incontinence des avatars (2)

Essence de l’avatar

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Extrait d’une conversation téléphonique (captée en son temps par une cellule élyséenne)

_ Salut, Edwy, comment vas-tu ?

_ Moi, ça va, mais toi, t’as un problème.

_ Ah bon ?

_ Tu as un avatar qui se ballade sur le réseau.

(…)

 

 

(L’anachronisme aidant, toute ressemblance avec des personnages ou des situations ayant existés, ect….)

 

Cette conversation révèle qu’à l’occasion, des esprits brillants peuvent se tromper car, enfin, on ne ballade pas un avatar comme son chien. Il faut dire qu’à l’époque du minitel, la recherche sur les avatars n’était pas aussi poussée qu’aujourd’hui. On n’avait pas caractérisé l’avatar comme un prolongement en esprit du ‘moi’, ni même évoqué la sur-vie et l’en-vie. (J’ai un problème, j’ai un avatar vantard qui se la pète)

 

 

Trève de plaisanterie, l’en-vie caractériserait, la vie du ‘moi’ sur le réseau c'est-à-dire la condition d’existence de l’avatar. Dégagé des contingences du quotidien, l’avatar se meut dans un espace-temps sans limite et en continuel expansion. Il s’y fait une place spatio-temporelle qu’il partage avec une communauté d’autres avatars, une sorte de galaxie, quoi ! Par contraste, la sur-vie, « sur » car supérieure à l’en-vie, et la précédant, que d’autres appelleraient sans vergogne la vraie vie, serait assez bien symbolisé par « mes amours, mes amis, mes emmerdes ». La sur-vie est la vie où on se réalise, la vie qu’on rate ou qu’on réussit, la vie où tout ce qu’on peut dire ou faire peut-être retenu contre soi, la vie où, accablé par la joie ou la tristesse, par l’émotion ou la peur de mourir, on survit ! L’en-vie est une vie qu’on a choisi, dont on peut se soustraire quand on veut, où on se libère d’un corps pesant, ou l’on vit si on en a… envi !

 

 

 

Au fait, le mot « essence » a deux sens. Du coup, à quoi carbure mon avatar ?

 

A l’ego, pardi ! De l’ego vient le souffle d’en-vie de cette entité sans corps. Et même quand il parle d’autre chose que de « moi », il s’écoute parler, il fait de l’égotisme. Il fait écho à la partie la plus orgueilleuse de l’être, de manière déraisonnable.

Quelle fierté, il tire de la moindre reconnaissance d’un de ses égaux dans l’en-vie !

Quelle blessure lui est infligée par ce même égal dans une critique, une opposition, une insulte… ou l’indifférence. C’est qu’il décèle une certaine noblesse à agir dans l’en-vie, qui est avant tout un monde d’idée. C’est la fierté qui le pousse à s’attarder parfois longuement sur les réactions des autres avatars alors même que dans la sur-vie, la raison et le cours du temps finit par lui faire lacher prise.

 

 

 

Et on explique un peu mieux, l’absurdité dont je fais mention dans la partie (0) du texte ! On comprend peut-être un peu mieux pourquoi on se laisse aller à certaines pulsions dans les commentaires alors même que dans la sur-vie, on laisserait « pisser », parce que, mine de rien, on pourrait bien en venir aux mains !

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