Frotte-toi donc plutôt à ton avatar.

Des millions de petits avatars, qui sont là, tout énervés. Ça grouille de partout ! Et moi ! Et moi ! Et moi ! J'ai des choses à dire ! Écoutez-moi, donc ! Ma tribune est la meilleure ! Des commentaires et des commentaires de tribunes, et des tribunes de commentaires, des tribunes contre des tribunes ! C'est bien simple, on se croirait dans un stade ! Ça frotte, ça pique, ça hurle, ça like !

Et parcourant des commentaires de commentaires, je m’arrête quelque part sur un petit avatar qui est tout peiné : « Comment se faire une opinion ? »

En voilà une question ! Drôle d’injonction ! Et pourquoi devrait-on se faire une opinion ?

La plupart des commentaires sont l’expression d’une opinion ; en cela, ils se valent tous, c’est-à-dire qu’ils ne valent pas grand-chose.

Nietzsche : « la conviction est une prison ».

Je ne connais pas de phrase plus convaincante.

Continuant donc de glisser sur cette pente savonnée par le grand moustachu, je me laisse aller à écouter mes émotions et voilà ce que j’en retire : jubilation.

Bon sang, que c’est bon, un monde qui vit ! Que c’est beau !

Je déplore les victimes, bien sûr, mais je me réjouis de voir que leur propos puisse leur rendre justice quand la justice institutionnelle éprouve ses limites.

Je me réjouis de cette tribune « à la Deneuve », à la Catherine Millet parce que ça aussi, c’est un tout un monde. Justement, un Monde !J’ai voulu lire cette fameuse tribune, avant-hier ! J’ai lancé mon avatar dans l’éther électronique et je me suis heurté à « acheter l’article 2 € ». Oui, une tribune dans le Monde, le journal ! Payant ! Tout un symbole : c’est l’ancien monde, ça, non ?

Alors du coup, il a fallut que je reconstitue un petit peu la tribune à travers les extraits et les commentaires que j’ai glanés ici ou là ! Non pas que je sois à deux euros près mais je me trouve plus riche à agir ainsi.

Sans prendre parti, je comprends ce qu’elles veulent dire. J’éprouve la même réticence à entendre les mots « balance ton porc » (Violence contre violence ?). Gêné aux entournures : la drague, la séduction, après, qu’est-ce que cela devient ?

En plus, en ce moment, je lis King Kong Théory ce qui donne un écho particulier à cette histoire. Le regard singulier de Virginie Despentes sur la question est probablement jubilatoire, lui-aussi ! J’attends de voir.

Et je souris ! De voir, par exemple, qu’aujourd’hui, la réaction se situe plutôt du côté des soixante-huitardes, des tenants de la révolution sexuelle.

J’ai froid dans le dos, quand j’entends des allusions au « french lover », la séduction à la française. Le vilain frisson ! C’est ça la France ? Je n’espère pas !

Et voilà, c’est fini ! Le petit avatar vantard s’est penché à la fenêtre pour respirer l’air de ce monde réel, et répète à l’envie que c’est un monde qui bouge et qui vit et que c’est très bien ainsi !

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