EHPAD privés... encore une fois, un scandale très profitable

"L'or gris" de nos aïeux (avant de devenir le nôtre...) fait le bonheur des actionnaires, tandis que les retraités souffrent et les personnels trinquent - et réciproquement

Hier, une enquête édifiante d'Envoyé Spécial (à revoir sur Internet) sur le fonctionnement des EHPAD privé, qui confirme une fois de plus que les retraités sont avant tout vus par le secteur privé comme de merveilleuses vaches à lait destinées à rémunérer grassement (11,8% de taux annualisé sur 5 ans annoncé par Korian, l'un des "leaders" de ce "marché" à ses actionnaires).

Comment arrivent-ils à de tels rendements? Simple comme bonjour: en "essorant" littéralement les familles et le personnel.

Les familles payent des sommes énormes, qui devraient en principe être dédiées à ce qu'on appelle "l'hôtellerie et l'accompagnement", puisque l'Etat et les départements financent les personnels soignants et le fonctionnement correspondant, comme l'explique le reportage.

Tout est donc bon pour tirer le maximum de profit des 100 € quotidiens (en moyenne, mais ça peut être aussi beaucoup plus) payés par chaque résident: réduction au maximum du coût des repas (un cuisinier explique ainsi que le coût des ingrédients des 4 repas quotidiens d'un "pensionnaire" (ou faut-il lire "prisonnier"?) est de... 4,20€!

Evidemment, à ce coût là, la moindre déviation dans un repas impacte les bénéfices prévisionnels: si papi reprend une plaquette de beurre de 10g, ou mamie réclame une compote de plus dans la journée, cela est suivi par les gestionnaires qui peuvent ainsi lutter pour protéger les bénéfices des groupes (plus de 136 M€ pour Korian, plus de 90 M € pour Orpea).

Mais il y a aussi, bien évidemment, la compression des coûts matériels (couches, serviettes de bain...) et de personnel. Et là, si on n'avait pas encore la nausée assortie d'un sentiment de révolte, il sera difficile de ne pas en être envahi à la vue des nombreuses images de personnes âgées  en complète déshérence dans des étages désertés par les soignants; gisant au sol, car on ne leur donne pas un lit sécurisé; amorphes, incapables de se nourrir, devant une assiette dans laquelle, par souci d'économie probablement, sont "servis" (mot bien peu approprié) l'entrée, le plat et le dessert, la crème vanille baignant dans le jus de légumes...

Images entrecoupées de témoignages d'aide-soignantes débordées et harassées, d'urgentistes constatant que les EHPAD privés négligent généralement le suivi médical, ce qui aboutit à des situations d'interventions d'urgence évitables...

Mais les témoignages de proches sont les pires, certains confinent à l'horreur (une vieille dame qui agonise pendant un week-ent et meurt seule sans que personne ne prévienne ses proches, une autre tuée à coups de pieds et de poings par une personne en crise de démence sans qu'aucun personnel ne soit à proximité pour intervenir...).

Les dirigeant de Korian et Orpea ont bien entendu refusé de participer au reportage, et de se présenter sur le plateau pour débattre.

Déléguée à leur place, leur lobbyiste, la patronne du syndicat des maisons de retraite, "working woman" très professionnelle à la langue de bois bien maîtrisée, blonde au brushing et au tailleur pantalon impeccables - variante féminine du cadre sup en costard avec les cheveux coiffés en arrière, diplômé d'école de management (comme on appelle maintenant les écoles de commerce) est venue défendre l'indéfendable, arguant du caractère "exceptionnel" des pires faits, en vantant les mirifiques "investissements" réalisés par les dits EHPAD privés, se défaussant sur les autres acteurs... mais éludant toujours le fond du sujet, à savoir les monstrueux transferts de richesse des 99% vers les actionnaires , dont on peut penser que l'essentiel d'entre eux se trouve dans le 1%, et qui aspirent à vitesse accélérée la retraite et l'éventuel patrimoine (pour les retraités ayant un petit bien à vendre).

Mais là encore, que fait le législateur? Où est la volonté politique?

Car il y serait possible de prendre des mesures à prendre pour empêcher le sous-équipement, les sous-effectifs (relevés dans un rapport parlementaire: comparativement aux EHPAD privés à but non lucratif, et aux EHPAD publics, les EHPAD privés à but lucratif sont en en moyenne en sous-effectif de 25%...). D'ailleurs, il est était assez mordant de noter que la lobbyiste préférait parler d'EHPAD "à but commercial", plutôt que "lucratif"... comme si tout d'un coup, il fallait cacher ce lucre qu'il ne faut pas voir, et comme si le fameux profit devait se faire plus discret...

Encore une fois, un sujet ou Médiapart a enquêté avec constance depuis quelques années, avec (entre autres) à relire: https://www.mediapart.fr/journal/economie/240916/les-mauvaises-manieres-des-maisons-de-retraite

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