Décrochage : Grenoble lanterne rouge contre la pollution

Grenoble a décroché de 11% par rapport aux autres métropoles de la région Auvergne Rhône Alpes contre la pollution au NO2 sur 2014-2019. C'est la conséquence de décisions qui ont fait de Grenoble la quatrième ville la plus congestionnée de France. Avec en prime le problème des particules fines cancérigènes "vertes" puisque produites par le chauffage au bois.

DÉCROCHAGE : GRENOBLE LANTERNE ROUGE CONTRE LA POLLUTION

La politique doit dire vrai. Bas les masques ! Nous avions assaini la question des particules fines (PM), il nous fallait encore dépolluer le sujet du dioxyde d’azote (NO2).

Parce que c’est important. D’abord pour la santé.

Ensuite parce que Grenoble est une des villes pour lesquelles la France a été condamnée en Cour de Justice de l’Union Européenne.

Enfin parce que l’évolution s’est dégradée, hormis pendant le confinement. En effet, le respect du seuil de NO2 a été repoussé de onze ans, en 2026 au lieu de 2015. Le pouvoir en responsabilité depuis six ans s’est ainsi défaussé de l’engagement public du Plan de Protection de l’Atmosphère que la Ville et la Métro avaient signé en 2014. Le rapport d’évaluation montre que l’action de « fluidification du trafic » n’a pas été réalisée. À Grenoble, qui ne sait que ça a même été le contraire ?

Le NO2 baisse partout depuis plus de 20 ans, grâce aux progrès techniques. Que la municipalité grenobloise s’en vante est malvenu, alors qu’elle a considérablement freiné la tendance par « CVCM » [1] et l’envolée des embouteillages qui a suivi. Le décrochage est de 11% sur 2014-2019 par rapport aux autres métropoles d’AuRA [2], conséquence du passage de Grenoble au rang de 4ème ville la plus congestionnée de France. 

UNE POMPE À NO2 SUR LE TOIT DE LA MAIRIE ?

 M. Piolle a déclaré sur FR2 : « le confinement a permis de diminuer de trois quarts la pollution aux oxydes d’azote ».

Or le transport est source de 54% des émissions à Grenoble. On est loin de 75%. Par magie politique, la chute du trafic aurait donc supprimé aussi les émissions d’autres sources ? Ou une gigantesque pompe à NO2 aurait été inventée et mise sur le toit de la mairie pendant le confinement ? Évidemment non.

Alors, quel est le problème ? Le problème est que la déclaration de M. Piolle est complètement fausse.

EN VRAI, QUELLE A ÉTÉ LA BAISSE AVEC LE CONFINEMENT ?

Atmo AuRA Grenoble a claironné -72% pour « l’agglomération » et les « urbains » en généralisant à partir d’une unique station de mesures, située sur un grand boulevard vidé du trafic par le confinement ! A cette grossière erreur s’en ajoute une deuxième, peu glorieuse également : ce n’est pas avec ce type de stations que se mesure la pollution « de fond » (cf complément 2).

En vrai, le presque arrêt du trafic a réduit le NO2 de 40% des émissions totales habituelles (cf complément 1). Evidemment, ça n’a pas dépassé la totalité des émissions du trafic !

GRENOBLE, VILLE DES RECORDS, MAIS LESQUELS ?

 Avec 72% de baisse, Grenoble décroche la palme d’or du rapport d’Atmo AuRA. Mais une rapide comparaison de la pollution « de fond » montre un niveau plus haut au départ que la moyenne des quatre villes les plus polluées de la Région.

La palme d’or de la baisse est en fait un triste record : elle signe un échec ! Rien de surprenant pour une ville devenue la 4ème plus embouteillée de France, et la 1ère en AuRA.

Grenoble : première pour la com’ verte, dernière pour les résultats !

LE DÉCROCHAGE DE GRENOBLE !

 La tendance de baisse du NO2 existe depuis très longtemps. Pour la part due au trafic, cela vient d’abord du progrès des moteurs. Depuis septembre 2015, les émissions ont été divisées par 2,25 pour les nouveaux véhicules (norme Euro 6), ce que même l’organisation qui a révélé le 'dieselgate' reconnait.

Deux évènements se sont produits au premier trimestre 2014 : la signature du PPA (plan d’amélioration de la qualité de l’air) par la Ville, et l’élection municipale. Avec quels résultats ? La nouvelle municipalité n’a pas cherché à atteindre les objectifs et les a repoussés de 11 ans ! Mais encore ?

Le graphique donne la valeur moyenne des stations « urbaines / fond » d’Atmo depuis 2014 pour les métropoles d’AuRA, qui sont aussi les quatre villes régionales du pré-contentieux avec la Cour de Justice de l’Union Européenne.

 © Grenoble à Coeur

 Sur cinq ans, la moyenne de Grenoble perd 11% par rapport aux autres métropoles. Le pic de départ a concerné tout AuRA et n’est donc pas structurel. Clermont Ferrand finit par le rattraper, mais pas Grenoble où la tendance normale de baisse est manifestement contrecarrée.

Il y a décrochage non seulement vis-à-vis des autres métropoles, mais aussi par rapport à la tendance passée, comme le montre ce tableau.

 © Grenoble à Coeur

Sur les trois dernières années, celles d’après CVCM, la moyenne de Grenoble a perdu 6,5% par rapport à Saint-Etienne et Lyon pourtant carrefour de sept autoroutes dont l’A7 (et 13,5% vis-à-vis de Clermont-Ferrand). Les embouteillages augmentés en sont la cause : sur cette période, Lyon a progressé de deux places au classement des villes les plus congestionnées et Grenoble a régressé de six !

Dans le monde d’avant, une com’ de Greenpeace France avait offert (avec quelle indépendance d’opinion ?) la médaille d’argent de la lutte contre la pollution à la municipalité grenobloise. Recevra-t-elle aussi le label de la capitale verte la plus polluée par les embouteillages et les particules cancérigènes du chauffage « écolo » au bois ?

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complément 1 - TOUS LES DÉTAILS

Tous les détails sont sur notre site dans notre communiqué du 28 mai 2020. 

 complément 2 - LA POLLUTION DE FOND

La dispersion dans l’air fait que les niveaux de NO2 varient selon qu’on est proche ou éloigné des zones d’émission. Le trafic étant un fort contributeur (54% pour le bassin grenoblois), les niveaux sont plus élevés le long des axes de circulation qu’en s’en éloignant.

En ville, les stations de mesures placées à même les axes de circulation sont dites « urbaines / trafic » (une seule à Grenoble) et celles à distance s’appellent « urbaines / fond » (trois pour l’agglomération). Ces terminologies sont celles d’Atmo.

Cette étude est basée sur les stations de fond. En moyenne nationale selon l’INSEE, les riverains des axes de circulation respirent un niveau deux fois plus élevé que le niveau de fond. Il peut s’y ajouter « l’effet canyon » qui limite la dispersion.

Grenoble contribue au contentieux avec la Cour de Justice de l’Union Européenne car une partie des Grenoblois respire des niveaux supérieurs au maximum admis.

complément 3 - ATMO AuRA, UNE AGENCE DE PROPAGANDE ?

Dans un rapport national titré « COVID-19 : focus sur l’exposition des riverains à la pollution automobile près des grands axes avant/pendant le confinement », Atmo France écrit :

« L’impact de la baisse du trafic routier y est également visible sur les concentrations de NOx. Par exemple l’agglomération de Paris a observé une baisse de 73%, l’agglomération de Grenoble de 72%, … »

Il n’est plus précisé que ces chiffres ont été observés au cœur du trafic « des grands axes ». Les étendre à « l’agglomération » est complètement faux. De plus, en se limitant au NO2 et au trafic, le rapport passe sous silence les sources et les chiffres de la pollution la plus nocive pour la santé : les particules fines, dont Airparif n’a mesuré que 7% de baisse à Paris alors que le trafic a chuté de 84% !

Dans un deuxième rapport, Atmo AuRA titre « urbains et riverains des axes routiers ont bien mieux respiré depuis le début du confinement » et reprend le chiffre de -72%, dont ils sont la source.

Trois observations :

  1. Alors qu’Atmo France titrait avec exactitude les « riverains des grands axes », Atmo AuRA généralise à tous les « urbains ».
  2. Généralisation justifiée par l’observation de tout Grenoble ? Pas du tout, le -72% est le chiffre d’un seul point ! Lequel est situé sur un grand boulevard, là où le NO2 a le plus chuté avec la disparition du trafic.
  3. Atmo AuRA aussi ne parle que de NO2. Mais alors qu’à raison Atmo France s’abstenait de commenter, ils titrent : on a « bien mieux respiré ». Ils ignorent totalement ainsi l’augmentation des particules fines cancérigènes, pourtant vue dans toute la région. Augmentation qu’ils avaient estimée entre +18 et +25%, ce que ce rapport très médiatisé passe sous silence !

Atmo AuRA, qui semble depuis assez longtemps vouloir opérer une mutation en agence de propagande [3], a réussi son tour d’illusionniste : la presse titre « la pollution a baissé de 72% ».

Un autre exemple est celui de la pollution aux particules fines pendant le confinement : alors qu’elle a augmenté Atmo AuRA Grenoble s’était empressé d’annoncer -30%. C’était une infox, utilisant l’écart avant/après confinement d’une journée particulièrement haute avec une autre singulièrement basse. L’écho médiatique visé avait été au rendez-vous. Est-ce cela la mission d’Atmo ?

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[1] CVCM : « Cœurs de Ville Cœurs de Métropole. Fermeture du cœur de Grenoble à la circulation dans les sens sud/nord (Bd A. Sembat, 13600 véhicules/jour) et ouest/est (rues République-Montorge et cours Berriat, 12000 véhicules/jour), en avril 2017.

[2] AuRA (Auvergne Rhône Alpes) compte 4 métropoles : Clermont-Ferrand, Lyon, Grenoble, Saint Étienne

[3] Le directeur territorial d’Atmo AuRA avait déclaré dans le JDD du 6 janvier 2019 qu’à Grenoble : « Nous respectons les valeurs règlementaires de l’Organisation Mondiale de la Santé » alors que le dépassement est récurrent à la station de mesures du Bd Foch et que la Cour de Justice de l’Union Européenne avait déjà ouvert le contentieux !

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