Incontinence des avatars (3)

L'existence de l'avatar.

 

tornade.jpg

.

Je ne sais pas dessiner alors je décris l'image.

.

L'être est là dans son corps de sur-vie, représenté de dos et il contemple une tornade, dont on ne voit pas la fin. Entre son être et la tornade, qui figure l'en-vie (vous vous souvenez, l'espace-temps en perpétuelle expansion), se trouve un espace de liberté qu'il doit investir, qu'il doit murir s'il a la volonté d'entrer dans la tornade. Ce néant, n'ayons pas peur des mots, est l'espace de construction de l'avatar, dont la matière première est une multitude de questionnements.

.

Si l'être est juste curieux, on le représentera tendant un doigt vers la tornade mais la force centrifuge de celle-ci risque, au moment du touché, de lui luxer l'épaule. Si l'être est un petit peu plus intéressé, il faut qu'il se prépare à investir son avatar c'est-à-dire, à transcender le néant et à se jeter dans la tornade. La force centrifuge est toujours là et si l'avatar est mal façonné, il se retrouve éjecté dans le néant et renvoyé à ses interrogations premières:

_ Qui suis-je ?

_ Qu'ai-je à dire ?

_ Quelle vérité est la mienne ?

_ Qu'est-ce que je peux apporter à la communauté ?

_ Mon message est-il audible ?

_ Suscitera-t-il l'intérêt ?

_ Quel ton adopter ?

(...)

.

L'avatar est un être en devenir, en perpétuelle reconstruction et laissez-le choir, il devient éphémère, papillon à la durée d'en-vie restreinte. La tornade n'a pas tant de mémoire, pas d'état d'âme sur le long terme. L'espace que l'avatar occupe un instant, que son absence vide l'instant d'après est immédiatement comblé. Bien sûr, le temps ne s'écoule pas de la même façon dans l'en-vie et dans la sur-vie mais le ressenti est le même: si tu veux exister, construit ton avatar, ne laisse pas de vide. Là est le risque de la déconnexion avec la sur-vie, de l'addiction (il ne fait aucun doute que certains abonnés de médiapart, vu la fréquence d'apparition de leur nom ou leur pseudo, ont tellement investi leur avatar, ont un tel désir de se maintenir dans la tornade, que leur en-vie est en train de prendre le dessus sur la sur-vie). Cela dit, ce qui est rassurant, c'est que la tornade n'est pas un monde virtuel. Si l'avatar n'est pas en prise avec la réalité de la sur-vie, il n'a pas lieu d'exister dans l'en-vie ou alors, on en revient aux débats stériles sur les modes de fonctionnement du média, sur les chartes et autres blabla sans intérêt qui pour le coup, nous replonge dans l'absurde (voir incontinence, partie 0).

.

Si je dois poursuivre à m'amuser avec les concepts d'un certain philosophe au regard quelque peu divergeant, j'en arriverais à me poser des questions sur la mauvaise foi. Trop facile. N'en déplaisent à beaucoup, l'usage du pseudo est presque toujours un signe de mauvaise foi d'un avatar. Avec un pseudo, l'avatar joue à être mais il n'est pas ce qu'il est. Autre représentant incontestable de la mauvaise foi est celui qu'on nomme souvent troll. Bien que ses interventions ne soit pas toujours dénué d'intérêt, c'est un avatar masqué qui sur-joue. Si on peut apprécier de deviser avec lui, on sait à quoi s'en tenir.

.

L'avatar n'a pas une en-vie de tout repos. Son existence est une lutte d'influence. On sait qu'il y a gros à jouer mais finalement, pas grand chose à perdre dans la sur-vie. Si on est tellement attaché à cette en-vie, à cette tornade, c'est qu'on sait aussi que ce qui nous est offert là, c'est une occasion inespérée de s'informer, de réfléchir, de communiquer, de penser... d'être.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.