Blanchisserie des avatars

 

En catimini, derrière son avatar, il se mouille à petit feu.

C'est la valse des pseudos, le tournis des éléctrons, le cliquetis du clavier, en plus ou moins de 140 caractères.

Il attend fébril les résultats de son populomètre en nombre de vues, recommandations, avis et commentaires.

 

Il s'est perdu dimanche dans un isoloire (si, si, c'est possible), a plié en deux un bout de papier sur lequel était écrit un nom, qu'il a choisi, lui, comme plusieurs millions de ses compatriotes.

Il est ressorti perplexe de ce labyrinthe : « peut voter... a voté »

Qu'aurait changé le fait qu'il reste devant son écran toute la journée ? Il aurait pu aussi bien se détrendre sur une bicyclette.

A 18h30, il apprend sur le site de la RTBF que son élu n'est pas qualifié pour le duel final.

Une petite joute d'avatars devrait lui redonner le moral.

Ainsi pense-t-il peser sur le monde, construire son action, alimenter son œuvre.

Son égo ne s'en portera pas plus mal... Quoi que... Il subsiste une once de culpabilité à chaque fois qu'il s'abandonne à son addiction favorite.

 

Lundi, à la pause, sur son lieu de travail, sa voix a mieux porté que celle qu'il a perdue dans l'urne (ne pas chercher de contrepèterie). On ne l'y reprendra plus. Bien sûr qu'il ne choisira pas entre la peste et le choléra.

« oui ! Mais tu sais, quand même, lui, là, il est républicain, quand même, hein ! Euh, l'autre, elle est vraiment dangereuse » lui rétorque-t-on.

De toute sa verve cyrannesque, il justifie son vote blanc.

 

Tiens, au fait, c'est quoi, un vote blanc ?

Glissera-t-il une note explicative à son absence de bulletin ?

Est-ce une révolte, un rejet, une désillusion, une frustration, un dégagisme (nouveau mot à la mode) ?

N'est-ce pas beaucoup simple que ça ?

Il se pourrait qu'un vote blanc, ce ne soit ni plus, ni moins, qu'un vote blanc.

C'est-à-dire une abstention... Le désir de ne compter pour rien.

Voir même, pour certains avatars qui s'y opposent, une lâcheté.

 

Si dans quelques jours, madame Lepen est élue présidente de la république française, la responsabilité en incombera d'abord à ceux qui ont voté pour elle, puis, suivis de près, par ceux qui se seront abstenus. Enfin, ceux qui auront voté Macron n'auront rien à se reprocher.

C'est très simple un vote blanc, non ?

 

Comparaison n'est pas raison... Tant pis !

Aux heures noires, nous condamnions en priorité la collaboration, nous montrions timidement du doigt la passivité ou l'oportunisme mais il ne nous vennait pas à l'idée de nous en prendre aux résistants dans les rangs desquels se cotoyaient communistes et futurs gaullistes.

 

Voila un avatar bien moraliste !

Mais enfin, s'il est un domaine où la morale a sa place, c'est bien la politique.

La malhonnêteté supposée de certains candidats a suffisamment été pointée pour que la responsabilité du simple citoyen ne soit pas ignorée.

 

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