pédagogique des restrictions budgétaires. Pour schématiser, les premières font débat, les secondes peuvent les faire descendre dans la rue. Quand au recul généralisé de notre enseignement, il est à relativiser, voire à contester. Avec l'apparition de collège unique, je crois que c'est 99% des élèves qui atteignent le niveau 3ème. Il est vrai qu'il y en a qui l'atteignent sans savoir lire mais on est loin de l'élitisme social du certificat d'étude. Par ailleurs, les savoir-faire des élèves, technologie aidant, se déplacent plus vite que les programmes n'évoluent, à un tel point que cela vient corrompre les fameux "savoir fondamentaux"; nous y voilà.
(juste un exemple: la lecture est un processus linéaire tandis que surfer sur internet, que la plupart des élèves de 6ème savent faire, même s'ils n'ont pas d'ordinateur à la maison, ne l'est pas. On s'aperçoit que les nombreuses compétences à développer pour réussir un jeu vidéo peuvent entraver l'apprentissage de la lecture. Cela s'explique par des processus cognitifs que je ne développerai pas car j'en suis bien incapable)
Je n'aborde maintenant qu'un aspect du débat sur les savoir fondamentaux. Premièrement, la réussite scolaire ne se décrète pas et il n'est pas évident que dire qu'on va mettre l'accent sur le français et les maths va constituer un progrès des élèves tant est relatif, le rôle de l'enseignant. Cela continue à dépendre essentiellement du contexte familial et social de l'élève. (encore un petit exemple: le fait que les parents lisent une histoire à leur enfant avant qu'il ne se couche plutôt qu'autre chose (rien, musique, télévision, play-station) augmente sensiblement ses futurs résultats scolaires en français.)
Deuxièmement, on ne saurait se contenter de ces savoir fondamentaux et la-dessus, tout le monde est d'accord. Est demandé à l'enseignant, pour la mise en place de cette réforme, une évaluation supplémentaire et indépendante de celle qu'il pratique déjà. Les conséquences sont perverses: allez faire comprendre à un enfant et aux familles que la réussite à l'évaluation sur les savoir fondamentaux n'est qu'une condition nécessaire et non suffisante pour atteindre un niveau demandé (pour entrer en 6ème par exemple). Le risque d'un nivèlement par le bas est réel car en évaluant sur deux pans, la nouvelle évaluation à toute les chances de prendre le pas sur l'ancienne. Le point positif est la considération des problèmes d'apprentissage d'un élève et une réponse personnalisée qu'on peut y faire mais personnaliser, cela existe déjà sous des formes variantes et variées, et ça coute chère.
Troisièmement, quels sont les contours de ces savoir fondamentaux ? Savoir lire, écrire et calculer ? Ah non, déjà, sur l'injonction de notre président, n'oublions pas l'informatique. Et là, tout est discutable: rien que sur le seul terme de division, il y a matière à débattre (http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/sylviane-gasquet/300408/la-division-au-ce1). Les savoir fondamentaux, eux aussi, sont extrêmement difficiles à décrêter.

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