IDÉOLOGIE
L’idéologie est la principale menace qui pèse sur le monde libre et la démocratie. Elle constitue un monceau d’idées attentatoires à la liberté d’entreprise, de commerce et de circulation des capitaux. L’idéologie mène à la terreur aussi sûrement que le crime mène à l’échafaud. On distingue cependant deux niveaux dans le crime…
Critiquer les réformes urgentes et nécessaires à la modernisation de l’économie est une posture idéologique. Même si elle est condamnable, la posture idéologique inspire surtout pitié : elle est l’expression manifeste d’un archaïsme irresponsable. Une peine probatoire suffit à la sanctionner, car le progressisme a besoin d’idiots utiles.
S’opposer à l’ouverture de capital des entreprises de services publics, au démantèlement de l’État-providence, à la marchandisation de la protection sociale, aux mesures diminuant l’indemnisation chômage, à la simplification du système de retraites, à la réforme historique du Code du travail, aux baisses d’impôts pour les plus fortunés, à l’empilement de lois attentatoires aux libertés fondamentales, ainsi qu’à la prolongation sans fin de l’État d’urgence, est une posture purement idéologique.
Bien pire que la posture idéologique, la posture purement idéologique est un signal fort de radicalisation que les journalistes, les experts, les sages, les instituts, les éditorialistes, les débatteurs, les communicants, les économistes, les consultants sportifs, les fleuristes et le marchand de tabac du coin doivent condamner fermement.
Contrairement aux calamités qui frappèrent le XXe siècle, le néolibéralisme n’est pas une idéologie, car il n’y a pas la trace d’une idée dedans.
PRODUIT
Dans une société moderne, le produit est la base de tout. Le producteur produit le produit que le consommateur consomme, jette, casse ou oublie à la cave avant d’acheter un nouveau produit. Sans produit, pas de producteur, pas de consommateur. Et la civilisation part à vau-l’eau.
Le produit nourrit la croissance.
Le produit est alimentaire, manufacturé, financier ou de service. Un bon produit alimentaire est avant tout nourrissant : l’intérieur nourrit le consommateur et l’emballage plastique nourrit les poissons. Un bon produit manufacturé est avant tout nourrissant : il est acheté par le consommateur, remisé au grenier, puis rongé par la rouille, les souris ou les termites. Un bon produit financier est avant tout nourrissant : il est plébiscité par le consommateur et nourrit les actionnaires sur le marché. Un bon produit de service est avant tout payant, car il doit nourrir son homme.
Toute chose sur Terre a vocation à devenir produit.
On connaît le produit naturel, le produit agricole, le produit culturel, le produit d’assurance, le produit stupéfiant et le produit de deux fonctions continues. Un beau produit se reconnaît à son coût élevé, sa futilité et son obsolescence programmée. Le produit innovant est un produit d’excellence offrant la solution à un problème dont nul n’avait conscience.
Le produit n’a d’autre idéal que d’être consommé.
En produisant le produit, le producteur se rend utile au consommateur et il échappe de temps en temps au chômage. En consommant le produit, le consommateur se rend utile au producteur en même temps qu’il s’endette et se rend utile aux institutions bancaires. La population entière se rend utile et tout va au mieux dans le meilleur des mondes possibles avant la prochaine crise. En l’absence de produit à produire, le producteur alors dépérit. Il devient chômeur, sombre dans l’alcool et l’assistanat. En l’absence de produits à consommer, le consommateur est saisi par le doute, il ne profite pas de sa remise exceptionnelle sur l’achat d’un deuxième produit de la même marque. Sa vie n’a plus aucun sens. Pour échapper à ce désastre, il existe des produits de première nécessité comme le produit électoral. Le pur produit électoral lutte pour la reprise de la croissance par la consommation et contre l’idéologie radicale des écologistes doctrinaires.
En cuisine électorale, comme en gastronomie, tout est affaire de bons produits.
ÉLECTION (LIBRE ET NON FAUSSÉE)
Une fois tous les 360 dimanches, la population est invitée à lâcher un papier imprimé dans une fente. C’est ce qu’on appelle les élections.
Les élections sont la plus noble conquête de l’Homme.
Avec l’élection, et l’excellente légitimité des urnes qui en découle, la démocratie se reconnaît au premier coup d’œil. En démocratie, la population peut choisir entre plusieurs têtes de gondoles aux programmes similaires. Pour mériter le titre de plus grande démocratie du monde, le choix se limite à deux têtes de gondoles au programme identique dont les campagnes sont financées à coups de millions de dollars par les mêmes entreprises multinationales.
Élection n’est pas synonyme de démocratie.
Les régimes autoritaires, totalitaires et dictatoriaux organisent eux aussi des élections, mais celles-ci sont biaisées, falsifiées, truquées. Elles mènent à l’élection de gouvernants arrivistes, retors et corrompus. C’est une parodie de démocratie. À l’inverse, en démocratie libérale, l’élection s’inscrit dans le cadre des traités de libre-échange : la concurrence entre les produits électoraux est libre et non faussée. Le consommateur est libre de faire son marché parmi les produits en rayon. En outre, l’indépendance des médias, le travail des journalistes et la pédagogie des experts se portent garants pour la valeur de son achat.
Gagner la course à l’élection nécessite de choisir le bon cheval.
Les journalistes et les sondages se trompent rarement dans la désignation du vainqueur de l’élection. La mise en jeu est importante, car elle détermine la casaque du gouvernant pour la demi-décennie à venir. Il arrive néanmoins que le favori des médias se mette à piocher en bout de course, empêtré dans des affaires de viol, de corruption, de fraude fiscale ou d’emplois fictifs. C’est qu’il est temps de changer de cheval. Un bourrin de seconde zone, savamment dopé à la pédagogie et aux derniers sondages, est capable de coiffer les favoris sur le fil.
Le marché électoral suit la loi de l’offre et de la demande.
La science économique en fait la preuve à chaque élection : l’offre politique s’adapte à la demande des marchés. Réussir le lancement d’un produit électoral nécessite d’avoir un business plan – l’appui de généreux donateurs – et d’opérer un networking efficace auprès des grandes entreprises et des propriétaires de médias indépendants. Un benchmarking électoral précis aide à cibler la campagne de communication et finit d’accroître la compétitivité du produit dans un écosystème concurrentiel.
... à la semaine prochaine :)