Amazon et Ebay en dehors des réglementations

Les géants du commerce sur le web, Amazon et Ebay, ne respectent pas la réglementation sur la vente de nombreux produits, notamment les pesticides.

Amazon et Ebay en roue libre...

En début d'année, dans la tourmente médiatique autour du glyphosate, il me prend l'idée de voir si Amazon en propose dans son catalogue. Bingo ! On trouve du "Barbarian Super 360 Herbicide" à base de cette molécule. J'en informe alors le service-client d'Amazon. Quelques jours plus tard, le vendredi 15 février 2019 Mr Franck Lagier, procureur en charge du pôle santé publique au tribunal correctionnel de Marseille, condamne trois acteurs du marché européen des pesticides à des peines allant d’un à deux ans de prison avec sursis pour avoir frauduleusement distribué plus de 99 000 litres de glyphosate en 2008 et 2009. Je trouve cela assez loufoque : si je désire me procurer du glyphosate, pourquoi m'embêter à trouver un réseau de contrebande quand il suffit d'aller chez Amazon !

Je décide d'aller plus loin... Par décret du 30 juillet 2018, 5 pesticides à base de néonicotinoïdes sont interdits à la vente au 1er septembre : l'Acétamipride, le Clothianidine, l'Imidaclopride, le Thiaclopride et le Thiaméthoxame. Je ne sais pas s'il y a un délai de tolérance entre la loi et son application, probablement... mais pratiquement un an après on trouve une liste incommensurable de ces produits dans les catalogues d'Amazon et Ebay, allant du collier anti-puce pour chien au spray anti-fourmi. Je pense alors que la loi pourrait viser principalement l'agriculture intensive, et que les risques sont négligeables pour une utilisation domestique. Pas vraiment ! L'Imidaclopride dans les colliers anti-puce est au moins 5000 fois plus puissant que le DDT qui a été interdit dans les années 70. Voudriez-vous accrocher 22 litres de DDT au cou de votre animal domestique ? Les commentaires négatifs de ces produits sont tres alarmant, photo à l'appui. De plus sur Ebay un agriculteur pourrait facilement se procurer ces pesticides interdits, en provenance d'Ukraine ou des Etats-Unis, comme par exemple l'Actara, le Mospilan, le Dominion, le Confidor, le Maillet, l'Adama ... pour ne citer que ceux que j'ai trouvé en une heure de temps sur le moteur de recherche d'Ebay.

Il faudra sûrement du temps pour que les mastodontes du commerce se mettent à la page. Mais une autre recherche m'en fait douter. Depuis le 1er septembre 2012, la vente de lampes à incandescence est interdite car trop gourmande en energie. Mais vous trouverez une légion de vendeurs de ce produit sur ces deux plate-forme. Je contacte à nouveau le service-client d'Amazon et leur demande un responsable avec qui communiquer sur ces sujets. Il est impossible d'avoir un nom, mais la personne insiste pour avoir la référence de ces produits dans le catalogue. Je leur réponds que je n'ai pas à faire le ménage chez eux à leur place, et que cela me prendrait trop de temps de lister toutes les ampoules de ce type. Très énérvé je commence alors à le faire et je lui envoie toutes les 10 secondes une référence différente, faisant des aller-retour avec le moteur de recherche d'Amazon... la personne, visiblement excédée abrège alors la conversation me promettant de transmettre ces alertes au service concerné.

Que se passe-t-il avec ces géants du web ? Est-il trop coûteux de controler toutes les informations qui y sont divulguées. C'est le modèle même de ces entreprises qui est en cause. Le philosophe Michel Foucault avait prédit dans les années 80 que la société de l'information nous rendrait tous juge, comparant le télé-spectateur au gardien de prison, prisonnier lui-même d'une moralité qu'il doit sans cesse appliquer... Aujourd'hui, avec ces géants du web, après être devenu passivement des juges on nous le demande explicitement !

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