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Billet de blog 17 oct. 2018

Metoo, 1 an déjà, pour quel changement?

Quand Mediapart nous a demandé notre avis sur Metoo à l'occasion des 1 an, je me demandais qu'en dire... mais une intervention récente de E. Badinter sur Inter montre qu'il y a encore matière...

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Que dire de Metoo (ou Balance ton porc) qui n'ait été dit, comment commenter ses conséquences ainsi que Mediapart nous y a invités récemment? Je ne voyais pas trop qu'en dire, mais la récente prise de parole de Mme Badinter m'y a finalement amené.

En ce qui me concerne, je ne me suis jamais senti menacé par ce mouvement, pas plus qu'assimilé à un "porc" parce qu'homme, et je n'ai pas perçu de changement notables dans les relations hommes-femmes dans mon entourage professionnel ou amical.

D'un point de vue général, j'ai trouvé cette prise de parole salubre et salutaire, et de nature surtout à faire réfléchir tous les agresseurs qui comptaient sur l'omerta sociale si souvent à l'oeuvre. Car les femmes qui se sont exprimées ne rejetaient ni le désir, ni l'amour... mais bien les rapports de domination et de pouvoir imposés, s'exerçant dans un cadre privé ou professionnel.

Evidemment, elle a donné lieu à tout une série d'attaques variées sur lesquelles tout a été dit, ou presque: que ce soit de preux défenseurs de la supériorité de la galanterie française sur le puritanisme étasunien, des apôtres de la virilité menacée, outragée, martyrisée, des confusionnistes mélangeant dénonciation et délation - d'autant plus que bien souvent, il ne s'agissait même pas d'une dénonciation, mais bien plutôt du fait de dire que ce qu'une autre avait vécue, on l'avait soit-même vécu -, les effarouchés du "porc" (alors que d'une certaine façon, la formule française a un côté assez punk pas rapport au plus consensuel "moi aussi", mais qui précisément, peut effaroucher).

Il y a aussi, dans un genre différent, certains sceptiques qui s'étonnent en toute sincérité (je ne parle pas de ceux qui laisse planer à dessein un voile soupçonneux sur d'obscures motivations) des déclarations qu'ils trouvent bien tardives, en ignorant les travaux menés par les psychologues sur les états de sidération, et sur les mécanismes d'amnésie. Mais à ceux-là, j'ai envie de dire "je comprends que vous ne compreniez pas, mais sachez que ça existe". Peut-être d'ailleurs éprouverais-je parfois le même scepticisme qu'eux, si je n'avais pas été victime d'une agression sexuelle qui a attendu 20 ans pour refaire surface.

Il est en effet très difficile, voire impossible de se projeter dans une expérience trop éloignée de ce qu'on connait. Quelqu'un qui n'a jamais été agressé de cette façon peut donc en effet "ne pas comprendre" les mécanismes défensifs mis en jeu par le cerveau.

Les expériences trop étrangères sont très difficiles à transmettre, et touchent parfois à l'incommunicable: il est certainement presque impossible, quand on a la peau claire, de se représenter réellement ce que c'est la vie quotidienne de quelqu'un qui l'a noire ou mate (je ne peux que conseiller de lire, même si c'est un vieux livre, "Dans la peau d'un noir").

De même, je me considère philosophiquement et politiquement comme "féministe" car pour moi, les femmes ne sont ni meilleures, ni pires que les hommes, et doivent simplement disposer des mêmes opportunités sociales, des mêmes libertés, recevoir la même reconnaissance...

Le jour (hélas lointain) où on atteindra cette égalité, on en aura d'ailleurs probablement fini du même coup avec les qualités dites "féminines" et "masculines", pour se rendre compte qu'avoir de l'autorité, de l'empathie, de l'ambition, de l'intuition, de la brutalité, de la cruauté... ce n'est pas le propre d'un genre, mais avant tout d'individus. Mais on pourrait considérer que je ne suis pas "qualifié" pour me considérer comme féministe, ne vivant pas - par la force des choses - ce que vivent les femmes.

Pour en revenir à Elisabeth Badinter, qui est une personnalité à la pensée généralement stimulante, mais que j'écoute cependant souvent avec une certaine circonspection eut égard à plusieurs de ses prises de position, elle a été interviewée récemment sur Inter par Léa Salamé.

L'interview comportait deux parties:

La première portait sur la forte pression des conservateurs, dans de nombreux pays, pour restreindre ou supprimer le droit à l'avortement, ainsi que sur les propos du pape faisant un parallèle entre recourir à un avortement, ou enrôler un tueur à gages.

Mme Badinter a justement rappelé à ce sujet que les droits des femmes n'étaient jamais considérés comme un acquis durable, et la propension actuelle dans certains pays à vider le droit de sa substance, en supprimant les moyens de l'exercer ou en créant un climat culpabilisant (faisant référence notamment aux déclarations honteuses du président du syndicat des gynécologues français).

Mais la seconde partie concernait MeToo, et là... changement de ton, dés le début, on sent Mme Badinter empruntée, mal à l'aise, faisant allusion au fait que le mouvement "n'avait pas eu que des avantages".

Pressée par Léa Salamé pour en dire plus, elle finit par lâcher que la conséquence, c'est que "maintenant, les jeunes gens sont terrorisés par les filles". Au scepticisme qu'on pouvait sentir dans la réponse de Léa Salamé, Mme Badinter répondit, souveraine envers son interlocutrice, que si elle n'en n'était pas consciente, c'était parce qu'elle ne côtoyait pas assez de jeunes gens...

Cette sortie m'a laissé assez songeur: tout d'abord, elle avait un petit accent de pétitionnaire de la liberté d'importuner. Ah, ces femmes "castratrices" qui vont, par leur simple parole, faire s'enfuir les hommes comme moineaux effrayés... encore une fois, j'ai du mal à concevoir que la dénonciation de comportements abusifs soit de nature à terroriser ceux qui n'ont pas pour envie de s'adonner à ces comportements.

Mais par ailleurs, la réponse de Mme Badinter m'a rappelé un échange que nous avions une quelques mois auparavant, avec une amie et ma fille, étudiante.

Notre amie tenait un discours très hostile à MeToo, assez proche de celui de Mme Badinter, du type "Maintenant, les garçons ne vont plus oser se comporter comme des hommes, moi je trouve ça sympa de pouvoir se faire siffler".

Ma fille s'est empressée de la rassurer que sur ce sujet, les garçons n'étaient pas inhibés, et elle nous a donné quelques exemples de la façon dont elle se faisait interpeller plusieurs fois par semaine, entre appellations sexistes et obscénités, le plus souvent dans la rue...

Les exemples en question étaient sidérants de vulgarité, et j'étais surtout à mille lieues d'imaginer qu'ils puissent être si fréquents, pensant avec naïveté qu'elle appartenait à une génération ayant une approche plus équilibrée des relations entre les sexes que la nôtre pour qui toute initiative était du ressort de l'homme.

Les tenants de la "virilité pure et dure" peuvent donc se rassurer: l'espèce n'est pas éteinte suite à MeToo...

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